2 octobre 2007,
Par Anne-Sophie Simpere
La Banque européenne d’investissement, l’institution financière de l’UE, est censée utiliser des fonds publics pour promouvoir les politiques européennes. En 2006, la BEI a investit 45,7 milliards d’euros dans des projets dans et hors l’UE, soit deux fois plus d’argent que la plus célèbre Banque mondiale. Quatre milliards d’euros étaient consacrés à des projets énergétiques.
Cooling or fueling climate change ?
La BEI a annoncé des initiatives intéressantes pour lutter contre les changements climatiques, en prenant par exemple la décision d’affecter 50 % des prêts en faveur de la production d’électricité à des projets faisant appel des technologies basées sur les énergies renouvelables.
Mais les investissements de la BEI dans les énergies renouvelables sont éclipsés par l’importance de ses financements au profit des énergies fossiles, en particulier le gaz.
Entre 2002 et 2006, sur 23,7 milliards de prêts consacrés à des projets énergétiques, 11,3 milliards, soit 47%, sont allés à des projets de production et de distribution d’énergies fossiles. Les investissements de la BEI en matière d’efficacité énergétique sont impossibles à quantifier car ils sont en général inclus dans des investissements d’autres industries ou énergies.
Si la Banque explique que certains projets en énergie fossile comprennent la modernisation d’installation, permettant une meilleure efficacité énergétique, il faut rappeler que de tels investissements ont avant tout pour conséquence de prolonger le principe du recours à des énergies fossiles, et les émissions de CO2 associées, pour encore au moins vingt ans.
Depuis le début de l’année 2007, on a constaté une augmentation positive des financements de la BEI en faveur des énergies renouvelables, par rapports aux années précédentes. Mais il ne faut pas imaginer que le problème soit résolu. Des investissements continus dans des infrastructures pétrolières ou gazières seront certainement soutenus au nom de la sécurité énergétique et de la diversification d’approvisionnement pour l’Europe. Pourtant, la vraie sécurité énergétique ne peut venir que de la réduction de la demande et le développement des énergies renouvelables fonctionnant sur des sources facilement disponibles, au lieu de dépendre de sources épuisables d’énergie fossiles de pays lointains, et parfois instables.
Les investissements de la BEI dans les transports, qui représentent environ un tiers du volume annuel de ses prêts, ont aussi un impact significatif sur le climat. Entre 1996 et 2005 la BEI a investit 112 milliards d’euros dans les transports, et plus de la moitié de cette somme est allée aux transports aérien et routiers. En Europe centrale et orientale, cette part monte à 68%. L’aviation est la forme de transport la plus nuisible pour le climat, et pourtant, durant cette période, la BEI a prêté 16 milliards à l’industrie aéronautique pour la construction d’extensions d’aéroports et la construction ou l’achat d’avions. Si leurs nouvelles capacités sont pleinement utilisées (45,5 mt), les projets d’extensions d’aéroports financés par la BEI, tels que le Terminal 5 de Heathrow, la 5ème piste de Schiphol, ou le Terminal 4 Bajaras de Madrid devraient émettre annuellement davantage de CO2 que total annuel des émissions de CO2 des particuliers en Nouvelle Zélande, en Suisse ou en Irlande.
Mauvaises solutions
S’il faut se réjouir de la hausse de ses investissements dans les énergies renouvelables, d’autres choix de la BEI laissent penser que des lobbies commerciaux ont réussi à la convaincre que l’énergie nucléaire et les fonds de crédits carbone étaient des solutions efficaces contre les changements climatiques.
Après des années sans investissement dans le nucléaire, en 2007 la BEI a approuvé un prêt à l’entreprise d’enrichissement d’uranium Urenco et publié une déclaration indiquant qu’elle pourrait financer davantage de projets nucléaires. Pourtant le nucléaire ne peut pas être considéré comme une solution au problème des changements climatiques. Filière extrêmement dangereuse (risques constants d’accidents, terrorisme, dissémination), dont la gestion des déchets n’est toujours pas résolue, et dépendant d’une ressource limitée – l’uranium -, le nucléaire est une distraction des vraies solutions, et absorbe des ressources financières faramineuses qui devraient être investies dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétiques, seuls moyens de combattre efficacement les changements
De même la BEI a investit dans des fonds de crédit carbone, un système douteux par lequel les gouvernements émettent des permis de polluer avec une valeur marchande pour certaines industries, leur permettant ainsi d’émettre une certaine quantité de CO2. Ceux qui polluent le moins peuvent vendre leur permis à ceux qui polluent plus. Mais ce système est pour l’instant un échec, car certains Etats membres ont émis trop de permis, faisant chuter le prix du carbone et disparaître toute incitation pour les entreprises à utiliser moins d’énergie, ou une énergie plus propre. Même utilisée correctement, les gains résultant des échanges de carbone seraient très limités ; c’est surtout une excuse pour continuer à faire du business comme d’habitude et une distraction contre des formes d’actions plus efficaces.
Ce que demandent les ONG

La BEI doit complètement arrêter les prêts aux énergies fossiles d’ici 2012, à la fois dans l’UE et en dehors de l’UE, et augmenter significativement son soutien aux énergies renouvelable et à l’efficacité énergétique.

Avant cet arrêt total des financements aux énergies fossile, la BEI doit rendre publiques toutes les émissions directes et indirectes de CO2 liées à ses projets dans les secteurs énergétiques et des industries extractives.

La BEI ne doit pas financer de projets dans le domaine du nucléaire

La BEI doit arrêter de financer le transport aérien, et réduire de moitié son soutien au transport routier d’ici 2010
L’analyse des investissements énergétiques de la BEI de 2002 à 2006 disponible sur : http://bankwatch.org/newsroom/documents.shtml ?x=20