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La Banque européenne d’investissement accorde 1,5 milliard d’euros à un projet d’énergie fossile

Montreuil, le 6 février 2018 - Aujourd’hui, la Banque européenne d’investissement (BEI) a accordé l’un des plus gros prêts de son histoire à un méga projet de gaz fossile au sud de l’Europe, le Trans Adriatic Pipeline (TAP). Son conseil d’administration, dont la France est membre, a en effet accordé 1,5 milliard d’euros au projet, malgré son impact climatique et social. [1]

Traversant la Grèce, l’Albanie et la mer Adriatique avant d’atteindre les côtes sud de l’Italie, le TAP correspond au tronçon ouest du corridor gazier du sud (SGC) – un enchaînement de pipelines long de 3500 kilomètres, relié au champ gazier offshore de Shah Deniz II en Azerbaïdjan. Il pourrait transporter au moins 10 milliards de mètres cubes de gaz par an vers l’Europe à partir de 2020, en plus des 6 milliards de mètres cubes exportés en Turquie dès l’année prochaine.

Ce vote intervient alors qu’aucune étude d’impact sur le climat du SGC n’a été rendue publique par la BEI. Un rapport produit par les associations ODG et CEE Bankwatch Network révèle pourtant que le SGC pourrait avoir le même impact sur le climat que le charbon, en émettant dès sa première phase l’équivalent des émissions de gaz à effet de serre d’un pays comme la Bulgarie.[2]

Au cours des dernières années, Les Amis de la Terre, Bankwatch, Counter Balance, 350.org et un nombre croissant de groupes de la société civile à travers le monde ont averti que le TAP, et l’ensemble du projet SGC, allaient totalement à l’encontre des engagements de l’Union Européenne pour le climat. « Nous assistons aujourd’hui à une erreur historique de la BEI, soi-disant engagée dans la lutte contre le dérèglement climatique. La banque et ses actionnaires, dont la France, ont démontré leur faible prise en compte des défis climatiques, ainsi que leur mépris pour le non-respect des droits humains en Turquie et en Azerbaïdjan. Sous couvert d’arguments réfutables prônant l’amélioration de la sécurité énergétique de l’UE, la BEI a accordé 1,5 milliard d’euros à un projet qui n’est rien de moins qu’un coup porté à l’action climatique européenne. » précise Cécile Marchand, chargée de campagne aux Amis de la Terre.

Cette décision de la BEI a finalement été rendue après avoir été retardée plusieurs fois en 2017, démontrant le caractère controversé du projet. De nombreux autres financements publics européens au SGC, dont le coût total est estimé à 45 milliards d’euros, ont déjà été versés et celui-ci risque de ne pas être le dernier. Quant aux financements privés, les banques françaises ne sont pas en reste : la Société Générale est chargée de rassembler l’ensemble des financements privés au TAP.

[1] http://www.eib.org/infocentre/press/releases/all/2018/2018-030-eib-backs-eur-6-5-billion-energy-sme-transport-and-urban-investment

[2] https://bankwatch.org/wp-content/uploads/2018/02/smoke-mirrors-SGC.pdf

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