Paris, le 31/10/03. Les Amis de la Terre, Agir ici et Sherpa se félicitent de l’annonce faite par la Banque mondiale du report de sa décision concernant le projet très controversé d’oléoduc Baku-Tbilissi-Ceyhan (BTC).
Le Conseil d’administration de la Banque devait, en effet, se réunir hier afin de considérer l’octroi d’un prêt de 250 millions de dollars pour ce projet litigieux. Cet ajournement est la conséquence directe de la forte pression exercée depuis plusieurs mois par des organisations de la société civile d’au moins 14 pays sur leurs gouvernements ainsi que sur la Banque mondiale.
Les associations travaillant sur le projet ont pris connaissance du rapport de la Banque recommandant au conseil d’administration de soutenir la construction du pipeline. A la lecture de ce document, elles considèrent que la Société financière internationale (SFI) a délibérément caché au conseil d’administration les implications en termes humains et environnementaux d’un tel projet. Rappelons que le consortium construisant la canalisation de 1.800 kilomètres à travers l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie a demandé à la SFI de financer 70% du coût total du projet (3,7 milliards de dollars). Selon le rapport, le prêt de la SFI serait vital sur le plan financier...
Caroline maurel, d’Agir ici, a ainsi commenté : "Sommes-nous invités à croire que la direction de la Banque mondiale n’a pas d’agenda ? Le trajet du pipeline aura des conséquences désastreuses pour la situation des droits de l’Homme dans la région. Cela est même devenu un point si sensible que la Banque mondiale a décidé de remettre sa décision à plus tard."
La SFI a déclaré que le report était dû au Président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, qui ne pouvait assister à la réunion. Pourtant, cette date était signalée sur son site web depuis des mois…
Présentant ses observations sur le rapport de la SFI, Hélène Ballande, des Amis de la Terre, a indiqué : "Nous sommes choqués que le rapport omette presque toutes les objections les plus sérieuses concernant le projet. Comment le conseil d’administration peut-il prendre sa décision s’il n’est pas correctement informé de tous les risques ?" Les ONG travaillant sur le projet BTC ont en effet remis une lettre aux administrateurs de la Banque les avertissant que le rapport omettait 173 violations.
Le rapport omet étrangement de mentionner les investigations de la Commission européenne sur la légalité des contrats que le consortium a passé dans ce cadre, alors même que le personnel de la SFI admet qu’il sera impossible de soutenir le projet si des charges sont retenues contre BTC. Il ne précise pas non plus que des guérilleros kurdes ont récemment mis fin à un cessez-le-feu et ont pris pour cibles diverses canalisations de l’oléoduc.
Enfin, d’autres problèmes ne sont pas abordés : le détournement par la Turquie des budgets d’urgence sensés offrir des compensations aux populations expropriées lors de désastres nationaux ; les fraudes électorales à l’encontre de membres de l’opposition lors des récentes élections en Azerbaïdjan ; les violations potentielles du projet au droit international.
Contacts presse :
Amis de la Terre, Hélène Ballande : 01 48 51 18 93
Agir ici, Laetitia Guidi : 01 56 98 24 46
Sherpa, Samira Daoud : 01 42 60 84 17



