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La Petite ceinture... verte : enfin un trésor d’espace et de diversité à Paris ?

Paris, le 25 février 2013 - A la suite d’une concertation peu ouverte [1], la ville de Paris a annoncé le 14 février dernier la possibilité et le choix à terme d’aménager le site exceptionnel de la Petite ceinture. La mairie a, dans son discours, mis en avant une valorisation de cet espace autour du milieu naturel, de la promenade et des espaces verts, hors des rares portions encore exploitées par le rail. Les Amis de la Terre Paris se réjouissent de voir l’environnement et la nature gagner peut-être enfin une bataille à Paris mais expriment leurs attentes et leur vigilance sur la suite du projet.

Certains continuent à envisager un transport en commun sur le site si particulier de la Petite ceinture.Les Amis de la Terre de Paris, tout en appuyant depuis des années une politique dynamique, forte et inventive pour les transports en communs considèrent ce choix comme dépassé, contraignant, onéreux. L’association propose une idée inventive et inédite pour relier les sites qu’elle desservait jadis, tout en préservant sa continuité : utiliser le périphérique pour ajouter une boucle de transport en commun autour de Paris, tout en désengorgeant la ligne du tramway, pas encore bouclée, mais déjà lourdement chargée.

Respecter la richesse des lieux

Des principes intangibles doivent guider les choix d’aménagement du site. Son patrimoine, ses richesses biologiques et environnementales contribuent à faire de la Petite ceinture un espace très particulier et rare en pleine zone urbaine.

Depuis plus de 25 ans les Amis de la Terre appellent à la conservation intégrale de la continuité de ce site sur l’ensemble des secteurs subsistants. Ici la continuité patrimoniale et industrielle rejoignent la continuité naturelle, zone d’échanges et de passages indispensables au fonctionnement du milieu vivant et absolue nécessité écologique à proximité des grandes zones naturelles de la périphérie (bois, parcs, jardins…). La Petite ceinture, par ce maillage écologique est la préfiguration d’une véritable trame verte à Paris. La disparition de ce dernier grand espace de nature et de liberté serait une perte irréparable pour le bien commun de tous et pour bien-être de chacun.

Préserver l’ensemble de cet espace et de ses sur largeurs en excluant toute construction est une nécessité pour les Amis de la Terre Paris qui rappellent que la capitale française manque cruellement d’espaces naturels face aux autres capitales européennes. La préservation du capital vert exceptionnel que constitue la Petite ceinture doit donc être encouragée afin d’aider la réinstallation de la nature quand les fosses et le béton l’ont contraint, quitte à détruire toute construction récemment installée sur ce site, parfois en plein cœur de la voie. En effet, la Petite ceinture est déjà surmontée sur plusieurs secteurs de dalles de béton, avec l’excuse déjà mainte fois utilisée d‘y installer de pauvres jardins urbains sans originalité ni intérêt. L’imagination, les choix courageux et la volonté ont manqué pour trouver des options novatrices, originales permettant à la nature, et aux jardins de reprendre leur place en s’appuyant sur les contraintes même du site.
En tout état de cause, avant tout aménagement responsable, les Amis de la Terre demandent qu’une étude écologique soit menée : à ce jour, seules quelques études ponctuelles ont été faites. Aucune n’apporte suffisamment de connaissances globales pour conduire au mieux les aménagements à venir.

Penser un espace écologique avec les citoyens

L’importance de cette boucle naturelle cernant Paris est sans doute fondamentale pour son impact climatique (ceinture de fraîcheur, rôle thermorégulateur, capteur de poussières et de particules à proximité du périphérique, rôle tampon et réservoir temporaire lors des fortes pluies,…). Ce rôle ne pourra que s’amplifier du fait des changements climatiques, et l’impact positif de cette ceinture régulatrice n’en sera que renforcé à terme.

La présence d‘espèces végétales et animales rares, protégées, peu courantes ou indicatives et spécifiques des milieux présents, plaide pour la conservation d’une portion du site en l’état et dont l’évolution doit être suivie. Seuls de très rares espaces de ce type existent à Paris (Muséum, jardin saint Vincent et quelques rares autres). L’opportunité de préserver et d’observer l’évolution d’une portion de la petite ceinture est à prendre en compte dans tout projet responsable.

Une approche participative, intégrant la population, semble de plus indispensable. Depuis des années, les rares parcours autorisés sur la petite ceinture ont un succès considérable. Il est essentiel, avant tout aménagement, d’ouvrir régulièrement certaines portions pour que les citoyens découvrent et apprécient la petite ceinture, et apportent leurs suggestions, leurs contributions aux projets prévus.

Enfin, la conservation du patrimoine ferré (rails, ballast, panneaux, feux, tunnels, quais, gares,…) doit être favorisée au maximum, pour son impact patrimonial d’une part, écologique de l’autre (la présence du lézard est directement lié à la présence des rails et du ballast ; certains tunnels sont associés aux pipistrelles ; certaines espèces typiques, comme le séneçon visqueux se développent en plein ballast, d’autres sur les vieux murs et leurs interstices… Sans occulter les contraintes fortes, mais qui peuvent dans une approche pédagogique, ouvrir de nouvelles pistes : les traverses en Azobé, bois exotique rare et protégé ; celles traitées à la créosote de goudron de houille, puissant pesticide ; les pesticides rémanents utilisés sur ces voies et ballasts, etc.

Eviter les erreurs de la promenade plantée…

Le formidable élan associatif et citoyen déclenché il y a des années pour la réutilisation d’un autre espace ferré, qu’on espérait devenir une Coulée verte n’a finalement abouti qu’à la promenade plantée. Ce qui aurait pu être un exceptionnel exemple de glissement d’usage et d’aménagement naturel en plein cœur de la ville a, au final, après bien des déboires, accouché d’un bel espace urbain très conventionnel, de quelques jardins inventifs dont la nature sauvage et les milieux naturels qui devaient en constituer l’armature ont été relégués à l’anecdotique.
Cet exemple est à éviter à tout prix pour la Petite ceinture. Pensons la ville pour les générations futures, pensons espace, nature et liberté, alors qu’ils sont rognés de toute part, donnons-nous les moyens de réaliser enfin un projet qui marquera Paris d’un choix courageux où l’environnement et l’espace naturel redonneront vie à cette ville que la route et le béton ont de plus en plus tendance à asphyxier.

Notes :
[1] Les Parisiens ont été invités à s’exprimer sur l’avenir de la petite ceinture par le biais d’un débat en ligne et de réunions-ateliers. La restitution publique a été rendue le 14 février2013 : http://www.paris.fr/accueil/accueil-paris-fr/l-avenir-de-la-petite-ceinture-a-passionne-les-parisiens/rub_1_actu_126114_port_24329


photo : Ilhan Gendron sous licence creative commons.

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