Texte original : Corporate Europe Observatory (CEO) Traduction en français : Laurent Tenzer & Martin Pigeon
Première édition francophone - Octobre 2006.
Corporate Europe Observatory (CEO), l’Observatoire de l’Europe des Entreprises, est un groupe de recherche et d’information basé à Amsterdam qui étudie les pressions économiques, les pressions politiques et les menaces qu’exercent les grandes entreprises et leurs groupes de lobbying sur la démocratie, la justice sociale et l’environnement. _Corporate Europe Observatory (CEO) De Wittenstraat 25, 1052 AK Amsterdam, Pays Bas tel : +31-20-6127023 fax : +31-20-6861208 e-mail : ceo@corporateeurope.org site web : www.corporateeurope.org Malgré l’influence croissante des milieux d’affaires sur la politique européenne, le monde obscur du lobbying d’affaires demeure, pour l’essentiel, méconnu du grand public. Préoccupé par l’impact en termes de démocratie et de qualité des législations sociales et environnementales du contrôle des entreprises sur la politique européenne, Corporate Europe Observatory s’efforce depuis 1997 de révéler les pratiques du lobbying à Bruxelles. Nos conclusions paraissent sur Internet et sur papier, sous forme de livres, de rapports et d’articles.
Depuis quelques années, nous organisons également des visites guidées à travers le quartier européen à Bruxelles, une fois par mois environ. Nous sommes ainsi parvenus à initier des centaines d’étudiants, de parlementaires (et leurs assistants), de journalistes, de militants d’ONG et de citoyens intéressés au monde discret du lobbying d’affaires à Bruxelles.( )La prise de conscience est une condition préalable au changement politique et au recul du pouvoir excessif des entreprises ; nous espérons que ce guide sera une source d’inspiration pour agir en faveur de la démocratie, de l’environnement et de la justice sociale.
( ) Ce guide est conçu pour vous permettre d’organiser vous-même votre visite du quartier européen. ( ) Depuis qu’elle s’est déclarée capitale de l’Europe, la ville de Bruxelles a connu des transformations majeures. C’est peut-être dans le quartier européen que cette métamorphose a eu les conséquences les plus spectaculaires( ).Cette zone de quatre kilomètres carrés située entre l’Avenue des Arts et le Parc du Cinquantenaire était jadis un quartier résidentiel bourgeois connu sous le nom de Quartier Léopold, et abritait de très belles maisons de maître, dont quelques beaux exemples d’architecture Art Nouveau. Au fil des décennies passées, ce quartier s’est transformé en une sorte de Gotham City, complètement déserté après les heures de bureau. Il a en effet été colonisé par les bureaux des institutions européennes et par l’écosystème florissant des marchands de pouvoir cherchant à s’établir à proximité de leur objet de négoce. Ce livret n’évoque qu’une partie du lobbying qui s’exerce à Bruxelles, mais donne un aperçu de ce qui se passe dans un monde dont on n’imagine généralement qu’à peine l’existence.
Le nombre précis de lobbyistes exerçant à Bruxelles n’est pas connu, mais est estimé
à 15.000. Plus de 70% d’entre eux travaillent directement ou indirectement pour des
intérêts industriels, 20% représentent les intérêts des régions, des villes et des insti-
tutions internationales et seuls quelques 10% représentent des organisations non-
gouvernementales (syndicats, organisations de santé publique, groupes de défense
de l’environnement). Il n’y a, pour ainsi dire, aucun secteur industriel qui n’ait son, voire ses, groupe(s) de
lobbying situé(s) dans le quartier européen. Cela va du minuscule bureau de
l’Association européenne des refroidisseurs d’eau en bouteille (European Bottled
Watercooler Association) jusqu’au prestigieux building abritant les 140 employés de la
CEFIC, la fédération de l’industrie chimique, à l’ Avenue Van Niewenhuyse, en-dehors
du quartier européen.
Les firmes de relations publiques et de communication - dont les 5 plus grosses sont
(par ordre alphabétique) APCO, Hill & Knowlton, Fleishman-Hillard, Weber Shandwick
et Burston-Marsteller - emploient plus de mille personnes à Bruxelles. Ces firmes de
consultance en lobbying sont embauchées par des groupes industriels ou des entre-
prises pour faire pression sur les fonctionnaires européens ou pour fournir à leurs
clients des conseils stratégiques, des études et des rapports. Parmi les agences de consultants en lobbying, on trouve la firme Kimmons &
Kimmons, présidée par une ancienne lobbyiste du géant pharmaceutique
GlaxoSmithKline. Lors d’une formation en lobbying à Bruxelles, Chrissie Kimmons
présenta une longue liste de stratégies de lobbying possibles utilisées par l’industrie
selon les circonstances, parmi lesquelles :
« le gunship » (l’hélicoptère de combat)technique de lobbying agressif pouvant comprendre des menaces de délocalisationau cas où certaines propositions politiques ne seraient pas abandonnées (à n’utiliserque lorsque les autres tactiques ont échoué).
« le Kofi Annan » ou « cheval de Troie » accord constructif offrant aux décideurs un compromis mutuellement acceptable (unestratégie très souvent appliquée à Bruxelles).
« good cop - bad cop »
une entreprise ou un lobby défend une position radicale, et la solution intermédiaireproposée par d’autres pourra par contraste passer pour un compromis constructif.
« le dentiste »
commencer par « arracher la plus mauvaise dent » d’une proposition de législation quidéplaît, et revenir ensuite pour un « traitement » ultérieur.
« le tiers » faire appel aux ONG ou aux syndicats pour trouver un compromis sur un problème endiscussion.
« l’âne » gagner les décideurs à sa cause en tirant profit de leurs préférences et intérêts ens’arrêtant aux limites de la séduction et de la corruption.
Qui fait du lobbying et comment ?
Bienvenue dans la « Lobbycratie » bruxelloiseLa complexité des procédures de
prise de décision, le fait que les décideurs n’aient pas toujours de
comptes à rendre et le manque de
véritable débat public au niveau
européen font de Bruxelles un petit
paradis pour les lobbyistes des entreprises. Bruxelles rivalise désormais
avec Washington D.C. pour le titre de
capitale mondiale du lobbying. La
scène du lobbying industriel à
Bruxelles compte plus de mille lobbies, des centaines d’entreprises de
relations publiques et de cabinets
d’avocats proposant des services de
lobbying, des douzaines de thinktanks financés par les intérêts industriels ainsi que les « bureaux des
affaires européennes » de plusieurs
centaines d’entreprises différentes. La
grande majorité des 15.000 professionnels du lobbying qui travaillent à
Bruxelles représente les intérêts de
grandes firmes. Bien qu’ils soient de
mieux en mieux représentés, la société civile et les groupes écologistes ne font pas le poids face à l’étendue des moyens financiers et organisationnels déployés par l’industrie. À titre de comparaison, la fédération européenne de l’industrie chimique (CEFIC) emploie à elle seule plus de lobbyistes que toutes les organisations de défense de l’environnement réunies. La Commission européenne, qui détient le pouvoir exclusif de proposer et de développer les nouvelles législations européennes, est une des cibles principales des lobbyistes. L’intérêt de ceux-ci pour le Parlement européen s’est cependant accru ces dernières années à mesure de sa montée en puissance.......
extraits du Guide "la planète des lobbies", lire la suite :
Le Guide "Lobby Planet" sur Eulobbytours PDF
Si vous utilisez le guide Lobby Planet comme source (d’inspiration), Corporate Europe Observatory apprécierait de recevoir une copie de votre article ou de votre publication.





