La banque européenne d’investissement reporte sa décision sur le financement d’un gazoduc controversé

13 décembre 2017, Montreuil – Le lendemain de la réunion du Conseil d’administration de la Banque européenne d’investissement, lors duquel il a été décidé de reporter la décision sur le financement du gigantesque projet de gazoduc Trans Adriatic Pipeline (TAP), 13 activistes de 350.org, des Amis de la Terre, d’ANV-COP21 et de Sciences Po Zero Fossile se sont introduits dans une conférence en marge du One Planet Summit pour demander à la banque d’y renoncer définitivement.

Le 12 décembre, alors que la Banque européenne d’investissement (BEI) prenait des engagements pour mettre en place des politiques plus explicites de réduction des financements aux énergies fossiles dans le sommet organisé par Emmanuel Macron [1], son Conseil d’administration se réunissait pour discuter d’un prêt d’1,5 milliard d’euros au projet TAP. Alors que la décision est en attente depuis près de deux ans, la banque a décidé à la dernière minute de reporter la décision.

A 15 heures aujourd’hui, à l’occasion de la conférence #MakeInvestmentsGreenAgain, 13 activistes de 350.org, des Amis de la Terre, d’ANV-COP21 et de Sciences Po Zero Fossile ont interrompu le discours de la cheffe du bureau français de la BEI pour lui demander que la banque renonce définitivement à ce financement. Ils en ont profité pour demander à la Société Générale, aussi présente à cet événement et fortement impliquée via son mandat de conseil dans le montage du projet, de désinvestir du TAP.

Visiblement c’était trop indécent, même pour la BEI, de voter le financement d’un tel mega projet fossile le jour de l’anniversaire de l’Accord de Paris. La banque doit désormais aller plus loin en renonçant définitivement à ce financement et en actant la fin du soutien à l’ensemble des énergies fossiles en 2018” précise Cécile Marchand, chargée de campagne aux Amis de la Terre.

Traversant la Grèce, l’Albanie et la mer Adriatique avant de rejoindre l’Italie, le TAP est le tronçon ouest du Corridor Gazier du Sud. Cette chaîne de pipeline, longue de 3500 km et commençant dans le champ gazier offshore Shah Deniz II en Azerbaïdjan, est conçue pour pomper 10 milliards de mètres cube de gaz à partir de 2020, en plus des 6 milliards de mètres cubes exportés vers la Turquie dès l’année prochaine.

Aucune des institutions faisant la promotion ou finançant le Corridor gazier du Sud n’a publié d’évaluation sur l’impact climatique du projet. Pourtant, un récent rapport commandité par les Amis de la Terre Europe démontre qu’il n’y a plus de place dans le budget carbone restant à l’Europe pour la construction de nouvelles infrastructures de gaz fossile, si elle tient à respecter les objectifs de l’Accord de Paris [2]. Le projet, qui aurait par ailleurs des conséquences désastreuses pour les nombreuses populations vivant sur son tracé, fait l’objet d’une intense résistance dans les communes de Melendugno et San Foca dans le sud de l’Italie. [3]

Cette décision du report intervient suite à la pression mise par la société civile en vue du One Planet Summit. Plus de 4000 personnes avaient notamment écrit aux membres du Conseil d’administration en prévision du vote. Pourtant rien n’est gagné, les travaux ne sont pas stoppés pour autant. Nous attendons aussi la Société Générale au tournant sur le désinvestissement de ce projet” conclut Clément Dubois de 350.org.

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