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La “bioraffinerie” de la Mède pourrait importer jusqu’à deux fois plus d’huile de palme qu’annoncé par Total

Montreuil, 4 juin 2018 – Alors que Total affirme que l’importation d’huile de palme pour la “bioraffinerie” de La Mède sera limitée à 300 000 tonnes par an [1], les Amis de la Terre estiment que l’autorisation délivrée par le gouvernement permet en réalité à Total d’en importer le double et sans aucune garantie sérieuse pour en limiter l’impact environnemental.

Contrairement aux affirmations de Total, la “bioraffinerie” de la Mède pourrait fonctionner pratiquement à 100% avec de l’huile de palme. Une surface de forêt tropicale équivalente à plus de 5 fois la surface de la ville de Marseille pourrait être détruite pour planter les palmiers à huile nécessaire à l’approvisionnement de cette “bioraffinerie” [2].

En effet, les Amis de la Terre constatent que l’auto-limitation à 300 000 tonnes d’huile de palme brute annoncée par Total est absente de l’autorisation officielle, ce qui permet à Total d’importer jusqu’à 450 000 tonnes d’huiles végétales brutes sans autre précision.

Ensuite, Total essaye de faire passer de l’huile de palme de qualité secondaire (PAFD, Palm Fatty Acid Distillates) comme un produit résiduel à caractère de déchet alors que le Ministère de l’Écologie a reconnu que son impact était le même que l’huile de palme brute [3]. Total prévoit initialement d’importer 100 000 tonnes de PAFD mais pourrait en importer bien davantage (jusqu’à 250 000 tonnes) si l’entreprise était contrainte d’importer moins d’huile de palme brute.

De plus, Total prévoit d’utiliser 100 000 tonnes d’huiles usagées....soit le gisement maximum disponible en France, déjà utilisé pour moitié par d’autres opérateurs. Total devra donc importer des « huiles usagées » alors que les certificats censés encadrer ce type d’huile sont fortement suspectés par la Cour des Comptes Européennes de permettre d’importer frauduleusement des quantités massives d’huile de palme [4]. Par ailleurs, le gouvernement prétend avoir imposé des normes environnementales permettant de garantir l’absence de déforestation. Or, Total met en avant la certification RSPO dont les exigences sont inférieures à celles imposées par les critères de durabilité européen car elle n’interdit pas la destruction des forêts sur sols tourbeux ou les forêts dites « secondaires » [5].

Alors que la loi prévoit « un plan détaillé d’approvisionnement pour les 3 premières années de fonctionnement », Total ne respecte donc pas l’exigence minimum de transparence qu’un tel projet implique. Une exigence qui avait également été rappelée par le Commissaire Enquêteur lors de l’enquête publique [6].

Pour Sylvain Angerand, coordinateur des campagnes pour les Amis de la Terre France : “A l’irresponsabilité, Total ajoute l’impunité en refusant de rendre public son plan d’approvisionnement et la liste de ses fournisseurs. Nous allons donc maintenant déposer un recours contre l’autorisation d’exploitation délivrée à Total”.

En savoir +

[1] https://www.total.com/fr/medias/actualite/communiques/total-sengage-pour-une-diversification-responsable-des-approvisionnements-de-sa-bio-raffinerie-de-la

[2] En considérant un approvisionnement en huile de palme sous toutes ses forme de 500 000 tonnes (fourchette basse), une productivité moyenne de 3,8 tonnes par hectare pour une plantation de palmier à huile, la surface de plantation correspondante est de 1315 km2 soit 5,4 fois la superficie de Marseille (240 km2).

[3] “Les PFAD sont issus de la production d’huile de palme. Ils sont considérés comme des biocarburants de première génération, leur origine étant une matière première en concurrence alimentaire”. Email de la Direction Energie Climat aux Amis de la Terre France, le 20/04/2018. Ce produit est en effet exclu des matières à caractère de déchet ou résidu, listées dans l’annexe II de l’arrêté modifié du 21 mars 2014 portant sur les biocarburants https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000028795147

[4] “The auditors flag serious gaps in the certification processes that encourage or facilitate fraud. It records concerns about ‘fake waste’ and the risk of fraud where virgin vegetable oil is passed off as used cooking oil (UCO)” https://www.euractiv.com/section/science-policymaking/opinion/auditors-report-on-biofuels-calls-for-return-to-common-sense/

[5] Voir le dossier des Amis de la Terre : www.fermonslesvannes.org European Court of auditors : "We conclude that, because of weaknesses in the Commission’s recognition procedure and in the subsequent supervision of voluntary schemes, the EU certification system for the sustainability of biofuels is not fully reliable." https://www.eca.europa.eu/en/Pages/DocItem.aspx?did=37264

[6] (p58) « le pétitionnaire doit s’engager sur le circuit d’approvisionnement et le détailler à tous les niveaux (organisme, fournisseurs potentiels, logistiques, etc.) » « le pétitionnaire doit fournir si besoin des précisions sur le plan d’approvisionnement des huiles végétales et usagées. Cette évaluation doit concourir à évaluer les impacts indirects ; » Ce plan détaillé est prévu à l’annexe IV de l’arrêté modifié du 21 mars 2014 portant sur les biocarburants https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000028795147

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