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La certification, un obstacle à une gestion locale de la biodiversité ?

Les dérives de la certification et des labels privés autoproclamés « vert ».

« Les fleurs rendent-elles le Petit Lu encore meilleur ? » C’est la question rhétorique que pose la célèbre marque de biscuits pour verdir son image. Dans un spot publicitaire, un papillon explique que désormais Lu demande à ses fournisseurs de blé de laisser une bordure fleurie le long de leurs champs et que c’est bon pour la biodiversité. Curieusement, le papillon ne nous montre pas les bidons de pesticides utilisés pour les champs de blé. Mauvaise langue me direz vous, après tout, c’est un progrès et rien de mieux qu’un nouveau label « Lu Harmony » pour le faire comprendre au consommateur. Et hop, un de plus !
Pour vendre un produit aujourd’hui, la présence d’un label est devenue quasiment indispensable. Il y a les labels autodécernés, comme celui de Lu, qui ne garantissent pas grand-chose et les labels plus sérieux, comme le label Agriculture biologique, avec un cahier des charges rigoureux vérifié par un certificateur indépendant. Mais au fond, la logique n’est-elle pas la même ? Celle de la rupture du lien de confiance entre le producteur et le consommateur.

Recréer un lien de confiance

Pour combler ce vide, la certification est devenue un outil indispensable… bien qu’imparfait : « la bureaucratie et les coûts de certification jouent au détriment des petits producteurs et de la biodiversité car ils encouragent les économies d’échelle et les monocultures », explique l’association Nature et Progrès. Et les exemples sont nombreux : l’essentiel des forêts certifiées par le label Forest Stewardhip Council (FSC), ONG travaillant sur le développement d’une gestion éco-responsable des forêts, sont en réalité d’immenses monocultures d’arbres à croissance rapide. Mêmes dérives pour le palmier à huile, le soja ou les crevettes « durables » : plutôt que de permettre un transfert de gestion vers les communautés locales, la certification concentre la production dans les mains de quelques grands groupes agroalimentaires qui se trouvent en position de force pour influencer les cahiers des charges. Saviez-vous que le soja OGM pouvait être labellisé responsable [1] ?

Les systèmes participatifs de garantie

Face à ce constat et avec la volonté de sortir d’une logique purement marchande, des alternatives émergent : les systèmes participatifs de garantie [2]. Un des fondamentaux de cette démarche consiste à s’inscrire dans une logique locale qui permette une relation de proximité, d’échange et de confiance entre le producteur et le consommateur. En Bretagne, l’association ASPAARI [3] a mis au point une boussole originale à quatre branches : nature, énergie, social et origine. Lors d’une visite sur son exploitation, le paysan explique sa démarche aux consommateurs et à d’autres producteurs en s’appuyant sur sa « bonne étoile ». Ici, le but n’est pas de respecter une norme précise mais de permettre le dialogue par la transparence et l’évolution vers plus de cohérence écologique et sociale.

> SYLVAIN ANGERAND
Chargé de campagne Forêts

1 Voir http://www.amisdelaterre.org/Soja-certifie- durable-stop-a-l.html
2 Voir l’excellent Manuel Pratique des Systèmes de Garanties Participatifs de Nature et Progrès : http://www.natureetprogres.org/producteurs/ac tu/actu6.pdf
3 Voir le site Internet : http://aspaari.unblog.fr/neso/

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