La décroissance en question, entretien avec Fabrice Flipo

Face au culte fétichiste de la croissance et des bienfaits du progrès technoscientiste, le mouvement décroissant tente depuis une dizaine d’années de décoloniser les imaginaires. Pour répondre aux critiques et aux préjugés, Denis Bayon, diplômé en Economie, Fabrice Flipo, maître de conférences en Philosophie des sciences et techniques et François Schneider, chercheur en environnement, ont publié en juin 2010 La décroissance : dix questions pour comprendre et en débattre, à La Découverte.

Alors que les ouvrages sur la décroissance se multiplient, qu’est-ce qui vous a amené à en publier un à votre tour ?
Notre motivation était de clarifier un peu les enjeux de la décroissance, tels qu’ils se présentent pour ceux qui s’en réclament ou s’y intéressent de près. Cela apparaissait nécessaire tant le sujet est à la fois complexe, d’une importance cruciale, et pourtant très mal desservi par certains critiques, qui semblent se contenter de caricatures. Ce qu’on apporte, je l’espère, c’est un ouvrage clair, concis, qui introduit bien à l’énorme masse de littérature produite sur le sujet.

Pourriez-vous définir la décroissance en quelques mots ?
L’un des intérêts de la décroissance est sa polysémie... mais s’il ne fallait que quelques mots « décroissance » signe la position de celles et ceux qui pensent qu’une hausse du produit intérieur brut (PIB) ne peut en rien aller dans le sens d’un progrès pour les plus démunis.

De plus en plus d’ouvrages fleurissent proposant des politiques de transition et de reconversion écologique de l’économie basées sur l’idée de décroissance (Jean Gadrey, Tim Jackson, Lester Brown, etc.). Pour autant, le mouvement décroissant reste embryonnaire. Comment expliquer ce décalage ?
Le mouvement décroissant est hétérogène, mais en même temps il s’inscrit dans des continuités et favorise certains dialogues. Ce mouvement ne part pas de rien. Les ouvrages que vous mentionnez sont tous des ouvrages d’économistes, or la décroissance est surtout une critique de l’économisme. Tim Jackson par exemple fait un bon diagnostic mais il n’aperçoit pas ce qu’implique une remise en cause du « développement » tel qu’on l’a conçu jusqu’ici. Pourtant, l’économie elle-même est une science de la croissance. Cela seul devrait indiquer la nature du défi : les économistes ne pourront pas y répondre seuls.

> PROPOS RECUEILLIS PAR MATHIAS CHAPLAIN


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