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La « dépollution » de la zone sud... ou la « gestion » ambiguë des sites pollués

Par Groupe local de Midi-Pyrénées

Toulouse
La zone chimique sud, c’est le site d’AZF - devenu tristement célèbre depuis le 21 septembre 2001 - mais aussi la Société Nationale des Poudres et Explosifs (SNPE) et quelques autres. Une zone sur laquelle il est prévu d’implanter un Cancéropôle...
Dans la Zone chimique sud (rive gauche et île d’Empalot), toutes sortes d’activités ou d’anciennes activités industrielles ont provoqué des pollutions des sols et, par migration des polluants, des eaux souterraines et de surface (la Garonne) :

- AZF (70 hectares détenus par Grande Paroisse), avec son terril (ancienne décharge interne) et à l’ouest SEPSO.

- Tolochimie (6,5 ha détenus par le groupe SNPE).

- les Ballastières et « Braqueville » (détenu par l’Armée)

- SNPE (38 ha détenus par le groupe SNPE) avec Raisio et Isochem.

- ex-école de chimie (ancienne poudrerie)

Dans le cadre d’une cessation d’activité, partielle ou totale, l’administration en charge des installations classées (la DRIRE) demande au détenteur du site de faire une étude des pollutions. Celle-ci doit comprendre :

1) Une évaluation simplifiée des risques (ESR) qui délimite des zones de pollution.

2) Un diagnostic approfondi (DA) qui caractérise la pollution (nature, extension, comportement), les milieux de transfert (sol, eaux, air). Il doit comporter une analyse historique et environnementale du site permettant d’identifier, dans l’espace et dans le temps, l’existence de sources potentielles de contamination en s’appuyant sur des données concernant les moyens de production, la gestion des rejets et des déchets, les pollutions accidentelles, les substances manipulées et leur comportement au cours de leur existence et l’impact sur les sols et les eaux.

3) Une évaluation détaillée des risques (EDR) qui quantifie le risque pour la population humaine (cible) au regard des usages auquel le détenteur destine le site.

L’ensemble de ces études a pour objectif d’évaluer le risque sanitaire pour les populations soumises à des expositions chroniques à des polluants aux impacts potentiels ou avérés.

Mais une telle approche illustre en fait les ambiguïtés de la « gestion » des sites et sols pollués. Selon la réglementation française, ce n’est pas la présence de polluants qui est problématique, mais le fait que cette pollution soit mobilisable et puisse affecter la population exposée. On prévoit donc le niveau de dépollution en fonction de l’usage futur du site et des techniques disponibles à un coût économiquement acceptable. C’est pour cela qu’il est intéressant pour AZF que le futur site soit à usage industriel et non pas destiné à recevoir une école ! Par ailleurs l’évaluation des risques pour la santé se fait à partir des valeurs moyennes de chaque polluant dans l’ensemble du site et non sur les concentrations maximales.

Quelles pollutions dans la zone chimique sud ?

- les Ballastières : il y aurait 4 800 tonnes de nitrocellulose (au lieu de 46 000 tonnes) qui, dans le milieu humide et sécurisé des Ballastières, ne présenteraient pas de risque. Le premier scénario d’élimination de cette nitrocellulose serait son incinération sur place ou ailleurs.

- Braqueville : terrain militaire (impacté de bombes ?) dont la décontamination durerait jusqu’en 2009.

-l’ex-école de chimie : (futur casino ?) aucune information, sinon qu’elle occupe le site de l’ancienne poudrerie.

- SNPE : en activité depuis 1852 ; le DA montre des sols pollués à l’arsenic, plomb, chrome, cuivre à des concentrations pouvant provoquer des risques pour la santé, ainsi que des solvants. La nappe phréatique présente aussi de fortes concentrations en substances organiques et en arsenic, plomb, amines, etc.

- Tolochimie : exploité de 1961 à 2001 ; on retrouve en particulier à des teneurs élevées du plomb dans les sols, des amines et du chlorobenzène dans la nappe.

Et la pollution d’AZF, dont le site industriel est en activité depuis 1925 ? Nous avons les résultats du DA et de l’EDR :

1) Les matériaux de démolition (200 000 m3) : 24 % sont pollués et seront évacués en centre d’élimination. Ce qui représenterait pas loin de 3 500 camions ! Les inertes (peu pollués) resteront sur le site pour servir de remblai.

2) Les eaux souterraines : très forte pollution aux nitrates, benzène et toluène.

3) Les sols :

- Produits azotés : principalement dans les remblais, mais aussi par transfert jusque dans les graves ; localisés surtout au nord et au sud-ouest du site et le long de la Garonne.

- Métaux : pollution liée aux activités et aux remblaiements ; « pépites » réparties sur toute la zone dans les remblais et très ponctuellement dans les limons, sables et graves.

- HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques) : « pépites » liées à la présence d’hydrocarbures ou de résidus d’incinération, surtout dans les remblais et ayant migré de façon très ponctuelle dans les limons et sables.

- Hydrocarbures : « pépites » ponctuelles, principalement dans les remblais, ayant migré ponctuellement jusque dans les graves ; produits lourds très majoritaires (C10-C40).

Il faut insister sur le fait que si les valeurs médianes sont faibles, les « pépites » peuvent avoir de très fortes concentrations. Exemples :
- 47 zones polluées par l’arsenic (médiane : 22 mg/kg, maxi : 3 800 mg/kg)
- 14 zones polluées par le plomb (médiane : 45 mg/kg, maxi : 17 000 mg/kg
- 3 zones polluées par le mercure (médiane : 0,11 mg/kg, maxi : 110 000 mg/kg)
- 9 zones polluées par les hydrocarbures (médiane : 10 mg/kg, maxi : 140 998 mg/kg)

Au total, quelle dépollution pour AZF ?

Dépollution prévue de 47 pépites sur les 200, avec un seuil de pollution résiduelle (non négligeable) fixé par la DRIRE à ne pas dépasser en fonction de l’usage.

Le futur site comprendra deux zones aux usages différents :

- Zone Ouest : le futur Cancéropôle, avec hôpital, centre de recherche, pépinière d’entreprises, hôtel et mémorial.

- Zone Est : zone naturelle ouverte au public dans 5 ans. Après dépollution de quelques « pépites », elle sera recouverte de 10 cm de remblai de démolition et de 20 cm de terre végétale, avec un grillage avertisseur, des arbres (mais pas de fruitiers !). Et elle reste de toutes façons dans le périmètre de danger de la SNPE.

Les usage de ces deux zones étant différents, les expositions aux polluants prises en compte ont des durées différentes, les seuils de pollution résiduelle sont plus élevés dans la zone Est que dans la zone Ouest.

A ce stade, on ne parle plus de « dépollution » mais de « réhabilitation » du site... Mais que reste-t-il encore ?

- Une certaine « agressivité » des sols vis-à-vis des bétons, d’où des mesures spécifiques pour les constructions...

- La nécessité d’assurer un débit minimal du bras inférieur de la Garonne en amenant par un « By-Pass » de l’eau du bras supérieur... car il faut bien diluer les pollutions !

- La surveillance de l’état de la nappe phréatique (4 fois par an sur 34 points de contrôle) et l’interdiction de l’utiliser en aval du site (qui communique aux riverains ? qui contrôle ?).

- La surveillance de la qualité de l’eau de la Garonne en amont et en aval du site (4 fois par an).

Sans oublier que toutes ces servitudes, si elles incombent pendant 2 ans à AZF, seront ensuite remplacées par des servitudes d’utilités publiques... payées par nous !

En fin de compte, les problèmes majeurs demeurent pour un site qui cumule beaucoup de handicaps :
- Quelle dépollution pour les Ballastières ?
- L’inondabilité de toute cette zone, avec des risques de pollution de la Garonne qui sert de captage pour l’eau potable jusqu’à Bordeaux.
- La pollution des nappes phréatiques (on dilue les pollutions mais les polluants sont là !)
- Les valeurs toxicologiques des substances cancérigènes sont peu ou mal connues. Les seuils pour les pollutions résiduelles resteront-ils valables dans quelques années alors qu’on aura construit le cancéropôle ?
- La SNPE, fabrique des carburants de propulsion et ses périmètres de dangers toxiques débordent du site.

D’où la question faussement naïve des Amis de la Terre :
Convient-il d’installer un hôpital à proximité d’un site SEVESO, à côté de milliers de tonnes d’explosifs (nitrocellulose) et alors que la dépollution des environs n’est pas faite ?
Nous avions fait l’erreur de laisser développer là côte à côte un site industriel et un site résidentiel. Refaisons-nous, après le 21 septembre 2001, la même chose ?

Rose Frayssinet, janvier 2005