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La destruction des forêts tropicales ? A Mont-de-Marsan, on s’asseoit dessus !

Par Groupe local des Landes

Mont-de-Marsan est le chef lieu d’un des départements les plus boisés de France. Alors que la filière locale du bois est actuellement secouée par une grave crise, les Amis de la Terre ont appris que les nouveaux aménagements de la Place Saint-Roch à Mont-de-Marsan comprenaient du mobilier urbain (bancs) et un plancher en bois tropicaux. Comme le projet d’aménagement de cette place s’est fait sans aucune concertation avec la population, ce n’est que lors de la mise en place de ce mobilier que les Amis de la Terre ont découvert le scandale !


Locos ? Si ! Bois locaux ? Non !

Voilà le courrier que nous avons adressé à Monsieur Labeyrie, Sénateur-Maire.

Mont-de-Marsan , le 28 novembre 2003 - Monsieur, Nous avons appris par la presse que le mobilier urbain qui doit être installé sur la Place Saint-Roch sera en partie réalisé avec des bois d’origine exotique.

Les Amis de la Terre vous avez contacté en 2000, pour que la ville de Mont-de-Marsan participe à la campagne nationale des Amis de la Terre "Bâtir sans détruire".

Il s’agissait pour chaque collectivité locale de s’engager à surtout utiliser des essences locales ou bien des bois tropicaux avec la garantie (label FSC) comme quoi ces bois proviennent bien d’une exploitation de la forêt tropicale, respectueuse des habitants et de la forêt elle-même. Malheureusement nous n’avons jamais eu de réponse de votre part, alors que des villes comme Paris, Lyon ou Montpellier, des Conseils Généraux (Nord, Isère) ou Régionaux (Provence côte d’Azur) se sont engagés dans cette démarche.

Aujourd’hui par exemple, 50% du bois en provenance du Cameroun provient d’une exploitation illégale de la forêt. Plus de 1000 espèces végétales sont menacées de disparition dans le monde, comme certains arbres magnifiques du bassin du Congo, d’Amazonie ou d’Asie du Sud-Est qui abritent des millions de personnes et sont à la base de nombreuses économies locales.

En Afrique, de grandes firmes françaises sont très actives dans la destruction des forêts tropicales et les importateurs inondent le marché français de produits à bas prix (acajou, palissandre, teck, moabi, azobé, etc...) d’origine douteuse voire criminelle, qui déstabilisent les filières locales.

Les Amis de la Terre sont très inquiets pour l’avenir des forêts tropicales mondiales et nous nous posons des questions sur l’aménagement de la Place Saint-Roch :

- de quelle espèce de bois tropical s’agit-il ?

- Pourquoi avoir choisi des espèces tropicales alors que nous avons toujours eu des bancs de qualité en France, même avant l’introduction des bois tropicaux ?

- si la ville de Mont-de-Marsan tient à tout prix à utiliser du bois exotique, quelles sont les garanties que vous avez demandées tout le long de la filière, pour vous assurer que le bois utilisé provienne vraiment de forêts gérées de façon respectueuse des humains et de l’environnement ? Actuellement, le seul critère reconnu internationalement est le "Label FSC" (ou Label du Conseil de Bonne Gestion des Forêts).

Il serait quand même dommage qu’on puisse penser que la ville de Mont-de-Marsan se moque de la disparition des forêts tropicales et qu’en quelque sorte sa devise est "La déforestation ? Place Saint-Roch, je m’asseois dessus !"

L’arbre réglementaire qui cache la forêt d’irrégularités !

Réponse de la mairie aux Amis de la Terre : En réponse à votre lettre concernant l’utilisation de bois exotiques sur la place Saint-Roch et la possibilité d’exiger dans un marché, de la part des prestataires, des fournitures issues du "commerce équitable", je vous précise que conformément à l’article 5 du Code des marchés publics, les produits faisant l’objet d’un marché public, doivent être définis par référence aux normes homologuées. Les spécifications doivent donc être neutres, de nature à ne pas limiter la concurrence.

Il n’apparaît pas que des produits issus du "commerce équitable" constituent un élément d’appréciation pour définir l’offre économiquement la plus avantageuse, au sens de l’article 53 du Code.

Le Code des marchés publics n’inclut pas de clauses rendant obligatoire la certification du bois tropical importé. En cette absence, exiger un label dans un appel d’offres fait courir le risque à l’entreprise d’être poursuivie pour distorsion de concurrence.

On tremble encore pour nos édiles communaux. C’est vrai que c’est un grand risque qu’ils ont failli faire courir aux entreprises : "être poursuivies pour distorsion de concurrence". Que sont donc comparés à cela, les risques quotidiens que courent les gens qui, sur place, défendent leurs forêts : intimidations, passages à tabac, enlèvements ou disparitions pures et simples...

Depuis, nous avons appris que le plancher mis en place à Mont-de-Marsan est en azobé, bois du bassin du Congo où les firmes françaises sont très actives dans la destruction des dernières forêts tropicales et dans le pillage sans scrupule des populations locales !

AZOBÉ (Lophira alata) originaire du Bassin du Congo

Cette essencea été choisie pour faire un plancher à Mont-de-Marsan car, avec le temps, "ce bois prend une couleur gris acier, jugée particulièrement compatible avec la décoration choisie de la place". En clair, les concepteurs de cette place manquaient de matière grise...

Il n’existe pas d’azobé certifié. La probabilité que le bois utilisé à Mont-de-Marsan soit d’origine frauduleuse est TRÈS élevée.

Les citoyens montois seront certainement heureux d’apprendre qu’ils ont financé une transaction commerciale avec une marchandise d’origine difficilement contrôlable, voire frauduleuse et peut-être même criminelle...

Témoignage d’un paysan camérounais : "Nous avons été choqués de voir comment certaines compagnies ont saccagé nos forêts. De nombreux arbres ont été abattus en sous diamètre et d’autres ont été purement et simplement enfouis sous terre afin de cacher cette malversation. Comment peut-on lutter contre la pauvreté tout en détruisant le patrimoine des pauvres, les privant même de leur source de vie ? Nous sommes résolus à continuer le combat pour la conservation de la forêt, car c’est d’elle que dépendent nos vies".

Les uns luttent pour leur survie, les autres ont des soucis esthétiques, au ras du plancher...

Quel scandale !



Pour en savoir plus, voir la campagne "Forêts tropicales" des Amis de la Terre-France.