Après plusieurs mois de campagne pour dénoncer l’incroyable certification par le label PEFC des bois issus de la destruction des forêts primaires de Tasmanie, les deux principales entreprises forestières impliquées (Forestry Tasmania et Gunns) ont annoncé le 1er juin la fin de la conversion des forêts primaires de Tasmanie en plantation d’eucalyptus. Mais que vaut vraiment cet engagement ?
Vrai changement ou intox ?
Les principaux problèmes posés par l’exploitation forestière en Tasmanie peuvent être résumés en 3 points :
Coupe rase de forêt primaire et utilisation de napalm largué par hélicoptère pour brûler le bois restant.
Après coupe rase et nettoyage au « napalm », plantation d’arbres à croissance rapide (c’est ce que l’on appelle « conversion »)
Utilisation de poisons neurotoxiques pour tuer les animaux qui pourraient venir détruire ces plantations (interdite uniquement pour les forêts publiques)
Le premier constat est donc que l’engagement annoncé par les entreprises forestières ne concerne qu’un point.
L’exploitation des forêts primaires en coupe rase, le largage de napalm par hélicoptère et l’empoisonnement des animaux (dans les forêts privées) restent des pratiques courantes et considérées par le label PEFC comme de la gestion durable.
Par ailleurs dans un courrier envoyé le 16 juin 2007 à PEFC, les ONGs australiennes expliquent que l’interdiction de conversion des forêts primaires en plantations n’est que très relative. Les entreprises forestières ont toujours la possibilité de convertir des blocs de 40 ha qui cumulés pourraient représenter plusieurs milliers d’hectares.
Elles rappellent également que la certification Australian Forestry Standard (AFS), reconnue par PEFC, a été uniquement créée par l’industrie forestière et n’est soutenue par aucune ONGs.
Quand PEFC reçoit 50 000$/an pour contrer les campagnes des ONGs
Il y a quelques mois, nos collègues de The Wilderness Society ont reçu anonymement un document explosif.
Ce document confidentiel expose la stratégie de communication des entreprises forestières, du gouvernement d’Australie et du gouvernement de Tasmanie pour contrer les campagnes des ONGs.
Dès les premières lignes, ce document donne le ton : « Une stratégie de communication efficace doit protéger les parts de marché de la Tasmanie sur les marchés internationaux en éliminant la préoccupation environnementale qui entraine les clients vers d’autres fournisseurs » (« An effective communications strategy to protect Tasmania’s international markets must eliminate environmental concerns as a cause for customers to choose other suppliers »)
Pour cela, tous les clients qui posent trop de questions doivent être renvoyés vers PEFC qui se charge d’assurer la communication à la place des entreprises et du gouvernement (« Valued existing or potential customers would be offered a special service. When contacted by conservation groups, by letter or email, they would simply advise the group that its inquiry would be referred to the PEFC or the Beijing Forestry Academy. »).
En réponse, PEFC doit envoyer une lettre pré-écrite et alerter un point focal en Tasmanie afin d’identifier en permanence les « campagnes émergentes et les menaces » (« Using materials and a web-based information system provided by the Australian and Tasmanian governments, the PEFC would then send a pre-prepared letter and an appropriate electronic (or hard copy) information pack to the conservation group. The customer would then be advised the matter had been dealt with and the details would be forwarded to a central point in Tasmania, where a data-base of all conservation-based contacts with customers could be assembled to identify emerging campaign trends and threats »).
En échange de ces bons services, les gouvernements d’Australie et de Tasmanie s’engagent à verser à PEFC, 50 000$/an.

Lettre des ONgs australiennes à PEFC (16 juin 2007)