La garantie à 10 ans est-elle une mesure suffisante pour sauver les emplois des réparateurs indépendants ?

Dans le cadre de notre campagne « Produits pour la vie », nos alliés naturels sont bien entendus les réparateurs indépendants et les acteurs de l’Economie Sociale et Solidaire. En effet, grâce à eux, les citoyens soucieux d’alléger leur impact sur l’environnement et en même temps, de faire un geste solidaire, peuvent trouver une alternative à la surconsommation. Mais l’extension de la durée de garantie légale à 10 ans est-elle une mesure pertinente et suffisante pour maintenir voire augmenter les emplois de ces secteurs ?

Quelle est la situation actuelle ?

Les 2 ans de garantie actuels laissent la possibilité à certains industriels de mettre sur le marché des produits avec une durée de vie limitée, c’est le cas de l’imprimante Epson qui cessait de fonctionne au bout de 18 000 copie, de l’iPod d’Apple dont la durée de vie était limitée à celle de sa batterie ou encore aux entreprises de ne plus permettre la mise à jour des systèmes d’exploitation au bout de quelques années. A l’inverse, les industriels qui tentent de se démarquer en offrant des produits durables et de qualité ne sont nullement valorisés.

Le secteur de la réparation est en difficulté depuis plusieurs années. Une étude réalisée par l’ADEME a ainsi mis en évidence que le nombre d’emplois de réparateurs décroit régulièrement : -37% depuis 2009 sur l’électroménager (équipements dits « blancs »), -52 % sur les télés, appareils photos et lecteurs DVD (équipements dits « bruns ») [1].

Dans le même temps, nous produisons plus de 20 kg de déchets électriques et électroniques par an et par habitant, des déchets qui nous coûtent cher (le montant des contributions perçues par les éco-organismes pour les équipements électriques et électroniques ménagers mis sur le marché s’élevait à 181 millions d’euros) et que nous ne savons ni collecter, ni dépolluer, ni recycler.

Quels sont les risques d’étendre la garantie à 10 ans ?

Du côté des consommateurs, une augmentation du coût des produits est à craindre. Cependant, les biens les plus chers sont aussi ceux que nous faisons le plus réparer. Actuellement, seule l’activité sur les équipements informatiques (dits « gris ») « semble bien se porter, avec une stabilité de l’activité depuis 2011, après une hausse significative de 2009 à 2011 » [2]. Biens nomades, les tablettes, smartphones ou ordinateurs portables sont plus soumis au risque de chute et de casse mais ceux sont aussi des biens que nous faisons de plus en plus réparés car leur prix est élevé et donc que la réparation est plus rentable.

Du côté des réparateurs, les réparateurs qui sont sous contrat avec des fabricants pour réparer les biens tombés en panne pendant la période de garantie, sont au forfait. Aujourd’hui, le prix de ce forfait est sous-évalué et ne permet pas aux réparateurs de couvrir leurs frais (déplacement, temps de travail, etc.). Augmenter le nombre de réparations au « forfait » pourrait mettre leur activité en difficulté. Ce système de « forfait » à prix cassé doit être re-négocié et ne peut être un frein à l’extension de la durée de garantie.

Quelles sont les opportunités ?

Le groupe Seb qui commercialise les marques Rowenta, Calor, Moulinex ou Krups a lancé l’année dernière le label « Réparable 10 ans ». Dans le cadre de ce label, le groupe a augmenté le nombre de pièces détachées mises à disposition et baissé le prix de ces pièces de 30% en moyenne. Résultat : les ventes de pièces détachées garantie s’envolent, en particulier pour réparer les biens qui ne sont plus sous garantie.

Une meilleure disponibilité des pièces détachées associée à une baisse des prix des pièces détachées est un premier pas vers une plus grande réparabilité de nos biens. Mais cette démarche doit être couplée à une extension de la durée de garantie car si les consommateurs font très majoritairement réparés leurs biens tombés en panne pendant la période de garantie. Hors garantie, seuls 37 % de l’électroménager a été réparé.

Le volume de produits à réparer avec une garantie plus longue et donc potentiellement bien plus importants et de nouveaux réparateurs pourraient être agréés pour répondre à cette demande.

Dans le cadre de la mobilisation pour l’extension de la durée de garantie, nous avons besoin de vous : rejoignez-nous !

Notes :

[1] ADEME, Panorama de l’offre de réparation en France, Actualisation 2014, Synthèse, Octobre 2014, p. 15.

[2] ADEME, Panorama de l’offre de réparation en France, Actualisation 2014, Synthèse, Octobre 2014, p. 15.

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