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La gestion différenciée : ouvrir la ville à la biodiversité

L’espace urbain est soumis à de fortes pressions : imperméabilisation des sols, pollutions atmosphériques... et ses espaces verts jouent davantage un rôle d’amélioration du cadre de vie que de refuge de la biodiversité. Pourtant, ces deux fonctions ne sont pas incompatibles, comme le montrent les villes engagées pour la gestion différenciée.

Le principe de la gestion différenciée est d’appliquer une intensité de gestion adaptée à la fonction de chaque espace. Appliquée aux espaces verts, cette gestion alternative a pour but de se rapprocher au plus près du fonctionnement des milieux naturels ou semi-naturels (prairies agricoles, par exemple). Une pelouse d’ornement devant un grand bâtiment pourra ainsi être gérée de façon classique. Les espaces à moindre fonction esthétique seront traités en fauchage tardif : abords d’école, parc de loisir ou abords de routes. L’espace vert pourra alors devenir un outil de pédagogie et de sensibilisation des habitants à la biodiversité.

Abandonner la gestion classique

En effet, la tonte régulière et le girobroyage, méthodes classiques de gestion des pelouses, aboutissent à une disparition progressive des plantes à fleurs, qui n’ont pas le temps de fleurir et de se reproduire ; et la restitution régulière des broyats de coupe ou l’apport d’engrais azoté modifient le milieu et favorisent les plantes nitrophiles (avides d’azote) comme l’ortie ou les chardons… Ces « indésirables » seront, elles, traquées à grand renfort de girobroyeurs ou de pesticides, et ainsi de suite. A l’inverse, pratiquer une (ou deux) fauche tardive, après la floraison des fleurs, exporter le maximum de matière fourragère pour appauvrir les sols, est à la fois plus écologique et plus économique. En effet, la pauvreté d’un sol au niveau agronomique (peu de fertilisants naturels) entraîne la diversification et favorise de nombreuses espèces rares, telles que les orchidées. La matière fourragère peut être valorisée en compost, ou vendue comme foin à un éleveur local. Bien sûr, on prendra soin de laisser l’herbe coupée sécher quelques jours sur place, pour permettre la dispersion des escargots, chenilles, et autres invertébrés.

Des oiseaux plutôt que des pesticides

Il s’agit aussi d’utiliser moins de pesticides. Savez-vous qu’à surface égale, l’usage de pesticides est bien plus important pour les jardins et les espaces verts que pour l’agriculture ? De nombreuses pratiques alternatives existent contre les « mauvaises herbes ». Le « mulching » consiste à couvrir le sol avec, par exemple, le broyat des branches des arbres élagués. Le désherbage thermique existe aussi, et, plutôt que de recourir aux pesticides à chaque attaque de champignon ou d’insecte, il est préférable de renforcer naturellement l’écosystème en plantant des espèces locales, adaptées au climat et au sol, et de favoriser la diversité des espèces pour réguler naturellement les attaques. Si une armée de chenilles envahit les arbres, les mésanges et autres passereaux pourraient bien être nos meilleurs alliés… à condition d’avoir conservé assez d’arbres pour leurs nids ! -

SYLVAIN ANGERAND

En savoir plus :
Association Chico Mendès qui promeut la gestion différenciée en Nord-Pas-de-Calais : http://chicomendes.free.fr/gestion_differenciee.htm
La gestion différenciée, une chance pour la Nature en ville ?, La Garance Voyageuse, automne 2006.


Article issu de la Baleine 150, juin 2007.

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