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La manif de NDDL en cherchant Fabien

On s’attendait à tout : on s’attendait aux barrages de police et aux contrôles d’identité, on s’attendait à voir comme précédemment les bleus rangés serrés pour la violence et les destructions aveugles, on s’attendait à la pluie prévue pour tout le samedi... Et on y est allé quand même parce que des moments de lutte exemplaires et fédérateurs comme celui-là, il n’y en a pas beaucoup dans une vie. Et on est au moins 40 000 à avoir fait ce choix !!!

Nous voilà partis de Poitiers, le vendredi 16 novembre, Stéph, Ludo et moi. Nous voyageons sous un ciel bleu vers ce pays humide où, dès 5 heures, le brouillard s’est installé brusquement ( pas très bon pour les avions, ça !) A la Vache rit, une soupe aux cèpes, juste cueillis dans les bois, nous est généreusement offerte en échange d’un compliment sincère !
Le camping est sur les terres du Rosier. Le chemin qui y mène a été semé de barricades pour en retarder l’accès aux lourdes "forces de l’ordre de la mort", alors nos légères "forces de l’ordre de la vie" doivent crapahuter à la sauvage, se faufiler entre des branches, franchir des fossés sur des palettes branlantes, se désembourber d’une argile profonde. Tout ça dans la nuit qui est venue renforcer le brouillard. Heureusement, les inconnu-e-s qui font le chemin ensemble s’éclairent et se tendent la main mutuellement.
Sous un grand chapiteau, veillée d’âmes. Là aussi, on s’attend à tout et chacun, dans son for intérieur, décide de ne rien dire en cas d’arrestation, pas même son identité. Je trouve Tom et Maï, Laurent, Greg et Stéphanie qui vont assurer le lendemain les boissons chaudes.

Samedi matin, grand jour ! Le fourgon boissons chaudes suit l’autobus de Radio Klaxon. Le café de Notre Dame des Landes a fait le choix étrange de rester fermé, heureusement l’épicerie est ouverte. Je retrouve Agnès qui m’avait hébergée au moment du camp Climat. Le village déborde vite d’amis qui affluent de toute la France et même au delà. Les agoraphobes devraient expérimenter un bain dans une foule généreuse comme celle-ci : rien que des sourires, des offres d’aide et de partage ! Le ruban se déroule tranquille dans le bocage. Je retrouve des tas d’amis, attendus et inattendus. Par exemple Nathanaël qui me reconnaît malgré mon bonnet. C’est chouette de constater qu’après des années et des expériences différentes, l’entente et le plaisir d’échanger sont toujours là. Bénédicte a vu Fabien qui venait de Provence et qui s’est approché du drapeau AT. Elle me dit qu’il remonte la manif à ma recherche, je pars donc à sa rencontre.

Une équipe s’est postée sur le bord du chemin pour évaluer : "on déjà vu passer plus de 10 000 personnes !" et après j’en ai facilement vu passer 4 fois plus, ce qui fait 40 000, sans compter les 400 tracteurs qui rappellent le Larzac ! Cette évaluation est bien plus proche de la réalité que le chiffre délirant de 13 000 avancé par la Préfecture. Qu’est-ce que c’est que ces gens, payés par la population, qui n’hésitent pas à la tromper ?
Quand la tête de la manif arrive à la Vache rit, la queue est encore à Notre Dame des Landes. Plus de 40 000 "professionnels de la guérilla urbaine" (c’est ainsi que les opposants sont qualifiés par le président du Conseil Régional) se trouvent très à l’aise dans cette pacifique partie de campagne. Pas de sono, et Radio Klaxon reste très discrète. De loin en loin, des musiciens invitent à danser ou à marcher syncopé. Les banderoles imaginatives invitent au dialogue, dénonçant l’excès de z’ailes de l’Ayrault-porc ou l’impérialisme césarien du veni vedi Vinci. Les commentaires révèlent des affinités. C’est ainsi que j’offre l’aide des AT-Poitou pour fomenter la suite des actions avec les AT-Loire Atlantique.
Je n’ai pas trouvé Fabien - trop de monde (!) et les portables ne captaient pas toujours - mais, en le cherchant, j’ai multiplié les rencontres, les occasions de faire un petit point des actions communes avec projection sur l’étape suivante. Expérience grandeur nature de la convergence des luttes...

Le but du rassemblement c’est aussi de reconstruire. Des tracteurs apportent des éléments de charpente pour la construction d’une cuisine collective, d’un dortoir, d’un atelier... Tout cela est bien amorcé. On retrouve Mylène déterminée à mener à bien la construction de toilettes sèches. Une atmosphère de fête et d’efficacité collective rendue possible par l’absence de la police.
C’est vrai : pas l’ombre d’un casque ! Voilà comment ça se passe quand ils ne sont pas là ! Mais c’est quand même étrange : 1 000 flics pour 200 occupants et zéro flic pour 40 000 ! Qui défend qui contre quoi ? qui défend quoi contre qui ? IMPOSTURE sur toute la ligne ! HONTE aux donneurs d’ordres ! HONTE à ceux qui leur obéissent !
Mais, de notre côté, quelle belle VIE ! Quelle joyeuse SOLIDARITÉ ! Et il n’a même pas plu, juste quelques gouttes ! Ohé matelots : un autre vent se lève !

> Françoise Chanial


Photo : Tom Ploquin

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