La planète chauffe mais la France pourrait augmenter ses aides au charbon

Montreuil, le 8 octobre 2014 - Les représentants des agences de crédits aux exportations des pays membres de l’OCDE discuteront demain à Paris de leurs soutiens au développement de centrales à charbon à l’étranger. Sous pression des entreprises, notamment Alstom (1), certains pays refusent d’en finir avec une technologie qui périclite et proposent même d’étendre les termes préférentiels à certaines technologies charbon. Les Amis de la Terre dénoncent la mainmise des lobbies sur ces discussions et rappellent que la lutte contre les changements climatiques nous impose la sortie des énergies fossiles et non une augmentation des subventions publiques à l’énergie la plus carbonée. La France doit dès maintenant annoncer la fin des soutiens de la Coface au charbon et soutenir une position similaire à l’OCDE afin d’être en mesure de mener les négociations sur le climat en vue de la COP21 l’année prochaine.

Après que de nombreux pays et banques multilatérales de développement aient mis un terme à leurs soutiens au charbon (2), c’est au tour des agences de crédit aux exportations d’étudier le sujet à l’OCDE ce jeudi 9 octobre à Paris. Et il est temps car celles-ci représentent la première source d’argent public au développement de l’énergie la plus émettrice à l’étranger. Mais, alors que la logique scientifique voudrait que les Etats arrêtent de soutenir le charbon dès maintenant pour lutter contre les changements climatiques, certains pays de l’OCDE essaient de faire croire qu’il faut augmenter les aides au charbon pour sauver le climat.

« Les discussions en cours à l’OCDE ne portent pas uniquement sur la fin ou le maintien des aides publiques au charbon via les agences de crédit aux exportations mais sur la possibilité d’étendre les termes préférentiels dont bénéficient les énergies renouvelables à certaines centrales au charbon, comme les centrales supercritiques ou ultra-supercritiques, scandaleusement étiquetées « propres ». Même moins polluantes, ces centrales ne seront jamais propres et émettront toujours plus de gaz à effet de serre que toute autre alternative énergétique, deux fois plus que certaines centrales à gaz et 15 fois plus que les énergies renouvelables (3). De plus, c’est oublier l’impact délétère sur les populations locales des mines nécessaires pour alimenter les centrales en charbon » dénonce Lucie Pinson, chargée de campagne Banques privées/Coface aux Amis de la Terre.

« En faisant pression sur les discussions en cours, Alstom cherche à maintenir sous perfusion un marché qui périclite. Alstom a énormément investi dans les technologies de capture et de stockage de carbone. Or, non commercialement viables aujourd’hui, l’entreprise ne pourra jamais rentabiliser ses investissements s’il n’y a plus de marché pour des centrales à charbon » précise Malika Peyraut, chargée de campagne Energie des Amis de la Terre. Qui ajoute : « Les gouvernements doivent être cohérents avec leurs précédentes décisions et décider de la fin des soutiens publics au charbon via les agences de crédits aux exportations à l’OCDE après l’avoir décidé collectivement à la Banque mondiale ou pour beaucoup à la Banque européenne d’investissement et pour leurs propres banques nationales de développement ».

Aux côtés d’autres organisations, comme le Réseau Action Climat France (4), les Amis de la Terre appellent les gouvernements à agir en accord avec l’urgence climatique et les recommandations de l’AIE de laisser 80 % des fossiles dans le sol et de ne construire que des infrastructures zéro carbone après 2017 pour avoir seulement 50 % de chances de maintenir les changements climatiques en dessous de la barre des 2 °C. Quant à la France, qui accueillera la COP21 l’année prochaine, elle doit annoncer la fin de l’ensemble de ses soutiens publics au charbon et soutenir une position ambitieuse lors des discussions qui auront lieu demain et lors des prochaines réunions des pays membres du groupe sur les crédits exports de l’OCDE à partir du 17 novembre 2014. Les soutiens publics doivent aller à l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, seules solutions aux changements climatiques avec la réduction de nos consommations d’énergie.

Contact presse : Caroline Prak 06 86 41 53 43 - 09 72 43 92 65.

(1) Alstom bénéficie des soutiens de l’agence de crédit aux exportations françaises, la Coface, mais également d’autres agences, comme celle de l’Allemagne ou de la Suisse.
(2) http://www.amisdelaterre.org/Nouvel-article,1535.html
(3) L’argumentaire de pays comme le Japon et de certains industriels comme Alstom repose sur l’idée qu’en l’absence de soutiens aux technologies charbon moins polluantes, de nombreuses centrales à charbon sous-critiques seraient construites par la Chine avec une technologie plus vieille et plus émettrice. Or, sans parler du postulat erroné que des centrales seraient construites quoiqu’il arrive - alors que le marché du charbon connaît une forte chute structurelle depuis 2012 - la Chine, mais aussi l’Inde, construisent dès à présent des centrales aussi performantes que celles d’Alstom. De plus, avec ou sans soutien des agences de crédit à l’exportation des pays de l’OCDE, Alstom ne construit déjà plus de centrales sous-critiques.
(4) Lettre de plusieurs organisations envoyée le lundi 6 octobre aux agences de crédit à l’exportation et des ministres des Finances des pays de l’OCDE.

Rédigé le