
article de J-Y Bou
A la rentrée de septembre 2006, un nouveau programme d’histoire-géographie va être mis en œuvre en première STG (science et technologie de gestion). Huit éditeurs ont préparé des manuels. Dans chaque lycée, les équipes de professeurs en ont choisi un pour l’établissement.
En géographie, le programme porte sur la France et l’Europe. Il se décline en trois thèmes généraux : "les territoires européens", "peuplement réseaux et mobilité en France", "dynamiques de localisation des activités en France". Ces thèmes doivent donner lieu à des études de cas, au cours desquelles les élèves doivent étudier et faire la synthèse de plusieurs documents.
D’une façon générale, de nombreux géographes sont très imprégnés de l’esprit ultra-libéral de notre temps. Par exemple, ils associent systématiquement les mots progrès, dynamiques, compétitivité, ouverture, marché, etc.
L’esprit critique, la confrontation de points de vue sont plutôt rares, en particulier sur l’Union Européenne ou l’aménagement du territoire. Les manuels se font les porte-paroles des institutions (UE, Etat, régions). Sur la question du tourisme, plusieurs manuels proposent une page de publicité pour l’entreprise ACCOR.
Cette année MAGNARD fait très fort sur les OGM : dans le cadre des "activités" en France, il propose une étude de la filière agro-industrielle du maïs. En pages 210-211, une série de documents portent sur le problème de l’irrigation (trop d’eau pour le maïs) et sur les OGM.
Une photographie montre des faucheurs volontaires de dos, face à des gendarmes et aux équipes de l’entreprise Limagrain. Il s’agit de l’action de Marsat, du 14 août 2004. La légende de la photo est "le collectif de faucheurs volontaires tente de détruire un champ de maïs OGM défendu par des agriculteurs, des chercheurs et les forces de l’ordre".
Des extraits d’un texte de JP Charvet (géographe universitaire de référence sur la question de l’alimentation dans le monde) expliquent que les OGM permettront d’augmenter les rendements, de coller aux demandes de l’industrie et de "mieux gérer les problèmes d’environnement" (sic) en évoquant pesticides et eau. Ce texte date de 1997 !!!
Toute personne sérieusement informée sait 1° que les OGM n’augmentent les rendements que marginalement et à court terme 2° qu’ils n’existent pas d’OGM pour résoudre le problème de l’eau 3° que la pollution aux pesticides augmente avec les OGM 4° et bien sûr que les OGM sont un problème majeur pour l’environnement (contamination large, incontrôlable et irréversible).
JP Charvet est un géographe qui n’analyse pas les phénomènes géographiques sous l’angle des enjeux géopolitiques et sociaux, et qui n’envisage que les "progrès" technologiques pour répondre au problème de la faim dans le monde. J’en veux pour preuve sa conférence inaugurale au festival international de géographie de St Dié des Vosges en 2004. Les travaux de Sylvie Brunel, par exemple, illustrent d’autres approches de ces questions.
Notons que les autres éditeurs n’abordent pas le thème des OGM.
Jean-Yves Bou, enseignant histoire-géographie, lycée de Millau
Face à cette propagande manifeste et intolérable des éditions MAGNARD, je vous invite à envoyer un message à chacune des trois adresses suivantes : sce.enseignants@_magnard.fr c.uhel@magnard.fr f.dally@magnard.fr
Ce message peut-être le suivant :
madame, monsieur,
nous avons pris connaissance du contenu scandaleusement partisan, et scientifiquement faux, du manuel d’histoire-géographie de première STG des éditions Magnard. En effet, vous ne présentez les OGM que sous l’aspect de leurs soit-disant avantages, sans esprit critique ni débat.
Nous vous demandons solennellement de retirer le texte 14 p 210 pour le remplacer par un texte qui présente le débat, ou de l’accompagner d’un texte qui propose des arguments anti-ogm.
vous trouverez facilement de tels documents sur le site : www.monde-solidaire.org... ou sur les sites de greenpeace, infogm.
J-Y Bou Création de l’article : 1er juillet 2006