Dans l’Est du Cameroun, le moabi est le symbole de la réserve du Dja, classée au patrimoine mondial de l’Humanité : « nous défendons cet arbre parce que c’est le seul qui nous fournit l’huile dans le pays » explique un villageois de Medjoh, « l’huile de moabi, c’est notre seule richesse » ajoute un autre. « Abattre un moabi en Afrique, c’est comme dévaliser une banque et détruire une pharmacie » explique ainsi Belmond Tchoumba, coordinateur aux Amis de la Terre Cameroun en rappelant que les liens entre la forêt et les hommes sont très forts au Cameroun : « par exemple, le moabi est utilisé pour plus de 50 indications médicinales différentes et la commercialisation de l’huile rapporte un revenu substantiel sur le long terme ». Pour les pygmées baka de Dimpam, les premiers habitants de ces forêts, le moabi est un arbre sacré car il abrite les esprits des ancêtres.
Mais le moabi est aussi un bois d’une excellente qualité qui attire la convoitise des entreprises d’exploitation forestière. Depuis l’arrivée de l’entreprise française Pallisco, une filiale des Menuiseries Pasquet, dans l’Est du Cameroun il y a plus de 30 ans, les conflits autour du moabi se multiplient : « Au Cameroun, 90% des vieux moabi en âge de fructifier sont abattus, ce qui risque d’entraîner la disparition locale de cet arbre et prive les villageois des précieuses graines dont ils extraient l’huile » explique Sylvain Angerand, chargé de campagne Forêts aux Amis de la Terre France. « Pire, cette exploitation est souvent illégale. Pour approvisionner ses scieries, la société Pallisco a coupé des moabi dans les champs ou autour des villages, contre la volonté des villageois eux-mêmes. De jeunes arbres sont également abattus ce qui est formellement interdit par la loi ».
Depuis 2005, les Amis de la Terre mènent la campagne « Moabi : arbre de vie ou de profit ? » pour sensibiliser les entreprises et les consommateurs français. Sylvain Angerand explique : « Nous profitons de ce rapport pour féliciter l’entreprise Saint Maclou qui, après plusieurs mois de campagne, vient de nous annoncer qu’elle ne commercialiserait plus de moabi. Nous souhaitons que ce rapport permette à d’autres entreprises de prendre conscience de l’impact social et environnemental des produits en moabi qu’elles commercialisent ».
La société Pallisco et l’exploitation du moabi (Baillonella toxisperma) dans l’Est du Cameroun




