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Laisser le pétrole sous terre, une idée à creuser

Il n’y a pas assez de pétrole pour maintenir notre train actuel de production et de consommation. Quant aux réserves identifiées, les exigences pour la limitation des changements climatiques nous interdisent d’en consommer plus d’un quart…

D’abord au large de la Guyane. Puis en Lorraine. Maintenant, au large de Marseille. A quoi il faut ajouter le pétrole de schiste du bassin parisien. Les annonces de découverte de pétrole en “territoire français” se multiplient. Pour un pays qui n’avait “pas de pétrole, mais des idées”, c’est à se demander si la seule idée qui reste n’est pas celle se voir riche en pétrole. Les super latifs ne manquent pas. “Historiques” pour la Guyane, “nouvel eldorado” pour la Lorraine, “Marseille nouvelle terre de pétrole” ou encore un “nouveau Qatar” pour le Bassin parisien.
A y regarder de plus près, ces découvertes sont pourtant loin de changer la donne. Ecartons d’abord le pétrole de schiste parisien ou lorrain dont l’exploitation requiert la fracturation hydraulique – technique aujourd’hui interdite en France –, ainsi que la perspective marseillaise, qui a déclenché un mistral de réactions négatives.
Au large de la Guyane, les estimations varient de 0,7 milliard à 5 milliards de barils, soit entre 0,05 % et 0,4 % des réserves mondiales prouvées actuelles. Mêmes eaux en Lorraine : l’entreprise australienne parie sur 2milliards de barils. La France consomme environ 2 millions de barils par jour. Cela représente donc tout au plus quelques années de consommation française – pas de quoi frémir. A l’échelle planétaire, où l’équivalent de deux Arabie Saoudite devrait être mis en exploitation d’ici 2020 pour maintenir un niveau de production stable, c’est négligeable, voire dérisoire.

Un trop-plein de réserves

Faisons un pas de côté. Ils prospectent tous azimuts : offshore profond, sables bitumineux, schiste, Arctique, etc. Comme si creuser toujours plus profond, toujours plus loin, en prenant toujours plus de risques, allait de soit. Au mépris des récentes marées noires dans le Golfe du Mexique, au large des côtes brésiliennes ou nigérianes. Et au mépris des exigences climatiques.
Sur la base d’une étude du Postdam Institute for Climate Impact Research, l’ONG Carbon Tracker calcule qu’il ne faut pas consommer plus du cinquième ou du quart des toutes les réserves prouvées de pétrole, charbon et gaz de la planète d’ici 2050, si l’on ne veut pas dépasser les 2 °C d’augmentation de la température globale au delà desquels les dérèglements climatiques ne se raient plus maîtrisables. A échéance d’un demi-siècle, nous ne sommes donc pas confrontés à une pénurie de pétrole, mais à un trop-plein.
Laisser le pétrole dans le sol et stopper les explorations en cours. Telle est la solution, sauf à verser dans le climatoscepticisme ou assumer les conséquences prévisibles de cette fuite en avant pour la planète et nos sociétés. Problème : les entreprises pétrolières et gazières sont des entités privées qui ne se soucient guère de l’intérêt général. Plus décisif, leurs valeurs boursières et leur triple A sont basés sur le maintien et l’accroissement de ces réserves. Décider d’en laisser 75 ou 80 % dans le sol déclencherait un tsunami boursier exigeant le démantèlement et la mise sous contrôle public des activités de ces multinationales. Chiche !

> MAXIME COMBES
Membre d’Attac France et de l’Aitec (Asssociation internationale des techniciens experts et chercheurs), engagé dans le projet Echo des Alternatives www.alter-echos.org

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