Le projet a provoqué le déplacement forcé de 6 200 personnes appartenant aux peuples indigènes du Plateau du Nakai, et a affecté plus de 100 000 personnes vivants en aval, le long de la rivière Xe Bang Fai. Financé par la Banque mondiale, la Banque asiatique de développement, mais aussi en France par l’Agence Française de Développement-Proparco, la COFACE et la banque privée BNP Paribas, Nam Theun 2 a été la cible de critiques et controverses depuis la première proposition de sa construction dans les années 1990.
34 organisations de la société civile et des citoyens de 18 pays ont envoyé hier une lettre à la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement, leur demandant de prendre des mesures immédiates pour assurer des conditions de vie acceptables aux communautés affectées. Juliette Renaud, chargée de campagne sur la Responsabilité des acteurs financiers aux Amis de la Terre commente : "De nombreux problèmes soulevés restent sans réponse. Ainsi, les populations du Plateau du Nakai voient leur sécurité alimentaire menacée : elles n’ont toujours aucune possibilité d’avoir des moyens de subsistance durables, ayant été réinstallées sur des terres de mauvaise qualité, inadéquates pour le développement de l’agriculture. Alors que Nam Theun 2 devait améliorer les normes dans ce secteur industriel au Laos, de nombreux projets continuent d’être approuvés sans la publication des évaluations d’impacts environnementaux et sans des plans adéquats de réinstallation et amélioration des conditions de vie des populations touchées ".
Par ailleurs, des dizaines de milliers de personnes souffrent déjà des conséquences de la mauvaise qualité de l’eau et de la diminution des ressources en poisson. De plus, alors que selon les promesses faites, la zone nationale protégée de Nakai-Nam Theun, d’importance significative au niveau mondial, devait être sauvegardée, le réservoir du barrage a ouvert l’accès à cette aire, développant ainsi la déforestation, la chasse illégale, et menaçant donc son intégrité écologique.
"Les promoteurs de Nam Theun 2 tiennent absolument à considérer le projet comme un succès, mais de nombreux problèmes persistent", explique Ikuko Matsumoto, directrice du Programme Laos pour l’ONG International Rivers. De retour d’une mission terrain dans la région, elle ajoute : "Ce que j’ai vu, ce sont des communautés affectées par le barrage qui luttent pour s’adapter à leurs nouvelles vies, alors qu’aucune compensation juste n’a encore été payée à de nombreuses personnes. Il est bien trop tôt pour dire que le projet est une réussite".
La lettre de la société civile conclut : "Tant que la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement n’auront pas prouvé qu’un projet de l’ampleur de Nam Theun 2 peut être géré convenablement, rien ne justifie une quelconque augmentation du soutien de ces deux banques publiques aux grands barrages". Cette analyse est partagée par le Professeur Philip Hirsch, Directeur du Australia Mekong Resource Centre à l’Université de Sydney, qui souligne que ce projet devait servir de référence pour ces institutions : "Les Banques ont d’abord l’obligation envers les peuples et le gouvernement du Laos d’honorer leurs promesses en assurant des conditions de vie convenables aux populations affectées par Nam Theun 2. Jusqu’à aujourd’hui, aucune preuve concrète ne soutient les déclarations de réussite des Banques".
Pour plus d’informations :
Lettre de la société civile à la Banque Mondiale et à la Banque Asiatique de Développement (6 décembre 2010)
Présentation du projet d’énergie hydraulique de Nam Theun 2 (Décembre 2010)
Vidéo de 9 minutes sur Nam Theun 2 : “Risky Business”
Site Internet d’International Rivers sur le barrage de Nam Theun 2
Contacts Presse :
- Caroline Prak, Les Amis de la Terre, 01 48 51 18 96 / 06 86 41 53 43
- Ikuko Matsumoto, International Rivers, +66-(0)85-907-8450, ikuko@internationalrivers.org



