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Le CO2 est-il cause du réchauffement moyen ?

1er janvier 2002,

Le rôle des gaz à effet de serre est assez bien identifié. Mais ils ne sont pas les seuls responsables de la température moyenne terrestre. L’activité solaire et bon nombre d’autres facteurs entrent eux aussi dans la détermination du climat. Alors comment arrive-t-on à faire des gaz à effet de serre les principaux responsables d’un risque global ? Voici les éléments dont nous disposons.

Tout d’abord, on a pu montrer que le taux de CO2 dans l’atmosphère a augmenté continûment depuis 1958 : la courbe de Mauna Loa, du nom de l’observatoire hawaïen à partir duquel ont eu lieu les mesures (cf. Fig. 5), en témoigne. Ensuite, on a pu montrer que la température terrestre avait elle-même augmenté de quelques dixièmes de degrés au cours du siècle, et que cette augmentation est particulièrement rapide (Figure 6 et 7). Par ailleurs, des carottages effectués dans les calottes polaires ont montré une corrélation entre les courbes des températures moyennes terrestres et celle des taux de CO2 (Figure 7). Ces courbes montrent que le taux de CO2 est resté compris entre 180 et 280 ppmv au cours des 160 000 dernières années, et n’a jamais dépassé 280 ppmv depuis 400 000 ans. De plus, le taux est stable depuis environ 10 000 ans .

Depuis le dernier maximum glaciaire remontant à quelque 20000 ans, en certains endroits éloignés des nappes glaciaires actuelles et passées, le niveau de la mer s’est élevé de plus de 120 mètres par suite de la perte de masse de ces nappes glaciaires. Des mouvements terrestres verticaux, ascendants ou descen-dants, se produisent encore sous l’effet de ces grands transferts de masse des nappes glaciaires aux océans. L’élévation la plus rapide du niveau de la mer à l’échelle du globe a eu lieu entre 15000 et 6000 ans avant notre ère, au rythme moyen de 10 mm environ par an. D’après les données géologiques, l’élévation du niveau de la mer s’est produite à un rythme moyen de 0,5 mm par an durant les 6000 dernières années et de 0,1 à 0,2 mm par an durant les 3000 dernières années.

Ce rythme est à peu près 10 fois inférieur à celui observé au XXe siècle.

Au cours des 3000 à 5000 dernières années, à des échelles de temps de l’ordre de 100 à 1000 ans, les oscillations du niveau moyen de la mer n’ont probablement pas dépassé 0,3 à 0,5 m. Ajoutons enfin que le dernier âge glaciaire s’est achevé entre -100 000 et -10000, et le prochain ne devrait pas commencer avant + 50 000 ans.

Nous sommes aujourd’hui à plus de 360 ppmv, soit une brutale augmentation de 30% en un peu plus d’un siècle. Au cours de ce siècle, la seule chose qui ait réellement changé au point de vue climatique, en l’état des connaissances actuelles, est le dégagement massif de gaz à effet de serre par l’activité humaine.

Tous les indices concourent à désigner ces gaz à effet de serre comme responsables de l’élévation de température constatée.

Le rapport du GIEC affirme la chose suivante : " Cette évolution n’est vraisemblablement pas d’origine strictement naturelle. Les faits observés - les variations de la température moyenne mondiale de l’air à la surface et du profil spatial, saisonnier et vertical des températures de l’atmosphère en particulier - concordent pour indiquer une influence perceptible de l’homme sur le climat. " . Et il dit ailleurs : " un faisceau d’éléments suggère qu’il y a une influence perceptible de l’Homme sur le climat global " .

Le dernier rapport affirme que de nouveaux éléments viennent encore renforcer cette présomption de responsabilité . Le CO2 étant massivement injecté dans l’atmosphère par les activités humaines, c’est ainsi qu’a commencé le changement climatique, induit par le forçage anthropique de l’effet de serre. Le GIEC estime aujourd’hui ce forçage radiatif à environ +3 W.m-2, soit environ 1% du flux solaire reçu par la planète.

Figure 5 : La courbe de Mauna Loa (Source : UNEP/GRID, 2000).

Le GIEC prend donc clairement position, mais le débat existe encore dans la communauté scientifique. L’origine humaine de l’augmentation du taux de GES et l’accroissement de la température moyenne sont bien considérés comme des faits, mais les conséquences de l’un à l’autre sont encore débattues.

Il n’y a pas de preuve définitive : il s’agit de présomptions de causalité. Les modèles climatiques et les divers indices rendent vraisemblable le risque d’une déstabilisation climatique consécutive à un forçage anthropique de l’effet de serre, mais il y a encore de grandes incertitudes sur ce que sera la réponse du climat aux émissions humaines de GES.

Figure 6 :

Figure 7 : Moyenne des températures globales observées (Source : The U.K. Meteorological Office, 1997).

Figure 8 : Variation de la température et de la concentration en CO2 au cours des 400 000 dernières années (Source : UNEP/GRID, 2000)

Figure 9 : Variation des taux de CO2 et de CH4 dans l’atmosphère depuis l’ère préindustrielle (Source : Hadley Center for Climate Prediction and Research)

Il reste que d’un point de vue social, en l’état actuel de la science, la seule preuve indubitable sera le changement climatique lui-même. Il est raisonnable de penser que la modélisation du climat ne sera jamais qu’une approximation imparfaite des phénomènes réellement à l’œuvre, pour des raisons que nous détaillerons plus loin. On ne pourra donc jamais tester les différentes hypothèses en laboratoire, c’est-à-dire sans incidence sur la société, avant que le phénomène ne se produise dans le monde.

La preuve est ici indissociable d’un dommage irréversible : une fois l’expérience tentée, on ne pourra ni récupérer les GES ni re-stabiliser le climat. Donc même s’il reste des incertitudes et des débats dans la communauté scientifique, les sociétés humaines ont été amenées à reconnaître que les émissions de GES induisent un risque de changement climatique, et que ce risque est grave et irréversible. Les sociétés sont en effet toutes fortement dépendantes de la régularité climatique pour leur organisation, comme nous allons maintenant le voir.