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Le Grand Paris : un projet aux enjeux politiques éloignés des préoccupations des Franciliens

Le projet de loi du Grand Paris soutenu par Nicolas Sarkozy a été examiné en commission mixte paritaire le 20 mai 2010, et devrait être prochainement adopté. Les Amis de la Terre Paris dénoncent un projet aux enjeux politiques éloignés des préoccupations quotidiennes des franciliens.

Ce projet va à l’encontre de nombreux engagements pris par le gouvernement, à travers les lois Grenelle, comme l’article 7 qui rappelle la nécessité de « Lutter contre l’étalement urbain » et de « Lutter contre la régression des surfaces agricoles et naturelles ».

Ce projet comporte la création d’une double boucle du métro automatique appelée "le Grand 8" qui devrait être mise en service en 2023, d’après Christian Blanc, le secrétaire d’État au développement de la région-capitale. Or, face à l’insuffisance du réseau existant, au mauvais état du matériel actuel et à la saturation de certaines lignes telles que la ligne 13 du métro ou la ligne A du RER, il y a urgence !

Le schéma du Grand 8 envisage de relier des zones d’activité économique comme Le Bourget, le plateau de Saclay ou les aéroports d’Orly et de Roissy, qui ont une faible densité d’habitation. Or, selon l’INSEE, « les déplacements à destination du travail (habituel uniquement), génèrent des distances parcourues très largement supérieures à celles générées par n’importe laquelle des autres activités motivant les déplacements : près de 40 millions de kilomètres quotidiens parcourus ». (Île-de-France à la page N°331, Avril 2010) et représentent 40% du temps de déplacement des franciliens. Par conséquent, ce schéma doit prendre en considération des zones d’habitation les plus denses, au plus près de Paris, avec des gares proches les unes des autres, afin de faciliter l’accès aux transports en commun et les trajets domicile-travail d’un grand nombre de salariés.

L’article 1er du projet de loi annonce l’objectif de contribuer à la « maîtrise de l’étalement urbain ». Pourtant le passage du réseau dans des zones peu urbanisées risque, au contraire, d’accroître l’étalement urbain et la consommation d’espaces naturels et agricoles. La densification de zones urbaines existantes aurait du être la voie à privilégier. Plusieurs équipes d’architectes défendent ce principe en mettant en avant les concepts de "mixage commerces, logements, bureaux nécessaire", d’"équilibre emploi, habitat, services", de "développement métropolitain intensif plutôt qu’extensif ». Le développement de pôles dédiés exclusivement aux activités économiques met à mal l’équilibre habitat, travail, services que nous défendons.

Ce projet suppose un développement économique intense de ces zones d’activités, ce qui reste incertain. Rien n’indique non plus que cette structure en « cluster » soit un réel avantage pour les entreprises, à l’heure où les NTIC leur permettent d’échanger des informations sans restriction et de s’affranchir des déplacements. Ainsi, la Silicon Valley des Etats-Unis s’étend sur plus de 100km.

Avec le projet du Grand Paris, l’Etat a la mainmise sur l’aménagement de la région Ile-de-France, alors qu’en vertu du principe constitutionnel de décentralisation, cette compétence devrait revenir en premier lieu aux collectivités locales. En déclarant le projet d’utilité publique, il permet la préemption et l’aménagement des territoires le long du tracé et autour des gares du Grand huit par l’établissement public « Société du Grand Paris », sachant que « les représentants de l’Etat constituent au moins la moitié des membres du conseil de surveillance » (Article 8). Une telle implication de l’Etat va à l’encontre du principe de décentralisation.

De plus, le projet fait autorité sur le SDRIF adopté par le Conseil Régional dès le 25 septembre 2008. Les enjeux politiques semblent donc primer sur les préoccupations des franciliens.

Sans prendre en considération les conclusions de la médiatique consultation de dix équipes d’architectes, sociologues et urbanistes, sans tenir compte des études d’aménagement approfondies menées par la Région, sans entendre les réserves des élus locaux, Christian Blanc a mené avec précipitation un projet qui s’apprête à engloutir des milliards d’euros, plutôt nécessaires à la réorientation de la Région et de tout le pays vers une société soutenable.

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