Journal LE MONDE, édition du 29 janvier 2004
Par Claire Tréan
Jacques Chirac, qui poursuivait, par ailleurs, son hommage appuyé au président chinois et recevait le secrétaire général de l’ONU pour évoquer notamment l’Irak et la Côte d’Ivoire, s’est livré, mardi 27 janvier, devant un parterre de chefs d’entreprises français et étrangers à un plaidoyer en faveur de la transparence.
"Il faut que cessent les scandales qui ébranlent nos économies et la confiance de nos citoyens !, a dit le président. Il faut des normes financières internationales qui accroissent la clarté et la comparabilité des comptes, qui tempèrent l’excessive volatilité ou la préférence pour le court terme".
Tout cela semble sauter du coq à l’âne mais, en réalité, la "vision du monde" de Jacques Chirac peut s’y retrouver, celle d’un monde où le multilatéralisme s’imposerait dans les relations internationales et où les effets pervers de la mondialisation seraient mieux maîtrisés. De même que furent soulignées les "convergences" franco-chinoises sur un grand nombre de sujets internationaux - la défense des droits de l’homme dût-elle en faire les frais -, de même l’entourage du président a-t-il pris soin d’insister sur les "convergences" avec Kofi Annan, notamment sur le sujet qui amenait à Paris le secrétaire général, à savoir l’initiative qu’il a lancée auprès des multinationales pour les associer aux grandes causes de l’ONU.
M. Annan était l’invité d’honneur d’une manifestation qui rassemblait, à Bercy, les représentants de quelque 250 entreprises adhérant à cette initiative patronnée par l’ONU, le "Pacte mondial" (en anglais "Global Compact"). Ce Pacte énonce quelques principes de base relatifs aux droits de l’homme, aux normes sociales du travail et à l’environnement, que les entreprises signataires prennent l’engagement de respecter et de promouvoir. Lancée il y a cinq ans au Forum de Davos, l’idée a prospéré : aujourd’hui 1 200 entreprises, présentes dans 70 pays, y ont adhéré. C’est à l’invitation de la France que le Pacte mondial de l’ONU avait organisé le forum sur les thèmes de la transparence et de la lutte contre la corruption.
En réclamant des "normes internationales" dans le domaine financier, M. Chirac va un peu au-delà de la démarche du Pacte des Nations unies. Ce dernier repose, en effet, sur le pur volontariat et n’est assorti d’aucune sanction, d’aucun projet de réglementation nouvelle.
Même si l’éthique est devenue un sujet "dans le vent" pour les grandes entreprises, elles ne sont pour l’instant "pas mûres" pour des dispositifs plus contraignants, affirme un conseiller de Jacques Chirac. Les Etats non plus. Le soutien que prodiguent, par exemple, les dirigeants français à l’initiative de Kofi Annan n’empêche pas l’Etat français de déclencher l’alarme lorsque quelques Birmans réussissent l’exploit (juridiquement, c’en est un) de porter plainte contre Total devant la justice française.
MM. Chirac et Annan retrouveront vendredi 30 janvier, à Genève, Lula Ignacio da Silva pour réexaminer l’idée, lancée par le président brésilien lors du sommet du G8 à Evian, d’une taxe dont le produit serait affecté à la lutte contre la faim dans le monde. Il avait suggéré qu’elle s’applique aux ventes d’armes.
Claire Tréan, Le Monde du 29.01.04
(Nous soulignons)



