La conclusion que le GIEC 2001 tire de tous ces changements est claire : " [...] les divers secteurs de la société doivent s’attendre à être confrontés à des bouleversements multiples et à la nécessité de s’y adapter " [1].
Le premier secteur visé est l’agriculture, dont toutes les sociétés dépendent pour leur nourriture. Un changement dans la régularité des conditions climatiques, quel qu’il soit, est rarement bon pour l’agriculture. Les paysans ont un savoir et une organisation largement adaptés à un certain climat, et la nourriture est un besoin primaire essentiel. Même s’il semble que la production globale doive peu diminuer, on doit avant tout tenir compte des impacts nationaux : un pays dépendant d’un autre au niveau alimentaire est à la merci de l’arme alimentaire. Les écosystèmes déjà fortement sollicités, tels que ceux qui sont déjà en voie de désertification pour d’autres raisons, ceux qui sont fortement peuplés et/ou fortement pollués sont les plus vulnérables. Il y a quand même une probabilité de conséquences positives au niveau agricole : certains pays pourraient voir le rendement de leurs cultures augmenté par l’accroissement du taux de CO2, qui agit comme un engrais pour un certain type de plantes. Il faut toutefois supposer que ces cultures ne seront pas atteintes ni par les sécheresses ni par les inondations ou autres facteurs climatiques.
Un second secteur est celui des infrastructures matérielles. Elles devraient elles aussi subir des dommages potentiellement très importants, car elles sont elles aussi adaptées à des condition climatiques régulières et relativement prévisibles et ne sauraient résister à des phénomènes climatiques exceptionnels. Ainsi, si le permafrost sibérien vient à fondre, les immeubles russes, dénués de fondations, ne tiendront pas longtemps debout. De la même façon, tous les ponts, évacuations d’eau, régulation de l’approvisionnement en eau etc. sont construits pour faire face à une certaine régularité dans la variabilité naturelle du climat. Ils ne sont pas dimensionnés pour les cas qui sortent de la fourchette habituelle, et encore moins pour les surprises ou les événements climatiques extrêmes.
Ajoutons à cela que la montée des eaux maritimes devrait entraîner la disparition de certaines terres : 1% de l’Egypte, 17,5% du Bangladesh (cf. Fig 18) et 80% pour l’île Majuro, dans l’archipel Marshall. Il y aurait 92 millions de personnes menacées avec l’hypothèse d’une augmentation du niveau de la mer de 50 cm, et 118 millions avec l’hypothèse à 95 cm. Une montée du niveau des océans, même faible, aurait aussi pour conséquence la salinisation des deltas, qui sont des régions très peuplées, parce que très fertiles, en populations humaines comme en populations animales. Cet effet pourrait être combiné à la salinisation provoquée par le pompage de l’eau des fleuves en amont pour l’agriculture intensive.
La majeure partie de ces conséquences induiront évidemment des tensions accrues entre les communautés humaines, du fait de ressources naturelles devenant rares : eau douce (trop ou pas assez), surfaces cultivables, etc. les rivalités seront exacerbées. Le tout dans une biosphère déjà mise à mal par d’autres problèmes environnementaux : déforestation, désertification, pollution et épuisement des sols, etc.
Les événements climatiques hors-normes, quant à eux, qu’il s’agisse de surprises ou non aux yeux des scientifiques, conduiront des secteurs entiers de populations à migrer, s’ils ne peuvent plus vivre sur place et s’ils ne reçoivent pas d’aide pour faire face aux difficultés. Il s’agit donc aussi de risques de déstabilisation des communautés humaines.

Figure 18 : Impacts (Source : UNEP / GRID, 2000)

Figure 19 : Impacts sur les maladies tropicales transmissibles (Source : UNEP / GRID, 2000)

Figure 20 : Montée des eaux au Bangladesh (Source : UNEP / GRID, 2000)

Figure 21 : Impacts sur la production de café en Ouganda (Source : UNEP / GRID, 2000)
Les dommages éventuels par causalité directe du changement climatique sur la santé individuelle, troisième secteur, sont plus difficiles à entrevoir : le climat ne tue pas directement. Il est néanmoins probable que les vagues de chaleur feront augmenter la mortalité, et que les maladies infectieuses véhiculées par les insectes des pays chauds, telles que le paludisme, dengue, fièvre jaune, remonteront vers le nord de quelques centaines de kilomètres.
La principale cause de mortalité est indirecte. Inondations et autres événements mal gérés ou mal gérables par les organisations humaines provoqueront ce qu’ils provoquent déjà aujourd’hui : malnutrition, épidémies de choléra par mélange entre eau potable et excréments, migrations, etc.
Du point de vue économique, et dans l’hypothèse d’un doublement du taux de CO2 en 2100, le GIEC estime que ces dommages coûteront entre 1 et 2,5% du PIB mondial par an, entre -0,5 à 2% du PIB de l’OCDE (-60 à +240 milliards de pertes), entre 2 à 6% pour les pays en voie de développement [2].
Ce sont les hypothèses les plus conservatrices : d’autres études montrent des tendances plus inquiétantes, comme la courbe des coûts annuels liés aux dégâts dus aux tempêtes, qui pourrait conduire à un coût de 100% du Produit Mondial Brut en 2065 [3].
Il faut bien dire cependant que cet aspect du problème n’est guère creusé. Seules quelques équipes dans le monde travaillent sur le sujet, et la plupart sont de simples estimations économiques, qui estiment ce que cela coûterait de racheter les biens détruits. Or la majorité des destructions correspondent à des biens qui ne sont pas remplaçables : vies humaines, écosystèmes, infrastructures etc. Il n’existe quasiment aucune étude sur l’anticipation des conséquences au point de vue social ou politique.
L’analyse présente donc de nombreuses faiblesses : Le changement climatique ne va-t-il pas plutôt déstabiliser tous les marchés terrestres ?
Figure 22 : Augmentation des pertes dues aux catastrophes naturelles (Source : UNEP / GRID, 2000)
[1] GIEC, Changement de climat 1995 - Résumé à l’intention des décideurs, 1995, p. 6.
[2] GIEC, Changement de climat 1995 - Résumé à l’intention des décideurs, 1995, p. 16.
[3] Estimation faite par l’entreprise de réassurance Munich Re, citée dans J. E. Salt, Climate Change and the Insurance Industry, in Corporate Environmental Strategy, 1999, Vol.7, no 2, pp. 146-155. Voir aussi A. Meyer, Contraction & Convergence, London : Green Books, 2000, p. 32.




