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Le changement climatique, manifestation majeure de l’insoutenabilité du développement industriel actuel

1er janvier 2002,

On ne doit pas se tromper sur la signification de l’incertitude dans le problème du changement climatique. Il n’existe aujourd’hui aucun raisonnement crédible permettant de montrer que le risque est fallacieux, et que tout le monde s’est trompé.

Le fait qu’il y ait des sceptiques ne permet pas d’occulter cet autre fait qu’il n’existe personne capable de prouver que le changement climatique est une vaste supercherie. L’incertitude sur les impacts peut porter deux côtés : beaucoup plus grave que "prévu" ou beaucoup moins grave que "prévu". Le fait que ce ne soit pas certain n’autorise pas à dire qu’il n’y a pas de problème - le raisonnement doit être symétrique et on doit faire la preuve de cette absence de problème.

Par ailleurs, s’il n’existe pas de "risque zéro", on doit garder à l’esprit que le risque de changement climatique n’est pas un risque commun : les risques de dommages graves et irréversibles ne se rencontrent que rarement dans l’histoire de l’humanité. Le risque zéro n’existe pas, mais le risque de déstabilisation grave et irréversible du climat (une " bifurcation " ou changement brutal du climat) n’existait pas, du moins dans une période de temps comprise entre -10 000 et + 50 000 ans, avant que l’on injecte des quantités massives de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

Le fait que le climat ait varié au cours des temps passés ne permet pas d’affirmer que les variations actuelles ne sont que dues qu’aux processus naturels. Il n’y a pas de lien de cause à conséquence possible entre le fait que les périodes chaudes soient historiquement les plus prospères et le risque actuel de déstabilisation du système climatique. N’oublions pas qu’on ne peut pas savoir quel sera le réchauffement "le plus probable" : l’incertitude n’est pas statistique car l’événement ne peut pas être reproduit plusieurs fois. Dire que le réchauffement sera de 5,8°C est un abus, de même que dire qu’à concentration égale le réchauffement sera plus probablement de 2°C que de 5,8°C. Le GIEC dit que le réchauffement moyen sera probablement compris entre 1.5 et 5.8°C, compte-tenu des scénarios de population économie etc., mais cela n’exclut pas des scénarios plus brutaux.

On doit enfin se souvenir des inerties climatiques : si on arrête les rejets, il faudra encore du temps pour stabiliser les concentrations et encore davantage pour stabiliser la température et le climat. Exiger d’attendre la preuve absolue revient à autoriser une expérience très risquée avec le système climatique et ses habitants. Il est doublement faux d’affirmer que le problème ne sera sérieux que d’ici 50 à 100 ans : tout d’abord parce que les moyens de lutter seront beaucoup plus coûteux voire techniquement indisponibles, en raison de l’inertie des infrastructures et de la réponse sociale, et ensuite parce que le climat peut être gravement déstabilisé bien avant cette date.

Toute appréhension du problème doit en outre garder en mémoire son caractère mondial : les pays en développement sont actuellement en train de mettre en œuvre un développement fortement émetteur en gaz à effet de serre, et cela parce que ce modèle est théorisé et mis en œuvre ici, dans la pays industrialisés, dans notre quotidien et dans nos écoles d’ingénieur et de commerce.

C’est bien davantage ce modèle de développement qui doit être mis en cause. Tenter de contrecarrer les émissions de gaz à effet de serre en faisant comme s’il s’agissait d’un effet secondaire néfaste marginal issu d’un modèle qui en soi resterait bon est voué à l’échec. Aucune institution, au niveau international, n’est capable de contrebalancer la puissance des flux culturels et la fascination des pays en développement pour le mode de vie observable dans les pays industrialisés. Ils ne voudront en aucun cas adopter des techniques que les pays industrialisés eux-mêmes refusent, comme par exemple les énergies renouvelables. Les armées de "développeurs" et autres conseillers en développement qui sont formés dans nos écoles ne les adopteront pas davantage.

Le changement climatique est un défi majeur posé à un modèle de développement basé sur la seule poursuite de la croissance économique. Ce modèle est devenu dangereux et doit être profondément révisé.

Il ne s’agit plus de croire en un avenir radieux issu de la poursuite continuée d’un schéma habituel : la poursuite de la croissance économique, mais de faire des choix établis sur des argumentations solides, étayés par des scénarios à long terme, prenant en compte les peuples du monde entier et les générations à venir.