Le secteur résidentiel – tertiaire en France est responsable de 42% des consommations d’énergie finale (1) et de 25% des émissions de gaz à effet de serre. De plus, la consommation électrique domestique a augmenté de 3% en 2008 par rapport à 2007 (2).
C’est un signe alarmant qui montre la nécessité d’agir maintenant au niveau politique et individuel pour réduire les consommations d’énergie et ainsi les émissions de gaz à effet de serre. Il faudra réduire nos émissions de gaz à effet de serre entre 25% et 40% en 2020 par rapport à 1990 pour pouvoir atteindre le but de rester en dessous de la barre de + 2°C (3) afin d’atténuer les conséquences du changement climatique sur les écosystèmes et l’humanité. Cependant la situation est complexe…
En analysant les consommations énergétiques des ménages français, le chauffage est responsable en moyenne de ¾ des consommations finales (4) et représente donc un champ d’action prioritaire. Comme source d’énergie en 2006, 44% des ménages utilisaient le gaz mais 30% se chauffaient à l’électricité (5) - ceci constitue un record européen. Au Danemark par exemple l’installation d’un chauffage électrique dans les constructions neuves est interdite (6). Malgré son coût d’utilisation élevé, en France le chauffage électrique poursuit sa progression, notamment dans les logements récents – 66% des logements construits en 2006 ont été équipés en chauffage électrique. En plus des installations de chauffages électriques classiques, on observe aussi une augmentation constante des installations de Pompes à chaleur (PAC) (7).
Les ventes de PAC se sont littéralement envolées en France depuis 3 ans : de 25 % à 200 % de croissance selon le type d’équipement considéré – surtout dû aux incitations financières depuis 2004 sous forme de crédit d’impôt. On comptait en 2008 plus de 500 000 PAC installées sur le territoire (8). Ceci pose un problème car beaucoup de PAC ont remplacé une ancienne chaudière au fioul qui était, bien entendu, peu performante mais qui ne consommait pas d’électricité. La mode des « PAC » contribue donc à l’augmentation de la consommation électrique pour le chauffage. De plus, le marché français actuel ne propose pas de PAC au coefficient de performance (COP) suffisamment satisfaisant pour que l’énergie soit considérée comme renouvelable (9). D’un point de vue économique et énergétique, les ménages ont tout intérêt à investir d’abord dans une isolation performante.
Mais comment s’explique cette tendance contradictoire et quels sont les problèmes sociaux, économiques, structurels et climatiques liés au chauffage électrique ?
Nous avons la mauvaise habitude de mettre en balance le coût immédiat (coût d’achat), lorsque l’on compare deux équipements. Ainsi les convecteurs électriques peuvent paraître beaucoup moins chers qu’un chauffage central. Mais il faut considérer qu’un système qui a une durée de vie de 20 ans va nous coûter plus cher en utilisation (entretien et énergie) qu’en investissement (10). Surtout si l’on considère une très probable augmentation du prix des énergies. Un manque de ressources financières freine également l’investissement de départ, alors qu’un coup de pouce financier sous forme de crédit pourrait aider là où l’investissement est rentabilisé par les économies d’énergie. Ainsi, beaucoup de ménages s’équipent en chauffage électrique, entrainant une sur-consommation de cette énergie – en hiver quand tout le monde allume son chauffage ou en été pendant les canicules à cause des appareils de climatisation.
Mais c’est aussi – et surtout - le cas des propriétaires bailleurs, non concernés par la consommation d’énergie pendant la durée de vie du bâtiment, qui privilégient largement l’installation de chauffage électrique dans les logements qu’ils louent. Sur les 7 millions de logements chauffés à l’électricité, on trouve 3 millions d’appartements et 4 millions de maisons individuelles. Près de 60% de ces logements datent d’avant 1982 et ne disposent pas d’une isolation thermique efficace.
Dans le collectif, cette catégorie de logements « passoires thermiques » est bien souvent occupée par des ménages à faible budget, qui voient leurs factures d’électricité flamber en hiver sans parfois pouvoir atteindre une température décente dans leur appartement. Par ailleurs, un manque d’information prégnant sur les moyens d’économiser l’énergie les amène bien souvent à en gaspiller : éclairage halogène (l’investissement dans la lampe ne coûte que 20€ !), appareils hifi-vidéo en veille, suréquipement électro-domestique…

Source : « Habitat Naturel », hors-série 5 – été 2008, ADEME.
Par ailleurs, lorsqu’un particulier équipé en chauffage électrique souhaite changer d’énergie, il recule bien souvent devant la complexité des travaux et le coût prohibitif du changement complet du système de chauffage. Lorsqu’une installation de chauffage central est déjà en place, les travaux sont moins important en ne nécessitant que le changement de la chaudière. On peut ainsi passer du fioul au gaz ou au bois.
Aussi, contrairement aux idées reçues, les radiateurs électriques « à économie d’énergie » n’existent pas. Ils peuvent consommer « moins cher » (accumulation en heures creuses) et fournir une chaleur plus agréable (rayonnement plutôt que convection), mais consommeront
toujours le même nombre de kilowattheures. C’est bien l’isolation du bâtiment qui détermine les besoins en énergie, pas le radiateur.
La fourniture en électricité
Début 2009 – plus précisément les 5, 6 et 7 janvier- trois pics de consommation électrique ont eu lieu en France, dus aux températures particulièrement faibles qui ont créé un besoin important de la part de 30% de ménages qui se chauffent en électrique. Des demandes accrues représentent une source de déstabilisation pour le réseau de transport de l’électricité et provoquent un risque de coupure de courant au moindre incident technique ou climatique. Assez vite un renforcement du système de lignes à haute et moyenne tension sera nécessaire si le taux d’équipement en électrique reste le même.
La production d’électricité en France est assurée à 78% par le parc nucléaire français, qui est mal adapté à la gestion des pics de consommation car il assure une production d’électricité constante, dit « de base ». Ce fait entraine deux aberrations : En période de non-chauffe surtout pendant la nuit il y a une surproduction d’électricité qui est difficilement vendable aux voisins européens. EDF essaie donc avec le double tarif d’inciter les ménages à consommer d’avantage l’électricité pendant la nuit, lorsqu’elle est moins chère. Deuxièmement, pendant les pics de consommation des centrales thermiques au gaz, fioul ou charbon qui sont beaucoup plus réactives (11), sont raccordées au réseau. Mais ces centrales sont très émettrices en CO2, car elles sont souvent anciennes et ont un rendement très faible (12). Ceci signifie donc une augmentation importante des émissions de gaz à effet de serre du chauffage électrique.
Le contenu CO2 moyen du chauffage électrique sur l’année est de 180 g de CO2/kWh (13). Le contenu CO2 du gaz est à peine plus élevé avec 206g CO2/kWh. Par contre quand les centrales thermiques (gaz, fioul, charbon) sont mises en route pendant un pic de consommation, les émissions de CO2 peuvent augmenter jusqu’à 550g CO2/KWh (14) pour le chauffage électrique, ce qui fait apparaitre nettement les faiblesses structurelles de l’utilisation d’électricité d’origine nucléaire comme source de chauffage. Le bois émet quant à lui 0gCO2/kWh parce que le CO2 émit lors de la combustion est recyclé par la biomasse en croissance. S’il n’y a pas de replantation les émissions s’élèvent à 355g (15).
Un deuxième point à considérer si on analyse les émissions de CO2 pour le chauffage électrique est l’interconnexion du réseau électrique en Europe. Même si la France reste structuralement un pays exportateur d’électricité en 2008 (malgré une baisse tendancielle depuis plusieurs années), pendant les pics de consommations la France importait de l’électricité de la Belgique, de l’Allemagne et de l’Espagne (16). En Allemagne les émissions moyennes de CO2 du kWh électrique produit (toutes sources d’énergie confondues) sont de 616 g CO2/kWh (17). Ce chiffre est très élevé par rapport à la France parce que l’Allemagne construits de plus en plus de centrales thermiques à combustibles classiques (16 en cours de planification) pour pouvoir répondre à la demande en électricité tout en réduisant la production nucléaire (18). Ces importations très émettrices en CO2 font donc augmenter les chiffres d’émission de CO2 français.
Ni la construction de nouvelles centrales nucléaires, ni une augmentation rapide de la puissance installée en énergies renouvelables – qui se caractérisent par leur intermittence - ne pourraient nous donner une issue pour sortir de cette impasse. Seule une réduction immédiate et importante de nos consommations énergétiques par la sobriété et l’efficacité énergétique nous donnera les capacités d’éviter la catastrophe climatique, avec ses impacts sociaux, écologiques et économiques, qui s’approche à grands pas. Une révolution culturelle doit être entamée en France.
Dans ce contexte la confirmation de la construction d’une deuxième centrale nucléaire EPR le 30 janvier 2009 montre que nous sommes encore loin d’une politique qui vise en priorité la réduction de nos consommations énergétiques...
Notes :
(1) Energie finale : énergie primaire (énergie brute, c’est-à-dire non transformée après extraction) – tout énergie perdu pendant la transformation et le transport. En France 68% l’énergie primaire sont perdus.
(2) Rapport annuel RTE – chiffres en valeur corrigée des aléas climatiques
(3) Selon le rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat)
(4) Maîtrise d’énergie - Chiffres Clefs 2007 - ADEME
(5) Maîtrise d’énergie - Chiffres Clefs 2007 – ADEME, page 17
(6) http://www.actu-environnement.com/ae/news/1101.php4
(7) Une pompe à chaleur (PAC) est un dispositif thermodynamique permettant de transférer la chaleur du milieu le plus froid (et donc le refroidir encore) vers le milieu le plus chaud (et donc de le chauffer). Il s’agit d’un système de chauffage performante mais alimenté en électricité qui est capable de fournir pour 1 kWh consommé jusqu’à 3 à 5 kWh d’énergie sous forme de chaleur.
(8) « La folie des pompes à chaleur » Le Figaro 23/01/2008
(9) D’après le Comité de Liaison pour les Energies Reouvelables et l’Efficacité Energétique (CLER), le COP d’une PAC doit être comprise entre 6 et 10 pour que son énergie soit considérée comme renouvelable – CLER Infos n°66, sept-oct 2008
(10) Le prix d’un kWh électricité (0,102€) est plus élevé que celui du gaz de réseau (0,066€) et celui du bois en buches (0,043€).
(11) 12 min suffisent aux plus performantes pour commencer à produire. Source : EDF
(12) Le rendement de centrales thermiques classiques est d’environ 33% - le reste est perdu sous forme de chaleur. Fin 1998, la cogénération (la cogénération – production de l’électricité + utilisation de la chaleur produit pour le chauffage à travers d’un réseau de chaleur) représentait moins de 3% de la capacité de production française, contre plus de 40% aux Pays-Bas et 50% au Danemark. Source : Resosol 2001
(13) La production d’un kWh d’électricité uniquement par le nucléaire conduit au rejet de 76 g de CO2.
(14) Le contenu en CO2 du kWh électrique : Avantages comparés du contenu marginal et du contenu par usages sur la base de l’historique. ADEME, RTE 2007
(15) « Amélioration énergétique des bâtiments existants : les bonnes solutions », ADEME FFB 2004
(16) Le rapport de RTE pour l’année 2008
(17) CO2-Bilanzen verschiedener Energieträger im Vergleich, Wissenschaftliche Dienste des Deutschen Bundestages, 2007 (émissions de centrales thermiques au charbon entre 622 – 1230 gCO2/kWh)
(18) Décidé en 2002 la dernière centrale nucléaire en Allemagne va arrêter la production en 2020
graph valuer GES par source d’énergie





