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Le choix autocratique de l’automobile électrique...

Les Amis de la Terre accueillent avec circonspection et étonnement les mesures envisagées par les pouvoirs publics et la ministre de l’Ecologie, du développement durable et de l’énergie, Mme Ségolène Royal, en faveur du développement en France de la voiture électrique comme réponse à la pollution automobile.

Cette annonce laisse perplexe, car il apparaît, compte tenu de nos connaissances actuelles, que la maîtrise technologique des pollutions induites par l’automobile réside dans le développement de la propulsion à partir de l’hydrogène. Tout se déroule comme si Madame Royal entérinait les sollicitations d’un puissant lobby industriel, dont les fabricants de voiture électrique (VE), EDF et Areva, regroupés au sein de l’association Avem. Quelques 16 modèles de VE sont aujourd’hui disponibles sur le marché en France, mis sur marché notamment par les majors du secteur. On peut se demander si nous ne sommes pas témoin d’une véritable fuite en avant des constructeurs automobiles qui cherchent à rentabiliser leurs investissements dans la recherche & développement du VE avant que ne s’installe durablement sur le marché les automobiles propulsées par des piles à combustibles.

Madame Royal a une approche autocratique de sa fonction et fait des annonces qui vont à l’encontre des conclusions des principales agences de l’Etat concernées par le sujet, notamment l’Ademe, qui ne considère pas que la voiture électrique, dans son bilan énergétique, soit moins émettrice de C02 ou moins productrice de déchets polluants qu’une voiture conventionnelle récente. Il en résulte que la mention "voiture propre" ne doit plus être employée dans la communication publicitaire des industriels concernés par décision de l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP). D’autant que le développement de ce mode de transport est totalement contraire à toute volonté de réduire globalement la consommation d’énergie du pays. La solution à court terme demeure surtout dans le contrôle du flux automobile en milieu urbain, dans le développement des transports en commun, dans l’usage sécurisé du vélo et la fin du Diesel.

Le développement de la VE renforce la dépendance des Français à l’égard de l’électricité nucléaire et l’importation massive d’uranium. De fait, Madame Royal s’est prononcée récemment en faveur de la construction de nouvelles centrales atomiques, ce qui va effectivement dans le sens de son projet de voiture électrique. Actuellement, la recharge de ces voitures se fait à 75 % à partir de l’électricité nucléaire. Elle confirme de facto que la doctrine présidentielle de réduire à 50 % la part du nucléaire dans la production d’électricité en France ne constitue pas en réalité une réduction du parc nucléaire et encore moins une sortie de l’atomisme. Elle conforte l’adhésion des élites politiques et des commis de l’Etat (Polytechnique, Mines), à une aveugle doctrine technocratique dont ils ont su tirer gloire et profits.

...et des déchets radioactifs

Il en résulte la production massive de déchets radioactifs tueurs pour lesquelles aucune solution de destruction ou de stockage sur des centaines de milliers d’années, n’a pu être trouvée de façon réaliste. Par ailleurs, à une époque où le terrorisme le plus forcené se développe, les installations nucléaires, disséminés sur le territoire, font peser une terrible menace sur le peuple français. Pour preuve l’adoption en première lecture, jeudi 5 février, par l’Assemblée nationale, d’une loi visant au renforcement de la protection des installations civiles abritant des matières nucléaires. Elle prévoit des pénalités financières renforcées et des peines de prison s’appliquant à priori aux écologistes et lanceurs d’alerte tout en prétendant lutter contre la menace terroriste. Les installations nucléaires sont aujourd’hui gardées par les militaires ou des milices privées.

Ce choix en faveur de la voiture électrique entraîne par ailleurs l’installation de dizaines de milliers de bornes électriques. Le Groupe Bolloré vient de déposer un dossier approuvé par le ministère de l’Economie pour installer 16 000 bornes dans le pays d’ici 2018, avant même que le Parlement ne se soit prononcé sur ce choix technologique. L’investissement s’élève à 116 millions d’euros et le projet confère des avantages substantiels à cet industriel. En outre, le projet de développement du VE est assorti d’une subvention de 10 000 euros apporté à l’achat d’un véhicule de ce type. Même s’il s’agit d’une proposition qui reste un effet d’annonce sans conditions précises, il est raisonnable de penser qu’elle fera peser une énorme charge financière sur l’Etat au profit des populations urbaines les mieux loties. Ces sommes considérables seront puisées dans les poches de tous les Français, dont les plus modestes qui verront se fragiliser encore plus les services publics, comme les hôpitaux et les transports en commun.

Les annonces de Mme Royale, fort précises lorsqu’il s’agit d’étayer sa volonté de poursuivre un projet qui s’est déjà soldé par un échec industriel en Poitou-Charente malgré le soutien de la Région qu’elle présidait, ne sont jamais accompagnées d’une égale volonté allant dans le sens du développement des énergies renouvelables pour notamment recharger les batteries des voitures électriques. Elle fait notamment l’impasse sur la recherche & développement des piles à combustibles alimenté par l’hydrogène qui est à ce jour la plus encourageante des avancées en matière de production d’énergie. Compte tenu des initiatives dans ce domaine, il est fort probable que l’option proposée par Mme Royal soit d’ores et déjà obsolète. D’un strict point de vue de la cohérence en matière de choix technologique, la France reste en marge et s’isole en matière de mobilité électrique soutenable. Aucun modèle de VH n’est disponible dans les concessions, aucune aide à l’achat, aucun réseau public de distribution d’hydrogène « très bas carbone » produit dans des unités décentralisées avec des énergies renouvelables n’est mis en place. Pourtant des constructeurs comme, Honda, Toyota et Hyundaï proposent déjà des modèles qui sont en voie d’être commercialisés en Allemagne, au Danemark, en Grande Bretagne et aux Etats-Unis.

Sommes-nous face à une nouvelle poussée calamiteuse de protectionnisme industriel ?

Alain Zolty

Rédigé le