Logo des Amis de la Terre

Recommander cette page

Imprimer cette page

Agrandir cette page

Le dernier filon : sauver le climat grâce aux OGM !

15 mai 2008,
Par Christian Berdot

Communiqué de l’ETC Group

Les OGM devaient sauver le monde de la famine. Maintenant, les OGM vont résoudre la crise énergétique. Bientôt, les OGM aideront à résoudre la crise climatique...

Article traduit du site de l’ETC Group : http://www.etcgroup.org/


Communiqué

Mai/juin 2008

Enjeu : Les principales entreprises semencières et agrochimiques sont en train d’accumuler des centaines de brevets qui leur assurent le monopole sur des gènes de plantes qu’elles comptent commercialiser en tant que plantes modifiées génétiquement pour résister à des stress climatiques, comme la sécheresse, la chaleur, les inondations, le froid, la salinité des sols et bien d’autres encore. BASF, Monsanto, Bayer, Syngenta, Dupont et leurs partenaires des biotechnologies ont déjà dépose 532 brevets (un total de 55 familles de brevets) un peu partout dans le monde dans les bureaux des brevets portant sur des gènes « utiles pour le climat ». Face aux désordres climatiques et à la crise alimentaire qui s’aggrave, les Géants des Biotechnologies sont en train de monter une opération de communication pour se faire passer pour les sauveurs du climat. En misant sur ces gènes, prétendument utiles pour le climat, c’est une occasion en or pour eux, d’imposer les OGM comme la solution rêvée aux changements climatiques. Ces technologies basées sur des droit exclusifs concentreront encore le pouvoir des entreprises, feront monter les coûts, freineront les recherches indépendantes et saperont toujours plus le droit des paysans de conserver et d’échanger leurs semences.

Les Géants des Biotechnologies accumulent des demandes étendues de brevet sur des gènes liés aux stress environnementaux – pas uniquement ceux d’une espèce de plante particulière, modifiée génétiquement – mais aussi sur la séquence génétique en grande partie semblable dans pratiquement toutes les plantes alimentaires modifiées génétiquement. Au-delà des Etats-Unis et de l’Europe, les bureaux des brevets dans les principaux pays producteurs de plantes alimentaires comme l’Argentine, le Canada, le Brésil, la Chine, l’Australie, le Mexique et l’Afrique du Sud, sont inondés de demandes de brevets. Monsanto (la première compagnie semencière mondiale) et BASF (le numéro un de la chimie dans le monde) viennent de créer un partenariat de 1.5 milliards de dollars pour mettre au point des plantes tolérantes aux stress. A elles seules, ces deux compagnies possèdent 27 des 55 brevets (44%) identifiés par l’ETC Group.

Conséquences : Les communautés rurales du Sud – celles qui ont pour le moins contribué aux émissions de gaz à effet de serre – sont parmi les populations les plus menacées par les désordres climatiques provoquées par les pays les plus riches. Les pays du Sud doivent se contenter des miettes d’espace environnemental que leur laissent les pays du Nord. Est-ce que les communautés du Sud vont encore être malmenées par la ruée vers les profits liés aux changements climatiques ? Cette main mise sur ces gènes prétendument « utiles pour le climat » pompe l’argent et les ressources qui pourraient être utilisés dans des stratégies abordables, basées sur les paysans locaux pour s’adapter et survivre aux changements climatiques. Après des décennies de fusions et d’acquisitions d’entreprises semencières, accompagnées du déclin continu du secteur public de production végétale, les 10 principales entreprises de semences contrôlent 57% du marché mondial. Alors que la crise climatique s’accentue, le danger est grand que des gouvernements n’imposent aux agriculteurs d’adopter des traits génétiques, supposés être des mesures d’adaptation essentielles. Les gouvernements vont-ils être mis sous pression et donner carte blanche aux entreprises de biotechnologies pour utiliser le génie génétique – et supprimer les règles de biosécurité – sous prétexte que c’est le dernier moyen de lutter contre des changements climatiques extrêmes ?

Politique : Les gouvernements qui participent, sous l’égide de l’ONU, à la Convention sur la Biodiversité à Bonn (du 19 au 30 mai) et à la conférence conjointe de l’ONU et de la FAO (Organisation pour l’Agriculture et l’Alimentation) sur la Sécurité Alimentaire Mondiale et les Défis des Changements Climatiques et des Bioénergies (du 3 au 5 juin) doivent recommander que les gouvernements cessent de garantir tous les brevets portant sur les gènes ou les traits génétiques liés aux changements climatiques. Ces nouvelles variétés non testées doivent être soumises à une étude complète, comprenant aussi les impacts sociaux et environnementaux. Etant donné l’urgence de la situation, l’ETC Group demande instamment aux organismes intergouvernementaux d’identifier et d’éliminer les politiques - telles que les lois restrictives sur les semences, les régimes de la propriété intellectuelle, les contrats et les accords commerciaux - qui sont des barrières qui empêchent les paysans de produire, de conserver ou d’échanger leurs semences. La dernière chose dont les paysans aient besoin, pour s’adapter aux rapides changements climatiques, c’est d’obstacles dans l’accès à la biodiversité. Les stratégies d’adaptation et de survie aux changements climatiques, basées sur les paysans doivent être reconnues, renforcées et protégées.



Autres articles