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Le médicament Français est il malade ?

Docteur en pharmacie, j’ai passé une moitié de ma vie dans l’industrie et l’autre dans l’officine, ce qui me vaut de très bien connaître ma profession. Or ayant eu besoin d’un médicament hormonal pour mon épouse qui a un traitement depuis de nombreuses années, il m’a été impossible à Soustons de l’obtenir chez mon pharmacien habituel, celui-ci m’ayant fait savoir que le produit était en rupture de stock chez le fabricant sans autres précisions.

Je me suis donc rendu à Dax où après avoir fait toutes les pharmacies de la ville on m’a fait la même réponse. Or le hasard m’a fait rencontrer un membre Conseil de l’Ordre des Pharmaciens, à qui j’ai fait part de mon étonnement. Sa réponse a été hallucinante pour moi qui connaissais l’excellence du circuit du médicament de sa fabrication à sa délivrance aux malades, la France étant réputée pour avoir une des meilleures structures au monde. Mais c’était avant, quand de la fabrication au stockage chez le grossiste et à la délivrance au malade, toute la chaîne était contrôlée par des pharmaciens qui, en raison de leur formation et de leur responsabilité, apportaient une garantie quasi absolue.

Ainsi mon confrère m’a révélé liste à l’appui que la plupart des médicaments courants provenaient de l’étranger en provenance de pays plus ou moins fiables : c’est ainsi qu’on trouve parmi nos principaux fournisseurs la Bulgarie, la Pologne, la Lituanie, l’Espagne etc ... C’est à dire que non seulement on ne maîtrise plus la chaîne de distribution, d’où des ruptures de stock fréquentes, mais aussi comment savoir dans quelles conditions ces médicaments sont fabriqués, d’où viennent les matières premières servant à leur fabrication, sachant que la plupart sont produites en Chine ou en Inde en particulier pour des raisons de coût, et avec quels contrôles là aussi ? On objectera que les laboratoires propriétaires des médicaments font le nécessaire pour garantir leur qualité, mais on voit bien que le chaînage qui existait précédemment a été détruit. Et bien sûr pour des raisons en grande partie économiques....

C’est le flou absolu alors que nous avions un des meilleurs systèmes au monde réputé pour sa rigueur. Bien plus des circuits parallèles se mettent en place en raison de l’importance économique du secteur, et alors là ce sont les contrefaçons qui peuvent proliférer avec tous les dangers potentiels de celles-ci. L’Etat est évidemment aux abonnés absents, mondialisation oblige. Quand on commence à manquer de produits anticancéreux comme il m’a été dit, la situation devient plus que préoccupante. Que deviennent les malades chroniques soumis aux aléas du marché et sans interlocuteur possible, les pharmaciens n’y pouvant mais, ne sachant plus à qui s’adresser eux-mêmes ?

Alors un bon conseil : maintenez-vous en aussi bonne santé que possible, car pour le reste un large doute est désormais permis, la pharmacie française n’étant plus que le reflet de ce qui a fait son excellence.

J.M. RICHIER

40140 SOUSTONS

L’original est ici

Rédigé le