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Le nucléaire : peut-on ou doit-on s’en passer ?

Cet article est paru dans le n° 6750 de la Voix du Midi à la suite d’une conférence sur l’énergie nucléaire coorganisée le 29 janvier 2009 à Toulouse par Attac, les Amis du Monde diplomatique, les Amis de la Terre et Greenpeace. Le texte complet de la conférence est téléchargeable en bas de page.

LES ENERGETICIENS abordent rarement la question de la radioactivité, qui est pourtant la source physique de l’énergie dite nucléaire mais aussi le problème biologique majeur lié à toutes ses utilisations. Est-ce un hasard si un accord de 1959 interdit à l’OMS de publier la moindre ligne sur les effets sanitaires de la radioactivité sans l’autorisation de l’Agence internationale de l’énergie atomique ? Si la France compte à peine 13 registres généraux des cancers (incluant 17 % de la population), un seul registre spécialisé sur les cancers thyroïdiens, et si ses deux registres nationaux des cancers de l’enfant remontent à bien après catastrophe de Tchernobyl ?

Outre ces manques extrêmement fâcheux, un constat s’impose. Aujourd’hui, les 438 réacteurs électronucléaires en service fournissent 15 % de l’électricité planétaire, soit 2,4 % seulement de la consommation d’énergie mondiale finale. Ce pourcentage va encore baisser car selon l’expert international Mycle Schneider il faudrait remplacer 339 réacteurs d’ici à 2030 pour maintenir la capacité électronucléaire actuelle. Ceci tient de la mission impossible pour des raisons techniques mais aussi à cause de la crise économique actuelle. Dans un système à bout de souffle, la France, représente à elle seule le sixième de cette puissance nucléaire installée. Pourtant ses 80 % d’électricité atomique produits sur 19 sites ne représentent plus que 14 % de notre consommation d’énergie finale. Tout ça pour avoir le nucléaire et... la bougie, comme on le voit avec la récente tempête dans le Sud-Ouest.

Des risques prégnants En attendant les risques, eux, restent bien prégnants. En fonctionnement « normal », nos 58 réacteurs hexagonaux produisent la bagatelle de 35 à 40 kg de plutonium par jour : de quoi fabriquer six ou sept bombes atomiques. Qu’on songe aux effets sanitaires de la dispersion volontaire ou involontaire de quelques centaines de grammes de cet émetteur alpha éminemment radiotoxique, de durée de vie supérieure à 240 000 ans, dont quelques millionièmes de gramme ingérés ou inhalés suffisent à provoquer, à coup sûr, un cancer. Or, le plutonium n’est pas comptabilisé dans nos « déchets » nucléaires puisqu’il est censé alimenter « un jour » des surgénérateurs, la fameuse génération IV, éternel remake du très dangereux Superphénix, qui ne sera pas au point avant 30 à 40 ans, c’est-à-dire trop tard pour peser sur le réchauffement climatique. Pas plus que « nos » 8000 tonnes par an d’uranium dit appauvri, qu’on retrouve désormais pulvérisé sur la bande de Gaza et ses alentours, après l’Irak et le Kosovo. La vie n’a pu se développer sur terre que quand la radioactivité naturelle a suffisamment décru. Il est donc insensé et génocidaire de continuer à ajouter massivement à notre environnement des milliers d’éléments radioactifs nouveaux, que ce soit à des fins militaires ou pour produire de l’électricité. D’autres voies sont explorables.

Nouvelles stratégies Les solutions pour sortir du nucléaire, tout en réduisant la consommation mondiale de fossiles existent : ce sont bien sûr faire des économies d’énergie qui incluent une plus grande durabilité des produits, la fin du « jetable » et la pénalisation de l’obsolescence programmée… Il faut également en finir avec l’aberration énergétique qu’est le chauffage électrique, décentraliser des productions pour réduire les pertes et mieux maîtriser les consommations. Il convient aussi de développer les énergies renouvelables, bien plus créatrices d’emplois, en diversifiant au maximum les sources d’énergie. La forte dépendance de la France au nucléaire suppose enfin de construire, en transition, des turbines à gaz en cogénération de quelques dizaines à quelques centaines de mégawatts qui contribueront, à terme, à la diminution de l’effet de serre, dès qu’on aura développé des filières locales de méthanisation pour remplacer le gaz fossile. Les potentiels existent. Reste à les traduire en programmes politiques. Les élections européennes approchent : le moment est idéal pour interpeller les candidats et les obliger à se positionner clairement sur ce dossier crucial.

Marie-Christine Gamberini, référente nucléaire des Amis de la Terre

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