Le " GAP " est un projet de développement du Sud Est anatolien d’un montant de 32 milliards de dollars. Il prévoit la construction de 22 grands barrages, 19 centrales électriques sur l’Euphrate et le Tigre et leurs affluents. Plus de 1,7 million d’hectares devraient être couverts par un système d’irrigation et la production électrique devrait s’élever à 27 milliards kW.
La Banque mondiale a décliné son soutien à ce projet en 1984 pour des raisons écologiques et par crainte d’un conflit avec la Syrie et l’Irak. Ces deux pays se sont inquiétés à plusieurs reprises des conséquences du projet sur le débit du Tigre et de l’Euphrate. En 1999, le gouvernement turc a admis implicitement l’échec du projet en annonçant qu’il en révisait le contenu.
Le barrage d’Ilisu
Le Barrage d’Ilisu serait le plus grand barrage hydro-électrique en Turquie (1200 MW). Ce barrage qui se situerait près de la frontière avec la Syrie et à 65 km de l’Irak sur le fleuve Tigre, entraînerait l’inondation d’une surface de 313 km", où se trouvent 52 villages, 15 villes moyennes dont la ville médiévale de Hasankeyf, protégée par les lois sur le patrimoine archéologique turque depuis 1978.
Environ 15000 personnes, principalement d’origine kurde, seraient déplacées. Leur indemnisation ne serait décidée qu’après le début des travaux, ce qui constituerait une violation des règles du Comité d’Aide au Développement (CAD) de l’OCDE dont pourtant la Turquie est membre. Aucune consultation des populations n’a été menée et la répression qui s’exerce à l’encontre des Kurdes fait taire toute forme de protestation. Suite aux campagnes menées en Suisse et en Grande-Bretagne, le gouvernement turc aurait accepté la mise en place d’un organisme indépendant de suivi des déplacements de population au mois de décembre 1999. Cependant le cadre d’intervention de cette commission reste extrêmement flou.
Ce projet viole la Convention de l’ONU sur les fleuves transfrontières et 5 directives internes de la Banque mondiale. Dans une note de protestation officielle adressée par la Syrie aux gouvernements suisses et britanniques sur ce point en 1999, la violation d’accords bilatéraux est également soulignée.
Les entreprises ABB, Sulzer, Bealfour and Betty, Shanska et Impregilo ont sollicité les garanties des agences de crédit aux exportations en Suisse, aux Etats-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie, Suède et Portugal. Le marché se monte à plus de 8 milliards de francs et les agences suisses, américaines et britanniques ont donné leur accord de principe. L’étude d’impact sur l’environnement n’a pas été rendue publique.
Les risques sismiques induits par les grands barrages sont maintenant avérés. Le Prof. Erçin Kasapoglu, professeur de géologie à l’université d’Hacettepe, a souligné que la zone d’Ilisu est soumise à des risques sismiques aussi importants que la région d’Adapazari soit plus de 7 sur l’échelle de Richter alors que la résistance pour le projet est fixée à 6.
Le prix du kilowatt est estimé à 1,3000 dollars (sans les frais de financementˆintérêts ..-) ce qui est assez élevé. Des programmes d’économie d’énergie moins coûteux ont été proposés dans un premier temps pour répondre à la demande.
France Libertés soutient les revendications des Kurdes pour la reconnaissance de leurs droits culturels, civiques et politiques et estime qu’ils doivent être reconnus dans le cadre des frontières internationales à l’intérieur des Etats concernés.
Le soutien de France Libertés aux Kurdes se concrétise par des programmes de reconstruction et de développement, en particulier au Kurdistan d’Irak, et des projets de sensibilisation.
Dans ce cadre et à plusieurs reprises, France Libertés a lancé des campagnes contre les ventes d’armes aux pays concernés par le problème kurde, estimant que les armes occidentales sont utilisées contre la population civile. La Turquie est particulièrement désignée à l’occasion de chacune de nos campagnes auprès des parlementaires nationaux et européens, personnalités et ONG.
La Coordination de solidarité avec le peuple kurde, collectif d’associations françaises et kurdes, représentatives des toutes les parties du Kurdistan, soutenue par des personnalités et des intellectuels, tente de promouvoir un règlement pacifique de la question kurde, et face à la répression des Kurdes, demande que les ventes d’armes par la France et les autres pays européens à destination des pays concernés soient prohibés.
France Libertés et la Coordination de solidarité avec le peuple kurde se déclarent contre la réalisation du projet du barrage d’Ilisu pour différentes raisons.
En effet, le projet de barrage d’Ilisu, a pour objectif principal de fournir l’énergie à la partie occidentale de la Turquie. En d’autres termes, le Kurdistan de Turquie , région sous développée et dévastée par 15 ans de guerre civile, servira à fournir l’énergie à la partie occidentale, développée et industrialisée. Alors que l’écart de développement est déjà considérable entre l’est et l’ouest de la Turquie, ce projet va accentuer davantage le déséquilibre existante. France Libertés et la Coordination de solidarité avec le peuple kurde estiment que ce projet porte gravement atteinte aux droits des Kurdes au développement économique et social.
Bien que les autorités gouvernementales prétendent que le barrage aurait des effets bénéfiques pour la population locale, il s’agit en effet, d’une escroquerie, car, le barrage construit sur le Tigre à 7 km seulement de la commune de Dicle ne bénéficie absolument pas à la population locale. En effet, l’eau stockée par ce barrage est entièrement destinée à la production de l’électricité, et les habitants, confrontés au manque d’eau, continuent d’aller chercher l’eau à l’ancienne fontaine du village.
Par ailleurs, bien qu’opposée à ce projet, la population locale n’a pas été consultée et tandis que la réalisation de ce projet rayera de la carte, 53 villages et 15 villes, et aboutira au déplacement forcé de plus de 15000 personnes, aucun projet de relogement n’est prévu par les autorités.
Ce projet porte atteinte également au patrimoine culturel et historique du Kurdistan. En effet une grande partie de la ville de Hasankeyf avec ses monuments historiques, va être pratiquement enfouie sous les eaux.
Sur le plan de la politique régionale, et tandis que le problème de l’eau est d’ores et déjà un problème important du XXIème siècle, ce barrage constitue un moyen de pression non négligeable sur l’Irak et la Syrie, pays dont une partie des ressources en eau traverse la Turquie.
France Libertés et la Coordination de solidarité avec le peuple Kurde insistent sur les conséquences graves de ce barrage notamment en ce qui concerne le déplacement forcé de la population, la violation flagrante des droits humains et culturels des Kurdes, et la fragilisation de l’équilibre régional. Elles demandent la promotion des projets, qui en concertation avec la population locale, respecteraient leurs droits humains, sociaux et culturels, et contribueraient au renforcement des relations bilatérales avec les pays limitrophes.



