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Les chambres d’hôtes seront-elles une clef d’entrée pour un tourisme durable ?

Dossier "Chambres d’hôtes et tourisme durable"
Actuellement, pour figurer dans le guide de l’office du tourisme de Cap Lorient, il faut être labellisé [1], que l’on soit un professionnel du tourisme ou une micro-entreprise avec une seule chambre d’hôte à louer en saison !


1.La chambre d’hôte a un très bon potentiel pour le développement durable et solidaire

Le concept de chambre d’hôte a été créé pour revitaliser la campagne. Il permet à un propriétaire de percevoir un salaire complémentaire en louant des chambres non occupées (pas plus de cinq) dans des fermes, maisons, demeures.
C’est une manière d’entretenir et de valoriser le bâti. Aujourd’hui c’est aussi une façon de limiter l’empreinte écologique lors des flux touristiques, de ne pas multiplier les constructions hôtelières uniquement pour la saison.

L’accueil en chambre d’hôte a la particularité d’offrir un lieu de vacances dans une maison habitée. Le propriétaire est en général présent et disponible au moment du petit-déjeuner qui se prend souvent dans l’espace salle à manger de la maison. C’est l’occasion d’échanges privilégiés sur des modes de vie différents, sur une approche de la culture locale.
Pour une famille habitant l’île, une chambre libérée lors du départ d’un enfant devient une chambre d’hôte potentielle par intermittence. C’est un apport financier pour des retraités aux petits budgets. Généralement accueillante, si elle est basique, confortable et pas trop chère, elle devient dans ce cas, un mode d’accueil touristique accessible ou moins élitiste sur cette île.

Sur Groix, des chambres d’hôtes se sont déjà appropriées un ou plusieurs critères de développement durable. On peut trouver un exemple d’éco-habitat, ou des petits-déjeuners préparés avec des produits issus du commerce équitable ou « faits maison », ou des chambres à des prix encore abordables...

La chambre d’hôte, par son identité est à même de proposer une entrée dans un tourisme durable. Cela est possible par : son sens de l’hospitalité chez soi, sa possibilité d’accueil pour tous, son empreinte écologique très mesurée, son apport financier pour des familles habitant l’île, son sens des économies...

2. Le label conventionnel des chambres d’hôtes est énergivore et valorise l’élitisme

Voici quelques éléments significatifs de cette classification actuelle. Dans le meilleur des cas, le propriétaire demande la labellisation - payante-, dans le pire des cas, on la lui impose (s’il veut rester adhérent à l’office). Un représentant de Clévacances ou Gîtes de France fait alors sa visite. Il statue avec une grille d’évaluation selon des critères de confort, d’équipement.

Les éléments du confort sont vérifiés comme suit : lits en très bon état, toilettes et salle de bains corrects, décoration agréable, salon de jardin, environnement et particularités...
Les critères d’attribution des clés signifient, pour :
- 1 clé : 50 litres d’eau chaude par jour et par personne ; changer deux fois par semaine les draps si la location est prolongée ; parking à proximité de la maison.
- 2 clés : idem clé 1, plus toilettes et salle de bains conseillées pour chaque chambre.
- 3 clés : idem clé 2 plus : toilettes et salle de bains donnant dans la chambre ; baignoire recommandée ; draps, serviettes et tapis de bain changés tous les deux jours si séjour prolongé ; stationnement privé pour la voiture.
- 4 clés : idem clé 3 plus : baignoire, douche en complément, toilettes indépendantes de la salle de bain ; stationnement privé d’une place par chambre ; coin-salon dans la chambre,télévision ; au-delà de deux personnes par chambre, il faut une suite (2 pièces communicantes). Equipement remarquable en plus (piscine ou tennis ou...).

Chaque propriétaire de chambre d’hôtes est incité à toujours faire plus pour entrer dans les critères et recevoir une labellisation satisfaisante. C’est à dire, tous sont ainsi poussés à favoriser des postes très consommateurs d’eau, d’énergie, de place de parking avec par conséquent, encouragement à la voiture, même si quelques critères environnementaux surtout visuels atténuent la note.

Ce label ne fait nullement la différence entre chambre d’hôtes et chambre à louer. Les chambres à louer ont un gérant à certaines heures, ou bien des ustensiles sont à disposition pour faire son petit-déjeuner.

Le niveau d’exigence et de confort, allié à des charges plus réduites font des chambres d’hôtes des concurrentes malgré elles des chambres d’hôtels.

Cette classification, dite « du plus simple au plus confortable » favorise la surconsommation sans état d’âme. Elle oblige les propriétaires à entrer dans ce label puisqu’il n’y a pas d’alternative à ce jour. De plus, elle modifie l’identité et la particularité de la chambre d’hôte.

Tout propriétaire soucieux d’économies "durables" , proposant un bon accueil et un bon confort basique, est totalement lésé par cette classification qui ne valorise en rien la démarche éco-responsable et le sens de l’accueil personnalisé.
Tout particulier attentif à une clientèle qui recherche le grand air et la beauté du site, la simplicité confortable et les rencontres enrichissantes pleine de cohérence, ne peut confier son avenir à ces clés !

3. La chambre d’hôte peut devenir un accueil touristique durable et solidaire

La chambre d’hôte est d’abord une toute petite structure avec un accueil par la maîtresse ou le maître de maison. Il nous semble donc important de repenser aussi le processus même de labellisation.

L’idée est de revenir au début du processus européen EMAS. À l’époque chacun pouvait entrer dans une démarche éco-responsable par étapes, en choisissant en quelque sorte son parcours et ses critères (voir réalisations en Allemagne). Un petit boulanger de quartier, un collège, une chambre d’hôte, une entreprise faisait savoir sa volonté d’entrer dans ce processus.
Actuellement des initiatives se font jour pour que chacun construise son agenda 21. Il y a donc des expériences dont on peut s’inspirer.

Les Amis de la Terre Ile de Groix militent pour une démarche éco-responsable totalement reconnue dans laquelle les critères sont choisis par le propriétaire de façon progressive. Une auto-évaluation doit être présentée et un accompagnement validera au fur et à mesure les critères réalisés.

Pour encourager cette démarche des chambres d’hôtes et sa reconnaissance par le guide, une instance pourrait prendre place. Elle comprendrait des acteurs locaux de la chambre d’hôte, des membres de l’office du tourisme et un organisme extérieur compétent en termes de tourisme durable et de micro-entreprise. Cela permettrait de construire en commun le processus de maturation et de validation de ce type d’accueil.

Chacun pourrait entrer dans la démarche en adoptant les critères qui lui semblent les plus appropriés à sa situation, la règle du jeu étant de continuer d’avancer !
- Les critères du plan climat (moins de CO2 émis sur le plus d’aspects possibles...)
- Les critères d’économies à tous les niveaux : eau, énergies, déchets...
- Les critères d’une consommation solidaire et responsable : produits de proximité (produits locaux), produits issus du commerce équitable, respectueux de l’environnement.
- Les critères d’accueil et de pédagogie, qui permettent aux hôtes de s’intéresser à cette démarche de manière conviviale. Cela en donnant de la cohérence et du plaisir aux déplacements à pied, au jardinage, à la découverte de produits locaux, au tourisme doux à l’année, à la découverte de l’insularité...etc.

Cette démarche permettrait à chacun de suivre son rythme et proposerait des temps collectifs d’échanges d’expériences. Ce serait aussi une forme d’éducation au développement durable entre propriétaires de chambres d’hôtes, en privilégiant un côté ludique et pédagogique. Le plaisir de dialoguer et de convaincre serait mis en valeur et non la recherche de clés validées par une visite. C’est l’entrée dans le processus avec engagement de tréaliser des critères choisis et de les partager qui permettra une reconnaissance par les pairs, par les hôtes et par cette instance pour l’accès au guide.

Les liens souvent très cordiaux entre propriétaires et hôtes instaurent des échanges approfondis sur le temps, les déplacements, les activités, etc.
- Dans ces échanges approfondis, les étapes pour des critères eco-responsables prennent de ce fait du sens et de la valeur.
- La chambre d’hôte devient alors un vecteur formidable pour transmettre, faire adopter et déployer cet engagement pour un monde durable et solidaire.

4. Conclusion

La classification conventionnelle et sa logique énergivore a sa destinée. L’ajout de critères non pas environnementaux (qui existent déjà) mais écologiques risque très fortement de multiplier des clés. Il sera difficile de restructurer une logique déjà installée avec du "toujours plus de confort et de consommation".

Il nous semble que la chambre d’hôte a des atouts qu’elle peut faire valoir pour introduire une alternative "durable et solidaire". Sur cette île la question des économies d’eau est incontournable.
- Comme actuellement peu de chambres d’h^tes sur Groix sont labellisées, c’est sûrement le moment d’impulser une innovation si l’on veut que cette île s’ouvre aux enjeux d’un Tourisme Durable Pour Tous. Ce qui permettra aux eco-touristes, plus nombreuc qu’on ne pense, d’apprécier plus pleinement cette île.
- Cette démarche sera aussi une intégration dans la durée des multiples interrelations qui caractérisent le processus de développment durable, comme entre tourisme et agriculture nourricière locale....etc.Donnant ainsi à l’île une possibilité d’être une île phare, où l’on vient très volontiers se ressourcer, s’inspirer, éclairer des choix de vie.

Aussi nous espérons qu’une dynamique sera favorable à cette proposition pour des chambres d’hôtes..
- Nous pensons qu’une association comme Nature et Culture, qui a animé l’atelier tourisme durable lors du Salon Terre ! de Cap Lorient, pourrait accompagner le cheminement des particuliers intéressés. Cette association pourrait aussi aider à la construction collective qui validerait l’engagement au long cours pour un accueil touristique durable, solidaire en chambre d’hôtes à Groix, et pourquoi pas sur la Cap Lorient..

Nous souhaitons que cet écrit soit un apport pour des discussions et qu’il ouvre de nouvelles perspectives aux chambres d’hôtes soucieuses du climat, d’économies d’eau et d’énergie, d’éco-responsabilité. Nous sommes totalement convaincus qu’une clientèle recherche ce type d’accueil.

Les Amis de la Terre Ile de Groix se font porteurs de ce dossier, étant partie prenante d’une sensibilisation sur les modes responsables de production et de consommation , pour notre avenir à tous sur cette unique planète.



[1] Pour les chambres d’hôtes à Groix, après le désaccord très important au sujet de la quantité d’eau nécessaire pour les labels, il y a une suspension provisoire de la classification Clévacances pour figurer dans le guide de l’office du tourisme de Groix, mais pas pour celui de Cap Lorient.