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Les Echos : La Banque mondiale invitée à revoir sa politique dans les industries extractives

16 février 2004,

Six lauréats du prix Nobel de la paix et les organisations non gouvernementales se mobilisent pour demander une réforme des politiques de financement de la Banque mondiale au profit des industries pétrolières et minières.


Journal Les Echos, édition du 16 février 2004, Page 6
Par Richard Hiault

Pas moins de 300 organisations non gouvernementales (ONG), auxquelles se sont associés 6 lauréats du prix Nobel de la paix, ont adressé, la semaine dernière, une lettre au président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, l’invitant à revoir sa politique de financement dans le domaine des industries extractives (pétrole, charbon, mines...). « La guerre, la, pauvreté, les changements climatiques, la cupidité, la corruption et les violations permanentes des droits de l’homme - tous ces fléaux sont trop souvent liés aux industries minières et pétrolières », écrivent-ils.

Cette mobilisation survient après la publication d’un rapport indépendant, remis à la Banque mondiale le 15 janvier, mais que certains experts à Washington seraient tenter « d’oublier ». Lors de l’assemblée annuelle de la Banque à Prague, à l’automne 2000, son président avait en effet mandaté un groupe d’experts pour dresser une liste de recommandations quant à la politique de financement des industries extractives.

Une réponse en 80 pages

Remis il y a quelques semaines au conseil d’administration de la Banque, qui n’a pas encore statué sur la suite à donner à ces travaux, le document dénonce les industries extractives comme responsables, en partie, des maux mondiaux : la pollution, la corruption, la mal-gouvernance, ou encore de guerres locales. D’autres études internes de la Banque mondiale ont d’ailleurs montré que les pays basant leurs exportations sur le pétrole sont les plus impliqués dans les guerre civiles.

Dans leurs conclusions, les experts indépendants estiment que « si la Banque mondiale maintient sa mission de réduction de pauvreté, elle ne doit pas soutenir les industries extractives à moins d’appliquer préalablement les conditions présentées dans ce rapport ». Et d’ajouter que « le financement des projets pétroliers et charbonniers n’est pas le meilleur moyen de promouvoir le développement durable ». Reste que les sept recommandations établies (voir ci-contre) n’ont visiblement pas convaincu les responsables de la Banque qui, dans une lettre de 80 pages, les ont réfutées point par point.

La Banque, notamment, ne veut pas réduire ses financements, afin de ne pas affecter l’offre globale de pétrole et de charbon qui est financée et produite par d’autres moyens. « L’absence de la Banque mondiale dans certains projets pétroliers et charbonniers pourrait être préjudiciable aux petits pays pauvres producteurs et aboutir à une moindre qualité des projets et de leur gouvernance », jugent-ils.

Quant à la promotion des énergies renouvelables, la Banque rétorque qu’aujourd’hui les prêts qu’elle accorde pour favoriser ce type d’énergies représentent 6 % du total contre 94 % pour les énergie fossiles qui, de toute façon, resteront pour les prochaines décennies la source d’énergie principale du monde entier. Plutôt que d’établir des objectifs pour favoriser les énergies renouvelables, la direction de la Banque appelle plutôt à fixer comme objectif un montant de prêt compris entre 300 et 500 millions de dollars par an pour les industries fossiles.

Les sept recommandations

  •  Obtenir le consentement préalable des communautés locales affectées par les projets.
  •  Garantir le respect des droits de l’homme et des travailleurs comme condition de base.
  •  S’assurer que les structures d’une bonne gouvernance sont en place.
  •  Supprimer les fonds de soutien aux extractions pétrolières et investir les ressources en développement dans les énergies renouvelables.
  •  Garantir que les revenus des projets financés bénéficient aux populations locales.
  •  Protéger la biodiversité en établissant des zones de protection internatio nalement reconnues comme habitats sensibles.
  •  Garantir un maximum de transparence dans la gestion des revenus.

    Par Richard Hiault, Les Echos du 16/02/04