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Les actions anti OGM de l’été : « On est tous des faucheurs d’OGM »

Par Groupe local de Midi-Pyrénées

On peut dire que l’été 2004 a été mouvementé autour des champs de maïs, la lutte entre pro et anti OGM ainsi que la désinformation sur le transgénique n’aura jamais été aussi forte. Revenons tout d’abord aux causes de cette agitation estivale.

Le 18 avril 2004, deux règlements européens concernant l’étiquetage et la traçabilité des OGM ont été adoptés, porte ouverte à la levée du moratoire en vigueur depuis 1999. Suite programmée et logique, ce moratoire a été levé le 19 mai dernier en autorisant la commercialisation du maïs BT-11 résistant à la pyrale (plus important ravageur de cette culture) de la firme Syngenta (Suisse). Certains pays membres avaient néanmoins bloqué les procédures d’autorisations réclamant plus d’informations sur les OGM mais la commission européenne sous la pression de l’OMC et des ses menaces de sanctions a tranché sans tenir compte de l’avis des citoyens européens dont 70 % refusent d’avoir des OGM dans leurs assiettes ou dans leurs campagnes.

Début Juin, de nouvelles autorisations d’essais en plein champ ont été délivrées portant à 48 le nombre de parcelles contaminées en France sur 15 départements, la triste palme revenant à Midi-Pyrénées avec 19 essais. Afin de tenter d’impressionner d’éventuels contestataires, le garde des sceaux dans une circulaire du 4 Juin demande aux parquets que les auteurs de destruction de plants OGM soient poursuivis avec rigueur et fermeté. Il faut rappeler que lors du rassemblement sur le Larzac en août 2003 a été lancé une campagne de désobéissance civile pour le fauchage des essais OGM en plein champ et près de 2 900 faucheurs ont souscrit un engagement par écrit.

Le 8 Juillet, un rassemblement a eu lieu à Bax (31) pour soutenir les maires refusant les OGM sur leurs communes, le but étant de prendre connaissance des conséquences législatives aux mesures d’arrêtés et de délibérations anti OGM concernant déjà prés de 2000 communes en France. Dans la même optique, plusieurs régions socialistes (Picardie, Nord-Pas-de-Calais, Poitou-Charentes, Rhône-Alpes et Bourgogne) ont émis des vœux hostiles à la culture d’OGM auprès du gouvernement. Ces appels des élus n’ont eu aucun effet sur la politique du gouvernement et de l’Europe, puisque le 20 Juillet, après une absence d’accord entre les ministres de l’agriculture européens, la commission a décidé de donner son feu vert pour 10 ans à l’importation et l’utilisation du maïs transgénique NK603 de Monsanto dans l’alimentation animale (et humaine d’ici peu). Le lendemain, 8000 tracts expliquant les dangers des OGM sont déposés sur les pare brise des voitures et dans les boîtes aux lettres des Guyancourtois (Yvelines) par le comité de soutien aux 9 militants anti OGM mis en examen l’année dernière pour la destruction d’un champ de maïs transgénique de l’INRA. Dans la même journée, une centaine de m2 de maïs ont été piétinés dans la même commune.

Le 24 Juillet, grand rassemblement des faucheurs volontaires à Verdun-sur-Garonne (82). La manifestation qui a débuté par trois tables rondes sur les rapports entre les OGM et l’agriculture, la santé et la politique se par un débat sur la désobéissance civile. Le lendemain avec slogans et drapeaux, les 1 500 faucheurs, en compagnie de José Bové et de plusieurs élus - Noël Mamère, Gérard Onesta, Gilles Lemaire, Pierre Labeyrie ou encore François Simon - ont pris la route de Menville pour arracher dans le calme et la bonne humeur une parcelle d’1ha de maïs transgénique. Les gendarmes ont suivi les consignes, à savoir photos et constatations pour permettre d’entamer des suites judiciaires (selon l’article 322-1 du code pénal jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende). Pioneer, propriétaire des essais, porte plainte dés le lendemain pour « destruction en réunion ». Les réactions de l’AGPM, la FNSEA et divers semenciers ne se font pas attendre, ils défendent ardemment les OGM et leurs bénéfices. Bizarrement, le même week-end, l’Agence Française de Sécurité Sanitaire publie un rapport cherchant à démontrer d’éventuels bienfaits des OGM pour 4 cultures (maïs, coton, betterave et riz). Bien que récupéré par différents organismes pro-transgénique, le rapport n’arrive même pas à convaincre ses auteurs.

Les ministères chargés de l’Agriculture, de la Recherche et de l’Ecologie ont mis en place une procédure d’information et de consultation du public sur Internet à propos des nouveaux programmes de recherche sur les OGM pour 2004. Les citoyens (qui avaient pensé à amener leur ordinateur et leur modem à la plage) ont ainsi eu la possibilité de s’exprimer, sur 2 nouveaux dossiers... du 27 juillet au 10 août 2004. On ne pourra pas dire qu’il n’y aura pas eu un débat démocratique autour de la question !! Peut être en réponse à la consultation, la seule parcelle contenant des plants de maïs OGM dans le Tarn a été détruite dans la nuit du 22 Juillet par un collectif inconnu, à Palleville près de Puylaurens. La décontamination suivante a eu lieu à Montauban dans la nuit du 29 au 30 Juillet où 4000 pieds de maïs ont été arrachés.

Une victoire de plus à mettre au compte de la résistance, le tribunal administratif de Toulouse a, le 4 août, débouté le préfet de Haute-Garonne de sa demande de suspension d’un arrêté anti-OGM pris le 18 mai par le maire de Bax (31), Philippe Bedel, justifiant notamment sa décision par le « risque existant de dissémination génétique et de pollution par les produits phytosanitaires » sur les exploitations en agriculture biologique. Le lendemain, Noël Mamère, Gérard Onesta et José Bové ont pris connaissance de leur convocation le 16 septembre devant le tribunal correctionnel de Toulouse pour répondre de l’opération de fauchage de Menville (un rendez vous à ne pas manquer). Le 14 août, 160 militants ont participé, à l’arrachage d’une parcelle de maïs génétiquement modifié près de Pithiviers (Loiret). Le même jour, à Marsat (Puy-de-Dôme), 500 membres du collectif des faucheurs volontaires ont détruit un champ, malgré la présence hostile d’une centaine de manifestants pro-OGM et de gendarmes qui ont, une fois de plus, contrôlé des militants pour permettre des suites judiciaires et interpellé 2 faucheurs qui comparaîtront le 30 septembre devant le tribunal de Riom.

Monsanto a aussitôt porté plainte pour le premier fauchage, Biogemma pour le second. Le 19 août, le tribunal administratif de Poitiers annule un arrêté anti-OGM pris par la municipalité de Brétignolles (Deux-Sèvres, 615 habitants) arguant « l’absence de risque immédiat ». Reste à savoir ce que l’on entend par « immédiat »...

Dans la nuit du 23, c’est au tour de la parcelle de maïs NK603 de Monsanto située à Magescq (Landes) d’être fauchée par un collectif anonyme. Quelques jours plus tard, c’est à Montaut (Haute-Garonne), au lieu dit « Le Plan », que 2 parcelles de maïs de 4000 m2 chacune sont piétinées par « les arracheurs de plants transgéniques librement associés ».

Le 5 septembre, 3e rassemblement des faucheurs volontaires à Auch. Environ 600 personnes prennent la route de Solomiac, escortées par plusieurs gendarmes à moto puis par un hélicoptère. La fin du trajet s’effectue à pied pour un cortège coloré composé de familles, d’enfants, de personnes âgées. Au bout du chemin, les parcelles sont encerclées d’un important dispositif policer (environ 200 militaires), l’hélicoptère effectue des rotations incessantes : le préfet n’a pas lésiné sur l’argent du contribuable pour défendre les intérêts des multinationales ! En quelques minutes, lacrymogènes et grenades assourdissantes fusent de toute part, du sol et du ciel, les enfants hurlent, des cris, des pleurs, des blessés ensanglantés sortent du brouillard irritant. La réponse des pouvoirs publics est très claire : en matière d’OGM, le choix est à la répression. Aucun épi n’est arraché, cependant une dizaine de personnes sont interpellées et ne seront relâchées qu’en fin de journée après une seconde attaque au gaz faisant de nouveaux blessés. Il faut espérer que les nombreuses réactions d’indignation face à cette sauvagerie policière entraîneront la tenue d’un referendum sur la question des OGM pour que les décisions soient (enfin) prises en tenant compte de l’avis de la majorité.

Pour l’instant, Bruxelles continue de donner des autorisations à des variétés de maïs (MON810) et de colza (GT73) transgéniques. La mobilisation des anti OGM reste intacte : pas de répit tant qu’il restera des plants susceptibles de polluer les campagnes de l’Hexagone. La lutte continue...

Cédric Fleutiaux, octobre 2004