
Le Courrier de la Baleine : Vous êtes chargée de soutenir les communes dans l’évaluation environnementale des documents d’urbanisme et dans la gestion des risques au sein de la Communauté d’Agglomération de Pau-Pyrénées (CAPP), dans les Pyrénées atlantiques. Le contexte local est-il favorable à l’écologie ?
Alexia Quintin, urbaniste à la Communauté d’Agglomération de Pau-Pyrénées (CDAPP) : Bien qu’ils soient ouverts et intéressés, les élus des 15 communes de la CAPP ne sont pas des experts de l’environnement et le tissu associatif local est très divers, avec une légère prédominance de la préservation des espaces naturels et de la faune. Mais, depuis l’élaboration participative d’une Charte de l’environnement et du développement durable en 2006, des liens se sont tissés entre les acteurs. Six priorités ont été dégagées, dont l’énergie. Les élus sont désormais plus attentifs aux suggestions des citoyens et de leurs services.
LCB : Comment l’agglomération paloise peut-elle agir sur l’étalement urbain et le bâti ?
A. Q. : Ce sont surtout les communes qui peuvent agir sur les constructions à venir à travers les Plans Locaux d’Urbanisme (PLU) à partir desquels, notamment, sont accordés les permis de construire. La première étape fut de travailler sur ces plans. Leur définition peut limiter l’urbanisation dans les zones déjà urbanisées et l’interdire dans les zones agricoles et naturelles, favoriser les bâtiments collectifs et réduire la taille des parcelles constructibles afin de concentrer le bâti, donc de mieux maîtriser déplacements, coût des infrastructures et efficacité énergétique.
L’action sur les PLU peut aussi favoriser les économies d’énergie et les énergies renouvelables. Aujourd’hui, des dérogations aux règles qu’ils comportent sur les pentes de toit, les types de matériaux, etc. peuvent être accordées pour laisser installer, par exemple, des panneaux solaires. Il a été prévu de former les instructeurs des permis de construire afin qu’ils apprécient les projets et accordent les dérogations.
Mais l’action via les PLU est limitée. Les collectivités peuvent agir plus fortement sur les règlements de Zone d’Aménagement Concerté (ZAC) et de lotissements. Le Pays de Rennes a ainsi interdit sur une ZAC le recours à la seule électricité pour le chauffage, et imposé les systèmes à circuits d’eau chaude (fuel, gaz, mais aussi solaire, géothermie,…). L’usager échappe ainsi au tout-EDF.
LCB : Ces exemples concernent surtout le neuf. Y a-t-il eu des actions dans la rénovation ?
A. Q. : Oui, « Plaisir d’habiter », par exemple, qui est une réussite. Ce programme de subvention de la rénovation a permis d’aider particuliers et organismes HLM à réaliser des travaux d’amélioration thermique et phonique. Les crédits alloués ont rapidement été consommés, d’où le projet de les renouveler rapidement. En parallèle, un énergéticien a été embauché, en particulier pour réaliser des diagnostics thermiques sur les bâtiments communaux et communautaires. Les travaux suivront. La CAPP n’a pas encore de bâtiment à énergie positive, mais l’installation d’énergies renouvelables est prévue dans les nouveaux projets. L’objectif est d’abord d’atteindre partout la réglementation thermique 2010, qui aura pour but une amélioration d’au moins 15 % de la performance énergétique par rapport à la réglementation 2005.
LCB : Quelles sont les limites de l’action locale ?
A. Q. : Les collectivités peuvent surtout inciter et donner l’exemple. En France, seul l’État pourra réellement imposer des normes rompant avec les modes de construction énergivores et valider l’usage des matériaux naturels tels que la paille, la terre crue… Il faudra aussi donner les moyens financiers et les compétences nécessaires aux collectivités pour respecter ces normes et réhabiliter l’ancien.
Propos recueillis par Laurent Hutinet
Cet article est issu du dossier "Ecologie du bâti" de La Baleine n°151 - Septembre 2007. Pour consulter La Baleine en ligne, cliquez-ici