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Les conséquences sociales et environnementales d’un modèle obsolète

Depuis deux décennies, les pays émergents mettent les bouchées doubles pour réduire l’écart économique avec les pays industrialisés : Chine, Inde, Brésil surtout, et également Afrique du Sud, Indonésie, etc.

Dans ces pays, l’explosion de la richesse des élites et l’avènement d’une certaine classe moyenne génèrent une hausse significative de la consommation. Dans le cas particulier de la Chine, son positionnement comme atelier mondial génère en outre des importations massives de ressources naturelles pour réexporter tout aussi massivement des produits transformés à bas prix, principalement vers les pays riches.

La période où les ressources naturelles étaient jugées inépuisables est dépassée. La hausse constante de la consommation des pays riches additionnée à la récente consommation des pays émergents (en hausse très forte) génère une tension croissante sur la disponibilité des ressources naturelles.

Les trois principales conséquences sont les suivantes :

1. Une course vers le bas en termes sociaux et écologiques

Le « moins-disant » social et écologique est adopté chaque fois qu’il permet d’augmenter les profits des multinationales. Il en va ainsi des délocalisations dans les pays où les réglementations sociales et environnementales sont moins développées et respectées. Cette course vers le bas se double d’une aggravation des conditions de vie des populations vulnérables qui sont souvent moins informées et conscientisées par rapport aux risques sociaux et environnementaux qu’elles prennent quotidiennement dans le cadre de leur travail. Le concept de « travail décent » a été forgé par l’Organisation internationale du travail (OIT) afin de garantir des moyens suffisants pour satisfaire les besoins humains essentiels, respecter la liberté d’organisation, bénéficier du droit à la protection sociale et construire le dialogue social. Il est cependant loin d’être généralisé dans les pratiques.

Ainsi, pour prendre l’exemple des agro-carburants, selon les Nations Unies, 60 millions de personnes pourraient être déplacées de force pour développer des monocultures intensives qui, par ailleurs, encouragent la déforestation et la dépendance alimentaire envers d’autres Etats.

Résultat de cette course vers le bas, les dégradations de l’environnement s’accélèrent : destruction d’écosystèmes pour l’exploitation des industries extractives, surexploitation de la biodiversité pour les industries chimiques, exploitations forestières illégales en RDC, Birmanie ou Indonésie, surconsommation et pollution de l’eau, etc.

Ainsi, l’entreprise Total, première entreprise française par son chiffre d’affaires et son bénéfice, continue de pratiquer le torchage du gaz au Nigéria. Ce gaspillage intégral du gaz associé aux poches du pétrole convoité a des impacts sanitaires, socio-économiques et écologiques dévastateurs, là où 70 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Il est illégal depuis la loi nigériane de janvier 1984 ; il a été condamné en 2002 par la Commission Africaine des Droits de l’Homme, et à nouveau en 2008 par la Cour Suprême du Nigéria. En 2009, il se poursuit toujours.. La corruption et la gouvernance chaotique du Nigéria ne permettent pas au système judiciaire nigérian de faire respecter la loi nigériane ; les vides juridiques du droit international ne permettent pas d’obliger les multinationales occidentales à respecter le droit nigérian.

2. Une course aux ressources naturelles

La tension croissante sur la disponibilité des ressources naturelles dans le monde les transforme en objets de convoitises. Les ressources naturelles sont devenues source de conflits sociaux ou armés. Il semble que tous les moyens sont permis pour s’accaparer les ressources, jusqu’à la militarisation et la guerre.

Ces conditions peuvent aggraver la violation des droits humains et des libertés des citoyens dans des régimes peu démocratiques. C’est le cas de l’Afrique centrale, du pétrole au Soudan exploité par la Chine ou au Nigeria par les majors occidentales ; c’est le cas des milices en Azerbaïdjan pour protéger les compagnies occidentales, ou de la guerre unilatérale des Etats-Unis en Irak, qui dispose des 2èmes réserves mondiales de pétrole. Le cas de la République démocratique du Congo illustre tous ces aspects, entre bradage des ressources par la négociation de contrats léonins et guerre à l’Est, région riche en minerais convoités (or et en coltan). Le pétrole tchadien, financé notamment par la Banque mondiale dans son « projet modèle de développement » (l’oléoduc Tchad-Cameroun), permet aujourd’hui à la dictature de renforcer son emprise sur le pays et de financer des guérillas risquant de déstabiliser toute la sous-région. L’exploitation illégale des ressources permet souvent aux conflits de perdurer, entre autres par le financement des trafics d’armes.

Une part importante de ces matières premières est extraite du sous-sol des pays en développement. Ces derniers n’en bénéficient cependant quasiment pas pour plusieurs raisons :

- Poussé par les investisseurs, et très souvent les institutions financières internationales, le pays peut se spécialiser dans l’exportation d’une ressource principale, au détriment de pans entiers de son économie. C’est la célèbre « maladie hollandaise » connue depuis longtemps pour le pétrole ;
- La ressource naturelle est très souvent exportée vers d’autres pays où se déroulent les activités de transformation à forte valeur ajoutée (par exemple le minerai de bauxite transformé en aluminium) ;
- La faiblesse ou la non redistribution de la rente tirée d’une ressource naturelle a elle même de nombreuses causes : spéculation sur les cours et volatilité des prix, faiblesse des institutions nationales et locales, corruption, absence de système judiciaire crédible, politiques commerciales et d’investissement renforçant la position des firmes transnationales, etc.

3. Des conséquences climatiques désastreuses, surtout au Sud

Les dégradations causées à la planète, et en particulier le réchauffement planétaire [5], ne sont que la conséquence de la gestion des ressources naturelles : près de 60 % [6] des émissions de GES dans le monde sont causées par l’exploitation de ressources énergétiques non-renouvelables, à savoir les énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) que la Terre a mis des centaines de millions d’années à fabriquer.

Par ailleurs, près de 20 % [7] des émissions de GES sont liées au déboisement, qui a 3 causes principales :
- l’exploitation forestière (souvent illégale et sans bénéfices pour les populations locales) ;
- la grande exploitation agricole : défricher et créer de nouvelles terres agricoles pour les agrocarburants (palmier à huile, Indonésie et Malaisie), le soja (Argentine, Brésil), les plantations de monocultures d’arbres (eucalyptus, Uruguay) : dans les trois cas, il s’agit de monocultures intensives essentiellement orientées pour l’exportation vers les pays riches ;
- la pauvreté, due à la répartition inégale des ressources et des revenus, qui pousse les petits paysans, privés de leurs terres par les grands propriétaires et les monocultures, à rogner sur les forêts pour assurer leur survie. Dans certains pays (Haïti, Burundi), cela détruit à grande vitesse les dernières ressources forestières pour assurer l’approvisionnement en bois de chauffe, seule source d’énergie accessible pour une partie importante de la population.

Le réchauffement planétaire affecte toutes les ressources naturelles renouvelables. Qu’il s’agisse de l’eau, de l’air, de la terre, ou de la biodiversité (animaux et végétaux), une hausse des températures de l’atmosphère et des océans modifie le fonctionnement des écosystèmes. Dans bien des cas, les altérations causées à l’environnement sont irrémédiables, et ont un impact direct sur le vivant, humain, végétal et animal. Il y a donc une spirale vicieuse entre la surexploitation des ressources et le réchauffement de la planète, d’autant plus vicieuse que de nombreux liens existent entre l’environnement , la pauvreté et les conflits.

Les pays du Sud, et en particulier les pays les moins avancés, sont les plus vulnérables aux changements climatiques. Le dernier rapport du GIEC (2007) prévoit en particulier une modification dans la répartition des précipitations : un accroissement des ressources disponibles dans les zones tropicales et aux hautes latitudes, et dans les zones de basse latitude et dans les zones semi-arides, une diminution des ressources disponibles et une accentuation de la sécheresse. Les régions d’Afrique sahélienne, d’Afrique du Nord et de l’Est en seront particulièrement affectées.

Les scientifiques du GIEC prévoient également une intensification et une augmentation de la fréquence des événements climatiques extrêmes (sécheresses, canicules, fortes pluies et tempêtes). En conséquence, la majorité des activités économiques primaires (la pêche, mais aussi l’agriculture, qui concerne 80 % de la population au sud) et secondaires (activités de transformation et commerce) seront touchées, rendant ceux qui n’ont pas la capacité de se protéger (ou de s’adapter) encore plus pauvres, aggravant les inégalités. Le réchauffement climatique aura également des conséquences sanitaires graves (expansions de maladies telles que le paludisme, épidémies).

Enfin, les déplacés environnementaux, obligés de migrer à cause de la dégradation de leur environnement (hausse du niveau de la mer, avancée du désert, assèchement d’un lac, etc.) sont estimés à 200 millions de personnes à l’horizon 2050 par les Nations Unies.

La brutalité de ces bouleversements risque d’être extrême : elle mettra sous pression les systèmes de gouvernance internationaux, nationaux et locaux, en risquant de dynamiter les institutions les plus fragiles, amoindrissant encore la capacité de réponse à ces nouveaux défis. Le cercle vicieux est bouclé : la déstabilisation du climat va encore aggraver les inégalités sociales.

La responsabilité historique des pays riches a été calculée : selon l’étude de Stern [8] (2006), l’Europe est responsable de 31 % des émissions mondiales totales, les Etats-Unis de 27 %. En émissions cumulées par habitant (1751-2006), le Royaume-Uni est responsable de 23 % des émissions, les Etats-Unis de 21 %, l’Allemagne et le Canada de 15 % chacun, alors que la Chine et l’Inde sont responsables ... de 1 % chacune (Hansen, 2007). Le concept de dette climatique est apparu pour faire payer aux pays industrialisés, les plus émetteurs, les coûts subis par les pays du Sud, peu émetteurs par habitant. Parallèlement, a émergé une approche (les Greenhouse Development Rights) proposant une répartition de la facture climatique fondée sur le droit au développement, approche fondamentale en terme d’équité. Chaque Etat doit fournir une contribution financière dépendant de deux critères : responsabilité (émissions totales de GES par habitant) et capacité (PIB par habitant corrigé des parités de pouvoir d’achat). Les populations disposant d’un revenu inférieur à 7500 dollars par habitant par an sont volontairement exclues de l’obligation de payer, afin de ne pas grever leurs droits et besoins fondamentaux. Dans cette approche, les pays industrialisés doivent fournir plus de 70 % des financements nécessaires à la lutte contre les changements climatiques.

Notes :
[5] La Terre a entamé un processus irréversible de réchauffement de son atmosphère et de ses océans. L’effet de serre est un processus naturel qui retient la chaleur solaire et régule la température de la terre. Il est aujourd’hui prouvé qu’il est accentué par l’augmentation de la concentration de gaz d’origine humaine dans l’atmosphère, et en particulier de dioxyde de carbone.
[6] Les émissions de CO² provenant des combustibles fossiles s’élèvent à 56,6% du total des émissions totales de GES anthropiques de 2004. (GIEC, 2007 : Bilan 2007 des changements climatiques. Contribution des Groupes de travail I, II et III au quatrième Rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat [Équipe de rédaction principale, Pachauri, R.K. et Reisinger, A. (publié sous la direction de )]. GIEC, Genève, Suisse, p.5
[7] 17,3% des émissions totales de GES anthropiques de 2004 sont liées au « déboisement, à la décomposition de la biomasse, etc. », selon les mêmes sources. (p.5)
[8] The Stern Review on the Economics of Climate Change, Sir Nicholas Stern, Novembre 2006. Rapport disponible sur : www.hm-treasury.gov.uk/indep...


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