Les conséquences dépendent de ce que vont faire les êtres humains, mais aussi de la sensibilité du climat à l’élévation rapide du taux de CO2.
En supposant qu’il y ait une causalité du CO2 à la température moyenne globale, les modèles climatiques donnent, pour l’hypothèse d’un doublement du taux de CO2 en 2100, une fourchette de +1°C à +6°C [1] , " dans tous les cas de figure, le réchauffement se produirait à un taux moyen probablement plus élevé que ce qu’on a connu depuis 10 000 ans " [2] .
Au vu de ce que nous avons dit du système climatique, il est par principe impossible que le réchauffement soit distribué de manière homogène à la surface de la planète. La température moyenne est un artefact de calcul que l’on n’observe jamais en réalité.
Tous les modèles affirment que le risque est celui d’une déstabilisation du climat, dont les conséquences peuvent être qualifiées de graves : montée du niveau des océans (de 15 à 95 cm), changement du régime des précipitations (plus ou moins de pluies au même endroit, donc subjectivement sécheresse ou inondation), intensification du cycle hydrologique (cycle évaporation-précipitation en moyenne plus rapide), réchauffement plus prononcé la nuit que le jour, l’hiver que l’été, aux pôles et aux tropiques qu’aux moyennes latitudes, en altitude qu’au niveau de la mer à l’équateur, et l’inverse aux pôles, et sur les continents qu’au-dessus des océans.
Compte-tenu de son inertie, en 2100 l’océan n’aurait progressé que de 50 à 90% vers son nouveau point d’équilibre thermique, et donc le niveau continuerait à monter.
Il pourrait en outre se produire un ralentissement du Gulf Stream, ce qui modifierait fortement le climat européen. Les glaciers et une partie des pôles fondraient, les courants marins seraient perturbés par le réchauffement global et par les perturbations régionales produites par la fonte des glaces, les écosystèmes seraient soumis à des contraintes inhabituelles et s’adapteraient ou disparaîtraient. Il y aurait un déplacement des écosystèmes montagneux vers de plus hautes altitudes. Enfin, il faut ajouter le risque de surprises climatiques, par définition imprévisibles, tant pour ce qui est de la probabilité et du lieu d’occurrence qu’en ce qui concerne la magnitude possible. Cet aspect du problème retient davantage l’attention des scientifiques dans le Third Assessment Report du Giec , paru en 2001, de même que les événements climatiques extrêmes.
Les conséquences sur les milieux naturels dépendent fortement de la sensibilité des écosystèmes, qui reste très mal connue. Une évolution rapide des milieux est évidemment une menace directe sur la biodiversité. Ainsi les forêts, dont le rythme de migration est assez lent (de 4 à 200 km par siècle ), pourraient être en partie détruites - et ceci ne sera pas sans conséquences pour les espèces animales dont l’habitat en dépend.
Dans tous les cas, le problème principal est la vitesse du changement, en rapport avec les inerties que nous avons mis en évidence.
En outre, les scénarios ne prennent en compte que les cas " les plus probables " : il pourrait se produire ce qu’on appelle une " bifurcation ", c’est-à-dire un scénario-catastrophe dans lequel le climat changerait brutalement et à grande ampleur. La possiblité d’un tele " saut " qualitatif dans l’évolution du climat n’est pas réfutable, mais elle n’est pas non plus anticipable, pas plus que la force des orages n’est calculable à l’avance par les modèles climatiques, nous verrons plus loin pourquoi.

Figure 16 : Les résultats des modèles climatiques (Source : Hadley Center for Climate Prediction and Research).

Figure 17 : Domaines de tolérances de plusieurs types de biomes (Source : GIEC 1995, p. 29)
Nous avons donc ici un risque de dommages graves et irréversibles sur l’environnement, naturel et artificiel, et en situation d’incertitude sur les causes. C’est donc sur la base du principe de précaution que la communauté internationale s’est mobilisée .
[1] GIEC, Troisième rapport d’évaluation, 2001. www.ipcc.ch
[2] GIEC, Changement de climat 1995 - Résumé à l’intention des décideurs, 1995, p. 5.




