Les économistes, ces modernes conseillers du Prince, ont bien sûr très tôt joué un rôle important dans les négociations sur le climat. Là encore, il y a eu opposition entre les points de vue européens et étasuniens - avec avantage aux seconds.
Le rapport du GIEC 1995 reflète cette domination des économistes d’outre-Atlantique sur les débats. Mais au-delà des divergences, les économistes sont d’accord sur l’essentiel : les changements climatiques sont d’abord un coût - un coût à réduire et à répartir.
Or il y a plusieurs problèmes de fond qui sont peu appréhendés par les économistes, simplement parce qu’ils débordent les limites ordinaires de leur discipline - à savoir :
la capacité de charge en gaz à effet de serre de la biosphère n’est-elle pas d’abord une ressource, et si oui, comment la comptabiliser ?
quelle est le rôle de l’incertitude sur les hypothèses utilisées par les économistes pour calculer les fonctions d’utilité jusqu’en 2100, et en particulier sur la croissance économique et les dommages occasionnés par les changements climatiques ?
les dommages peuvent-ils être monétisés, à commencer par les atteintes irréversibles au patrimoine naturel, les pertes en vie humaines, le risque de disparition de cultures entières (îles) ?
ce dont on parle n’est-il pas plutôt d’une transition vers le développement durable, vers un des modes de vie économes en matériaux, en énergie et en CO2, et non d’un scénario « business-as-usual » (« tout-comme-d’habitude », pourrait-on dire) auquel il faudrait retirer ce produit secondaire gênant qu’est le carbone ?
quelles pourraient être les règles légitimes d’un partage des responsabilités concernant les efforts à accomplir pour répondre au défi posé ?