Au-delà des désaccords sur les potentiels en termes de réduction de GES, bon nombre de solutions sont loin de faire l’unanimité.
L’utilisation des forêts et des sols comme puits de carbone est ainsi très controversée. Outre les doutes sur le plan scientifique (combien et pour combien de temps le carbone sera-t-il stocké ?), les pays du Sud craignent qu’on vienne leur dicter comment utiliser leurs forêts, les Peuples Autochtones craignent qu’on ne les chasse de leur territoire, les environnementalistes craignent pour la biodiversité (si on remplace les forêts primaires par des plantations d’eucalyptus transgéniques à croissance rapide), etc.
L’augmentation de la part d’énergie produite par le nucléaire fait elle aussi l’objet de fortes oppositions. Le GIEC envisage ceci sous conditions : cet accroissement est envisageable " si des réponses généralement acceptables peuvent être apportées à des préoccupations telles que celles qui concernent la sécurité des réacteurs, le transport et l’élimination des déchets radioactifs et la prolifération des combustibles nucléaires " .
Pour l’instant, ces réponses n’existent pas et le nucléaire n’est nulle part envisagé comme un moyen du développement durable.
Mais les lobbies, en particulier en France, font preuve d’une inépuisable inventivité pour tenter de faire accepter leur nucléaire si peu émetteur en CO2 comme la solution d’avenir. Et pourtant les arguments contre le caractère durable du nucléaire sont nombreux, en l’état actuel des techniques.
Les déchets, tout d’abord : l’inhalation de 30 millionième de gramme de plutonium, matériau qui n’existe pas à l’état naturel, est suffisant pour provoquer un cancer avec une probabilité proche de 100% [1]. Ces matériaux sont quasiment éternels, puisqu’ils ont une durée de vie qui se compte en millions d’années. Ils peuvent être utilisés dans une "bombe sale", autrement dit une bombe conventionnelle dans laquelle on met du plutonium pour qu’il se disperse lors de l’explosion. Il n’existe pas aujourd’hui de solution de confinement fiable pour ces matériaux, qui s’entassent chaque jour davantage dans divers centres de stockages. Il n’existe pas davantage de plan crédible en cas d’accident majeur sur l’une des centrales (attentat du type 11 septembre, défaillance etc.), ni de solution pour le démantèlement, dont le coût reste par ailleurs très incertain.
Par ailleurs, une politique nucléaire n’aura pas d’impact significatif sur le système énergétique mondial avant plusieurs décennies, et les capacités permettant de produire massivement des réacteurs sont encore à construire. Enfin, le nucléaire ne produit que de l’électricité. Cela ne représente que 5% de l’énergie consommée au niveau mondial, et seulement 16% en France. La tendance aujourd’hui est plutôt à un fort ralentissement de l’industrie du nucléaire [2] , le cas français ne devant pas faire illusion.
La précaution vaut d’ailleurs pour toutes les solutions énergétiques. Les critères doivent être les mêmes pour tous. B. Dessus identifie ainsi quatre risques à minimiser dans toute orientation des politiques énergétiques [3] : le changement climatique, l’épuisement des combustibles fossiles, les déchets nucléaires, et la concurrence dans l’utilisation des sols (le sol utilisé pour produire de l’énergie ne peut plus l’être pour produire de la nourriture par exemple) - à quoi nous ajouterions volontiers quelques autres aspects, comme la gestion durable des sols (pollution, épuisement, biodiversité etc.). On pourrait aussi ajouter le risque en fonctionnement, très faible et sans gravité pour les renouvelables - sauf les barrages, et encore puisque l’histoire montre qu’en 20 ou 30 ans toutes les traces de la dévastation provoquée par la rupture d’un barrage sont effacées.
Voir aussi la rubrique nucléaire
Toutes les stratégies humaines devraient pouvoir être révisables, compte-tenu des incertitudes et en particulier de la variation des préférences humaines dans le temps : " le problème n’est pas de définir aujourd’hui la meilleure politique pour les 100 ans à venir, mais de choisir une stratégie avisée et de l’adapter ultérieurement à la lumière des progrès des connaissances " [4] . Par conséquent, aucune solution ne doit créer de maux inscrits de manière irréversible dans la biosphère, qu’il s’agisse du changement climatique, des déchets nucléaires ou de la dégradation des sols.
[1] M.B. Davis, La France nucléaire 2002, Yggdrasil Institute, 2001, pp16-17.
[2] IEA, World Energy Outlook, 2000, p. 287.
[3] Commissariat au Plan, Energie 2010-2020, 1997.
[4] GIEC, Second Assessment Report, 1995, p. 1.