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Les gilets jaunes ou la faillite de l’aménagement du territoire

Le mouvements des gilets jaunes est un mouvement complexe dont le moteur est un fort sentiment d’injustice sociale : sentiment de relégation, de mal être ou d’appauvrissement. Mais c’est aussi le fruit de soixante ans d’aménagement incohérent du territoire.

Et c’est l’occasion de rappeler que si la pollution c’est l’affaire de tous, les plus riches aussi doivent être mis à contribution et que justice sociale et transition écologique sont indissociables, comme le défendent les Amis de la Terre au travers du manifeste "Pour des sociétés soutenables !" élaboré il y a déjà quelques années mais qui n’a pas pris une ride.

Tout a été fait pour rendre la voiture indispensable

Le point de départ de la contestation est la hausse du prix des carburants. Pourtant depuis 50 ans, le prix de l’essence a largement baissé en euros constant : une heure du SMIC d’aujourd’hui permet d’acheter 6 litres d’essence contre 3 en 1970, sans compter la baisse de consommation des véhicules. Mais dans le même temps, tout a été mis en oeuvre pour favoriser l’usage de la voiture individuelle.

A commencer par le prix du logement qui a augmenté dans des proportions quasi-identiques excluant les moins nantis des centre-villes des grandes agglomérations les obligeant à s’excentrer dans zones périphériques où aucun transport collectif n’a été développé.

De façon générale, la distance domicile-travail n’a cessé d’augmenter. En 2013, la moitié des personnes quittant leur commune chaque jour pour aller travailler parcourent plus de 30 km aller-retour. Ces mouvements pendulaires résultent d’une dissociation progressives des zones d’habitat et des zones d’emploi auxquelles s’ajoutent une dévitalisation progressive des centres-villes qui ont perdu leurs services publics et se sont transformés en déserts commerciaux. Dans le même temps, fleurissaient de façon anarchique des zones commerciales loin des villes et des bourgs, uniquement accessibles en voiture.

Pour répondre à ces mutations qu’ils ont eux-mêmes organisés, l’Etat et nombre de collectivités ont privilégié la construction frénétique de routes et autoroutes dans une vision ultra-court termiste des modes de déplacement.

Bien que proche de Paris, le Val d’Oise a mené la même politique : saturation de centres commerciaux, rocades multiples... avec les mêmes maux : les commerces ont disparu des centres-villes et une grande partie des déplacements se fait en véhicules motorisés. On pourrait penser que face aux ravages de cette politique, le département et une majorité élus locaux ont changé radicalement de modèle. Hélas, c’est tout le contraire : le département s’acharne à développer l’avenue du Parisis et autres projets routiers. On continue de plébisciter l’implantation de zones commerciales hors sol à commencer par le projet Europacity, mais pas que, puisque sont toujours programmées des extensions de zones existantes ainsi qu’un village des marques le long de la RN1 à Groslay.

Nous devons tous faire des efforts à commencer par les plus riches

L’urgence climatique impose malgré tout que la source du problème, à savoir les énergies fossiles soient progressivement taxées pour en limiter la consommation. Encore faut-il que cet effort soit partagé à proportion de ses revenus et de son impact sur l’environnement.

Or, comme nous le rappelle l’économiste Jean Gadrey, les très riches émettent 40 fois plus de carbone que les pauvres, mais les pauvres paient plus de 4 fois plus de taxe carbone en % de leurs revenus. Grosses cylindrées, logements surdimensionnés et frénésie des voyages aériens en sont la cause. Et là, pas de taxes puisque comme on s’en est déjà fait l’écho, le kérosène est entièrement détaxé. Il y a donc urgence à mettre à contribution les plus riches et prévoir des compensations pour les plus pauvres.

Justice sociale et transition écologique sont indissociables

Pour les Amis de la Terre la convergence des crises écologiques et sociales appelle à la nécessité d’engager une transition vers des sociétés soutenables qui permettent d’articuler la satisfaction des besoins fondamentaux et la préservation des écosystèmes.

Ces sociétés, fondées sur la sobriété et sur l’équité, doivent être aussi celles de la dignité humaine et de l’accomplissement de soi, la vraie richesse de l’être humain résidant dans sa dimension sociale et spirituelle plutôt que dans l’accumulation de biens.

C’est en substance, le teneur du manifeste "Pour des sociétés soutenables !", texte cardinal des Amis de la Terre, qui est plus que jamais d’actualité.

Vincent Gayrard

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