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Les limites de la croissance (verte ou non)

C’est un article du Times de janvier 2009 qui a mis le feu aux poudres : saisir deux requêtes sur le moteur de recherche Google consommerait « la même quantité d’énergie que celle nécessaire à faire chauffer l’eau pour une tasse de thé ».

En ligne de mire, l’immense parc de serveurs du géant de l’informatique dont le fonctionnement, notamment le refroidissement, nécessite une consommation croissante d’énergie. À tel point que le fonctionnement des ordinateurs et d’Internet est aujourd’hui accusé d’émettre plus de dioxyde de carbone que les transports aériens ! La polémique qui a suivi la publication de cet article a sévèrement écorné le mythe de la croissance verte et de la dématérialisation qui est censée, grâce aux nouvelles technologies, permettre une croissance économique découplée d’impacts environnementaux. En réalité, la croissance économique, telle que nous la définissons aujourd’hui, c’est-à-dire la croissance du produit intérieur brut, a toujours été couplée à une croissance de la consommation de ressources et de déchets. Bien sûr, l’efficacité a été améliorée : il faut aujourd’hui 30 % de ressources en moins qu’il y a 30 ans pour produire un euro de PIB, mais cela ne suffit pas à faire décliner la consommation globale de ressources naturelles.

De l’huile de palme dans les moteurs

Depuis plusieurs années, les forêts d’Indonésie et de Malaisie sont ravagées pour laisser place à d’immenses monocultures de palmiers à huile. Si l’essentiel de la production est encore destinée à l’industrie agro-alimentaire (plats préparés, chips, glaces…), le marché des agrocarburants est en pleine croissance. Lorsqu’en janvier 2008, l’Union européenne a annoncé son souhait de promouvoir l’utilisation des « biocarburants », le cours de l’huile de palme a flambé. Depuis, les projets de raffineries se multiplient en Indonésie et en Malaisie. Pour faire face aux risques environnementaux et sociaux, l’Union européenne souhaite un système de certification : concrètement, les forêts les plus riches en biodiversité sont épargnées mais pour répondre à cette demande mondiale croissante, les entreprises certifiées peuvent continuer à détruire des forêts moins riches et à expulser des communautés. Rien qu’en Indonésie, plus de 500 conflits parfois meurtriers opposent actuellement des communautés à des entreprises de palmiers à huile.

Plus de croisance pour sauver la planète ?

Aujourd’hui en France, ou plus généralement dans les pays dits développés, on constate que certains problèmes environnementaux sont progressivement résolus. Un exemple classique (mais discutable  !) est celui des forêts françaises qui, bien que fortement exploitées au Moyen-âge, regagnent aujourd’hui du terrain. Pourtant nous consommons toujours plus, ce qui laisserait croire que, mécaniquement, au-delà d’un certain seuil de développement, les sociétés auraient la volonté et la capacité de restaurer l’environnement (c’est la théorie dite de la « courbe de Kuznets »). C’est nier le fait que notre modèle économique actuel repose sur l’accaparement des terres et des ressources d’autres pays : par exemple, les importations de bois et de produits dérivés représentent le deuxième poste de déficit commercial de la France. De plus, nous importons d’immenses quantités d’huile de palme et de soja, cultivées à la place de forêts tropicales ou de terres utilisées par les populations locales pour se nourrir. Il serait donc impossible à l’ensemble de la planète de reproduire ce modèle car une croissance infinie dans un monde fini n’a pas de sens. La restauration globale des écosystèmes et la libération de ces terres utilisées aujourd’hui pour des cultures d’exportation ne seront possibles que si la demande mondiale en ressources naturelles diminue. Et donc si nous consommons moins et mieux !

Areva s’installe au Niger : la stratégie de la fuite en avant

Après avoir épuisé les mines d’uranium françaises, le groupe français Areva s’est lancé à la conquête de nouveaux gisements à l’étranger. Depuis 40 ans, Areva (ex-Cogema) extrait de l’uranium au Nord du Niger, autour des villes d’Arlit et d’Akokan. Les retombées économiques pour les populations locales sont très faibles et contribuent à un climat d’insécurité croissant dans la région avec l’apparition de groupes rebelles armés cherchant également à tirer profit de cette exploitation. Autour des mines, la contamination de l’eau et de l’air par des poussières radioactives menace la santé des ouvriers et des communautés locales. Aujourd’hui, les gisements d’uranium du Niger représentent 40 % de l’approvisionnement d’Areva mais pour anticiper leur épuisement, l’entreprise prospecte dans de nombreux autres pays. Une stratégie de fuite en avant pour une filière qui se félicite d’une politique de développement durable sans impact sur l’environnement.

* agrocarburants : et non pas « biocarburants »… car la culture de végétaux pour fabriquer des carburants n’a rien à voir avec l’agriculture biologique.


Cet article est issu de la brochure "Une seule planète" réalisée dans le cadre du programme "Une seule planète" coordonné par le CRID.
Plus d’informations ici : www.uneseuleplanete.org
Illustration : Sébastien Chebret

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