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Les logiciels libres, un combat écolo ?

Les logiciels libres ont du succès et concurrencent aujourd’hui les logiciels propriétaires, en proposant des produits plus simples et accessibles à tous. Une belle utopie devenue réalité que défend Luc Fiévet, de l’association de promotion des logiciels libres en France (APRIL).

La Baleine : Quels sont les enjeux actuels concernant les logiciels libres ?
Luc Fiévet : Nous avons suivi de près la discussion sur la loi HADOPI. Avec cette loi, chacun doit rendre compte de ce qui transite par sa connexion internet. Pour être dédouané en cas de problème, il faut installer un mouchard sur son ordinateur. Or on ne sait pas ce que fait ce mouchard. Il est présenté comme un système de protection mais ça peut être n’importe quoi... Un autre enjeu concerne la vente liée, comme par exemple un ordinateur avec un système d’exploitation Windows et des logiciels pré-installés. L’acheteur est obligé de tout prendre, sans savoir le coût réel de chaque élément. La jurisprudence est actuellement très favorable aux démarches de remboursement qui se multiplient. Il y a aussi un travail à mener avec l’Education nationale, où rien n’est fait pour développer les logiciels libres, sauf au niveau local. Sans chercher à former des spécialistes, il serait bien que les élèves comprennent comment marchent les logiciels, au-delà d’apprendre à les utiliser.

Les logiciels libres sont l’illustration d’un autre modèle de développement, plus coopératif... mais aussi plus écolo ?
Le logiciel libre, c’est un système contributif. Le travail des uns s’ajoute à celui des autres, on est dans la coopération permanente. Bien sûr, il y a des gens qui ne s’entendent pas. Mais comme tout le monde peut revenir au code source, à la base, le travail n’est jamais perdu. C’est une forme supérieure d’efficacité sociale. A l’inverse, aux Etats-Unis, on pose des brevets sur tout et n’importe quoi, comme par exemple le « double-clic » ou « la barre de progression » qui apparaît lors d’un téléchargement. Cela freine l’innovation et coûte très cher. Une étude a montré que Microsoft coûte à la France l’équivalent du salaire de 50 000 développeurs. Autant d’argent à économiser si tout le monde passait aux logiciels libres. Aujourd’hui, rien n’est vraiment fait pour rendre l’informatique plus écolo. Un PC neuf représente 750 kg d’émission de CO2. Le système d’exploitation libre Linux requiert moins de puissance pour faire tourner un ordinateur, ce qui augmente la durée de vie des machines. A l’opposé, le nouveau système Vista de Microsoft nécessite encore plus de puissance. Or les besoins en traitement de texte par exemple n’ont pas beaucoup bougé depuis 10 ans. Certaines machines pourraient durer beaucoup plus sans cette logique qui pousse à l’acquisition de versions successives de logiciels énergivores. Mais il faut reconnaître aussi que la communauté des informaticiens n’est pas la plus écolo qui soit : quand on est passionné, on adore acheter du matériel neuf. Sur ce sujet, tout reste donc à faire...

> PROPOS RECUEILLIS PAR AGNÈS ROUSSEAUX
Article issu de La Baleine 159


Aller plus loin : APRIL : www.april.org

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