
Une coalition d’ONG qui suit les impacts négatifs du projet pétrolier de Kashagan ont demandé aujourd’hui à la Commission européenne, au gouvernement italien et aux institutions financières publiques et privées de procéder à une évaluation environnementale, sociale et sanitaire complète, avant de poursuivre son développement. Le gouvernement du Kazakhstan a suspendu les opérations en août, accusant le consortium en charge du projet de violations environnementales. Cependant, cette semaine, les compagnies pétrolières, le gouvernement italien et la Commission européenne ont poussé à un accord pour conclure la re-négociation en cours de l’accord de partage de bénéfices (PSA), et redémarrer les travaux.
Les Amis de la Terre France, les Amis de la Terre Europe, la Campagne pour la réforme de la Banque mondiale, CEE Bankwatch et Globus viennent d’achever une mission visant à évaluer les impacts environnementaux, sociaux et sanitaires du projet. Des investigations ont été menées dans les régions d’Atyrau et de Mangistau [1], à proximité des sites des opérations continentales du consortium Agip KCO [2].
Se basant sur les résultats obtenus et les recherches préalablement menées, les ONG sont très inquiètes concernant les impacts du développement du projet. Elles ont pu observer que les émissions de soufre et son stockage présentent des menaces sérieuses pour les communautés locales proches des infrastructures pétrolières du projet Kashagan, ainsi que pour l’environnement de la mer Caspienne. Des milliers de personnes ont déjà été déplacées dans la même région, en raison des émissions de soufre et d’autres produits hautement toxiques - tels que les mercaptans - présents dans le pétrole de la zone nord-caspienne. Le stockage ouvert de grandes quantités de soufre est également reconnu comme une des principales causes de pluies acides.
Elena Gerebizza, de la CRBM, a déclaré que les « gouvernements et les institutions qui financent Kashagan devraient considérer la menace que le développement de ce projet pose pour les centaines de milliers de personnes qui vivent dans la région nord- caspienne. Avant de pousser à la conclusion de la renégociation de l’accord de partage des bénéfices (PSA), le Premier ministre italien Romano Prodi devrait demander à Agip KCO de rendre publiques toutes les informations disponibles sur les impacts sanitaires et sociaux que le traitement des résidus, l’émission et le stockage du soufre aura sur les habitants et les fragiles écosystèmes de la mer Caspienne. Comme le demandent les communautés, il devrait pousser à une évaluation indépendante des impacts du projet avant que les travaux ne reprennent ».
Selon Darek Urbaniak, coordinateur de la campagne sur les industries extractives aux Amis de la Terre Europe, « le Commissaire européen pour l’énergie Andris Piebalgs est attendu à Astana pour soutenir les pétroliers européens susceptibles de graves dégâts environnementaux et de violations des lois communautaires sur l’environnement et l’accès aux informations. Il n’est pas acceptable que la sécurité énergétique de l’Union passe avant le droit à la qualité de la vie et de l’environnement pour l’ensemble de la zone caspienne et ses habitants ».
Pour Gwenael Wasse, chargé de la campagne pour la Responsabilité sociale et environnementale des entreprises aux Amis de la Terre France, « alors que l’attention des médias est concentrée sur ENI en tant qu’opérateur du projet, les autres partenaires du consortium partagent également une lourde responsabilité quant à ses impacts potentiellement catastrophiques. Par exemple, Total devrait être conscient que sa participation au projet Kashagan est contradictoire avec son approche non-contraignante en termes de développement durable, ne serait-ce qu’au regard d’une transparence et d’une évaluation environnementale insuffisantes ».
Pour Galina Chernova de Globus, « sur le long-terme, les risques potentiels de ce projet pour les populations locales et l’environnement ne sont pas connus par les compagnies ; les besoins et inquiétudes des habitants de la région ne sont toujours pas considérés ».
Pour Manana Kochaldze de CEE Bankwatch, la « base logistique marine d’Atash-Bautino, financée par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), est plus qu’une simple infrastructure. Les émissions de soufre et de mercaptans issues du traitement des eaux usées et des déchets qui y seront transportés depuis la base offshore de Kashagan peut avoir des impacts graves pour les milliers de gens qui vivent dans la région. La BERD devrait cesser le financement de ce projet, jusqu’à ce qu’une évaluation indépendante des impacts sanitaires et environnementaux soit menée ».
La demande par les ONG d’un rendez-vous à Agip KCO afin d’obtenir des informations récentes sur les impacts des opérations a été rejetée, malgré le respect des procédures du consortium.
[1] Villes, villages et environs d’Aktau, Atash, Bautino, Bolashak, Karabatan et Koshanai
[2] Agip - Kazakhstan North Caspian Operating Company N.V.
Contact :
Caroline Prak - Les Amis de la Terre - France
Tél. : 01 48 51 18 96 - 06 86 41 53 43