Les problèmes persistent sur le barrage Nam Theun 2 (Laos)

Montreuil, le 30 mars 2010 - Deux semaines après la mise en service du barrage Nam Theun II au Laos, la compensation adéquate des populations locales n’est toujours pas assurée, alors qu’elle était une obligation contractuelle. Réalisé par EDF, financé par la Banque Mondiale, la Banque Européenne d’Investissement, l’AFD, BNP Paribas, la Société Générale et le Crédit Agricole, et garanti par la Coface, Nam Theun 2 n’est pas le modèle de vertu présenté par ces acteurs économiques et financiers. Il doit être suspendu en attendant de résoudre les problèmes persistants sur le terrain.

Une visite de terrain très récente de l’ONG International Rivers, spécialisée dans l’étude des impacts dans grands barrages, a permis de faire le point sur les compensations apportées aux populations affectées par le barrage de Nam Theun II, au Laos. Celle-ci révèle plusieurs violations aux engagements pris par la Nam Theun Power Corporation (NTPC), à l’origine du projet, comme l’indique Ikuko Matsumoto, directrice de programme au Laos à International Rivers : « Le consortium NTPC, dirigé par EDF, exploite le barrage illégalement car le projet viole les droits humains des populations locales en empêchant leur accès à l’eau potable et en détruisant leurs sources d’alimentation essentielle sans fournir de compensations adéquates ».

7 000 personnes sont impactées sur le plateau Nakai, là où se trouve le réservoir, et plus de 120 000 en aval le long de la rivière Xe Bang Fai. Yann Louvel, chargé de campagne Finance privée, précise : « Pas plus tard qu’il y a quinze jours, seuls deux puits de remplacement fonctionnaient sur sept en aval du barrage, à cause de niveaux de concentration en fer trop élevés. De même, pour les populations déplacées par le réservoir du barrage, celles-ci ne bénéficient pas de systèmes d’irrigation satisfaisants à ce jour. Enfin, les populations en aval n’ont pas été compensées pour la perte de leurs ressources alimentaires ».

Ces observations remettent sévèrement en cause l’image du barrage Nam Theun II qu’en donnent EDF et les institutions qui l’ont financé. Sébastien Godinot, coordinateur des campagnes aux Amis de la Terre, conclut : « En tant que financeurs de Nam Theun 2, la Banque Mondiale, la Banque Européenne d’Investissement, la Coface, BNP Paribas, la Société Générale et le Crédit Agricole ont l’obligation de s’assurer que les obligations de NTPC sont respectées et que les compensations faites aux villageois laotiens sont bien tenues. L’exploitation du barrage doit être suspendue jusqu’à ce que NTPC soit en règle avec ses obligations contractuelles ».

Contact presse : Caroline Prak, Les Amis de la Terre, 01 48 51 32 22 / 06 86 41 53 43

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