1. Problèmes sur le choix du site de Belene
Selon une étude de l’Académie des Sciences de Bulgarie publiée en 1990 , une raison suffisante à elle seule pour abandonner le projet est qu’il est situé dans une zone sismique active. C’est notamment sur cette base que l’Académie se prononça négativement au sujet du projet. Bien que ce fait n’ait pas changé, l’Etude d’Impact Environnemental actuelle du projet nie cet élément, et ignore totalement le fait qu’un tremblement de terre en mars 1977 a tué 120 personnes dans la ville de Svishtov, à 12 km seulement du site de Belene ;
Le site de Belene est proche du Danube, un fleuve qui montre une incidence croissante d’inondations graves. Des inondations en 2005 et 2006 ont déjà affecté les réseaux de transport et de communication autour du site. Le 14 avril 2006, la BBC annonçait que le Danube atteignait un niveau record en Bulgarie ; les autorités bulgares déclaraient l’état d’urgence dans 22 villes le long du fleuve ;
Belene est située dans une région agricole où l’agriculture biologique est développée. Ce modèle d’agriculture sera menacé directement par la proximité d’une centrale nucléaire ;
Belene sera située à proximité d’une réserve naturelle.
2. Problèmes technologiques
Le choix de la technologie nucléaire a été finalisé le 31 octobre 2006. Il s’agit d’une centrale nucléaire AES-92 avec deux réacteurs VVER 1000/B466, de conception obsolète russe. Cette 3ème génération de VVER demeure dangereuse, du fait notamment de la vulnérabilité de ses systèmes de sécurité et d’un risque d’emballement du réacteur. Après la réunification, l’Allemagne a fermé les réacteurs de Greifswald 6-8 et de Steendal 1 et 2, des réacteurs VVER de 2ème et 3ème générations, pour des motifs liés à la sécurité et la rentabilité. La construction de Belene serait interdite par les autorités en France, en Allemagne ou aux Etats-Unis du fait de son manque de sécurité ;
La Bulgarie n’a aucune expérience technique des réacteurs de ce type ;
La Bulgarie n’a à ce jour aucun plan pour la gestion de ses déchets radioactifs. Il n’est pas prévu qu’elle dispose de capacités de stockage définitives de ses déchets hautement radioactifs avant 2035, et même cette date est largement sujette à caution. Les localités mentionnées comme possibles sites de stockage ont provoqué une forte opposition des habitants locaux.
3. Violations des procédures
Les travaux de construction de Belene ont commencé en 1987 sans autorisation du Régulateur de la Sécurité bulgare. Le projet fut suspendu suite à des protestations en 1990 et abandonné comme « techniquement inadéquat et économiquement non viable » selon le gouvernement en 1997. En 2004, le gouvernement a relancé le projet au motif – pour le moins discutable – que 40% de l’investissement initial avait déjà était dépensé ;
Depuis, le gouvernement a annoncé par deux fois la construction de Belene alors que l’Etude d’Impact Environnemental du projet n’était pas encore achevée, en violation grossière des obligations de publication et de consultation en la matière. En conséquence, les ONG ont porté plainte (trois plaintes sont toujours en cours) ;
L’Etude d’Impact Environnemental a été achevée alors que le choix de la technologie et du constructeur, pourtant fondamentaux pour déterminer les caractéristiques et les risques du projet, n’était pas encore fait ;
L’Etude d’Impact Environnemental du projet est toujours devant la Haute Cour Administrative de Sofia suite à une plainte des Amis de la Terre Bulgarie et d’autres ONGs portant sur les insuffisances de l’Etude d’Impact. En effet, les accidents graves (et plans d’urgence), les inondations, les risques sismiques, les attentats terroristes et les déchets nucléaires ont été exclus du champ de l’étude ;
Pendant les audiences liées à la plainte contre l’Etude d’Impact, ses auteurs eux-mêmes ont reconnu par une soumission écrite à la Cour que l’étude était inadéquate et qu’une nouvelle Etude d’Impact Environnemental était nécessaire, une fois la technologie et le constructeur désignés ;
La procédure viole la Convention d’Espoo sur les impacts transfrontaliers du projet, avec les pays avoisinants (Convention de la Commission Economique pour l’Europe des Nations Unies sur l’Evaluation des Impacts Environnementaux dans un contexte transfrontalier, 1991 ; convention à laquelle la Communauté européenne est partie) ;
Les procédures relatives au site de stockage intermédiaire des déchets radioactifs n’ont pas encore débuté, alors que ce site sera inévitable si la centrale est contruite. Cela met les populations face à un fait accompli et représente une violation de leurs droits en matière de consultation.
4. Problèmes économiques
Le coût du projet est astronomique : 4 milliards d’euros pour 2 réacteurs. Encore ce coût ne tient-il pas compte des dépassements et délais probables avec Areva (la construction de son projet EPR en Finlande a déjà 18 mois de retard, après 18 mois de chantier, et son coût s’est envolé de 3,2 à 4 milliards d’euros) et Atomstroyexport (certains de ses projets en Chine et en Inde ont plusieurs années de retard) ;
Belene accapare des sommes colossales qui ne pourront être réinvesties plus utilement ailleurs. La Bulgarie doit développer une politique énergétique allant dans le sens des énergies renouvelables et de la lutte contre le gaspillage. Elle dispose en effet d’un immense potentiel d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables, filières en plein essor qui sont facteurs de développement économique local durable et très créatrices d’emplois.