Les sables bitumineux sapent les ambitions européennes pour le climat

Alors que se tient aujourd’hui à Bruxelles le sommet entre l’Union européenne et le Canada, un nouveau rapport (1) des Amis de la Terre Europe alerte sur l’exploitation de plus en plus intensive des sables bitumineux, la source d’énergie la plus néfaste pour le climat actuellement (2), qui amplifie la crise climatique et va à l’encontre des objectifs européens en matière d’environnement.

Les représentants de l’Union européenne (UE) et du Canada devront débattre aujourd’hui de la question des sables bitumineux et des objectifs européens de réduction des émissions de gaz à effet de serre qui se traduisent notamment au travers de la Directive sur la qualité des carburants. L’attention se porte principalement sur le Canada, plus grand producteur de pétrole issu de sables bitumineux, mais le rapport des Amis de la Terre Europe révèle que les entreprises pétrolières européennes comme Total, BP, Shell et ENI ont le projet de développer cette activité dans de nombreux pays (République démocratique du Congo, Venezuela, Madagascar, Russie, Jordanie, Égypte) avec des conséquences dramatiques sur le climat, sur les communautés locales et sur la biodiversité (3) .

Pour Aloys Ligault, chargé de campagne sur la Responsabilité des entreprises aux Amis de la Terre France : “L’Europe risque d’agir en opposition avec son discours sur le climat si elle ne prend aucune mesure pour empêcher l’importation de pétrole issu des sables bitumineux sur le marché européen. Les dégâts environnementaux causés par l’exploitation des sables bitumeux se situent peut-être hors de nos frontières, mais la responsabilité incombe au moins autant aux pays importateurs et consommateurs.”

Le rapport montre que la proposition actuelle de l’UE pour la mise en œuvre de la Directive sur la qualité des carburants qui doit obliger les producteurs de pétrole à réduire leurs émissions de 6 % d’ici 2020 ne pénalise pas les produits pétroliers les plus polluants. Le pétrole issu des sables bitumineux serait traité comme du pétrole conventionnel, sans distinction. Ce serait la porte ouverte à l’entrée de ce type de pétrole en Europe alors qu’il est extrêmement critiqué pour ses impacts environnementaux et sociaux.

Pour Aloys Ligault : “Les entreprises comme Total continuent à investir massivement dans des projets d’extraction pétrolière de plus en plus polluants et coûteux. Les énergies renouvelables, seules sources d’avenir, restent marginales, sauf en tant qu’argument pour verdir leur communication. Il est temps que ces entreprises soient rendues réellement responsables de leurs actes, y compris à l’étranger. C’est l’un des enjeux de la loi « Grenelle 2 » et le résultat des débats à l’Assemblée nationale nous montrera qui décide de notre avenir énergétique : Total ou les représentants élus des citoyens.

Notes :

(1) Le rapport « Tar sands - Fuelling the climate crisis, undermining EU energy security and damaging development objectives » des Amis de la Terre Europe est disponible ici en anglais, et a été traduit en français.

(2) Produire du pétrole à partir de sables bitumineux émet en moyenne 3 à 5 fois plus de gaz à effet de serre que la production de pétrole conventionnel.

(3) L’exploitation des sables bitumineux détruit les forêts boréales et les zones humides, produit de grandes quantités de déchets toxiques, pollue l’air et l’eau, dévaste la faune et la flore locales et menace les modes de vie traditionnels des communautés autochtones.

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