Bien entendu, connaître les chiffres et les faits en instantané ne permet pas pour autant de savoir ce qu’il est possible de faire. On ne saurait en déduire les marges de manœuvre . Il faut encore connaître les déterminants naturels et sociaux, ainsi que leur inertie.
Pour évaluer les marges de manœuvre, le GIEC a procédé à une revue de plus de cent scénarios qui tentent de donner une image de l’avenir.
Rappelons que ces scénarios ne sont pas des prévisions. Ce sont des scénarios dits contre-factuels, qui permettent de hiérarchiser les priorités en évaluant le poids relatif des tendances et des décisions nécessaires pour atteindre tel ou tel but. Ils montrent ce qui va se passer si on continue à agir de telle ou telle manière, ou si on change dans tel ou tel secteur.
Le GIEC [1] a abouti à 6 familles de scénarios assez contrastés. Ces 6 scénarios constituent la référence en matière de politiques de lutte contre l’effet de serre . On arrive ainsi à certaines données clé, que l’on retrouve sur la Figure 12. Les principales données sont listées dans le tableau Figure 13.
Le premier type de scénario est la famille de scénarios business-as-usual, qu’on traduit usuellement par scénarios de référence. On devrait plutôt les traduire par scénarios "tout-comme-d’habitude". Il s’agit simplement d’extrapolations à partir des tendances constatées au cours des décennies précédentes, en supposant qu’il n’y a pas de problème de changement climatique, ni aucun autre problème d’environnement, et que les buts actuellement poursuivis par les sociétés humaines restent inchangés.
Les scénarios de référence sont multiples parce qu’ils prennent en compte différentes combinaisons de valeur pour l’évolution des variables principales, à savoir la croissance économique, la population, et la composition de l’approvisionnement énergétique (solaire, combustibles fossiles, biomasse, etc.), elle-même basée sur des hypothèses sur l’évolution technique.

Figure 14 : Les scénarios du GIEC (Source : GIEC 2000)

Figure 15 : Les scénarios du GIEC - détail des paramètres (Source : GIEC 2000)
Nous constatons tout d’abord qu’ils conduisent tous vers un accroissement des émissions de gaz à effet de serre.
Pour éviter le risque de changement climatique, il faut donc modifier les buts de l’activité humaine et commencer à tenir compte d’un facteur que l’on avait jusque-là ignoré.
Ce qui ressort ensuite de l’ensemble des scénarios est l’importance des inerties. Sauf catastrophe de grandes ampleur, il est impossible de réorienter rapidement une organisation sociale basée sur l’usage massif d’une énergie telle que le pétrole. De la même manière, on ne peut pas aisément freiner les tendances démographiques, ni la croissance économique.
Avec le scénario le plus ambitieux, on arrivera à des émissions de gaz à effet de serre en 2100 de 3 GtC (avec une pointe à 18 GtC en 2050, puis décroissance), et dans le moins ambitieux, les émissions seront encore en forte croissance à plus de 35 GtC, toujours en 2100 - soit 6 fois de taux d’émission actuel. Ceci dit, il n’y a pas de raison de penser que les scénarios du GIEC balaient absolument toutes les possibilités.
On résume habituellement les déterminants sous la forme d’une équation, dite équation de Kaya (ou identité de Kaya) :
Impact environnemental = (Impact / Activité) x (Activité / PNB) x (PNB / Habitant) x Population. Unités : CO2 = (CO2 / unité énergétique consommée) x (unité énergétique consommée / $) x ($ / habitants) x population.
[1] www.ipcc.ch