A l’attention de M. Nicolas Sarkozy
Président de la République
Objet : Prêt controversé de la Banque mondiale à la compagnie d’électricité Eskom (Afrique du Sud)
Monsieur le Président de la République,
Le Conseil d’administration de la Banque mondiale s’apprête à examiner un prêt de 3,75 milliards de dollars en faveur de la compagnie d’électricité Eskom Holdings Ltd en Afrique du Sud, pour la construction de la méga centrale thermique à charbon de Medupi.
Soixante-cinq organisations de la société civile sud-africaine et une centaine d’autres ONG dans le monde s’opposent aujourd’hui à l’approbation de ce prêt.
En effet, il ne correspond pas à la mission de lutte contre la pauvreté de la Banque mondiale et aura un impact climatique désastreux.
Le projet ne va pas améliorer l’accès à l’énergie des Sud-africains, ni réduire la pauvreté
La centrale Medupi est conçue pour l’alimentation du secteur industriel en Afrique du Sud. Ces industries, notamment dans le secteur minier, sont largement tournées vers l’exportation, et contrôlées par des multinationales étrangères, qui rapatrient une immense partie de leurs profits vers leurs sièges à Londres, New York ou Luxembourg.
En outre, elles bénéficient de tarifs artificiellement bas pour l’électricité, en raison d’accords inéquitables signés à la fin de l’apartheid, au début des années 90. Ainsi, le coût de production de l’électricité pèse de façon disproportionnée sur la population.
Eskom prévoit d’ores et déjà une augmentation des tarifs mensuels de l’électricité de 48 à 130 dollars pour les foyers sud-africains entre 2009 et 2012, ce qui rendra l’énergie inabordable pour les plus pauvres et pèsera lourdement sur tous les particuliers.
Le projet va aggraver la situation des communautés locales
En plus des émissions de gaz à effet de serre (voir point suivant), la centrale de Medupi va affecter lourdement la santé et la vie des populations voisines en les exposant à des résidus de mercure liés à la production d’électricité à base de charbon.
Par ailleurs, la construction de la centrale implique l’ouverture de 40 nouvelles mines de charbon pour l’alimenter, ce qui va conduire à un accaparement de la ressource en eau pour leur exploitation, ainsi qu’à de nombreuses pollutions graves, notamment au soufre. Là encore, les populations locales en seront les premières victimes.
Le projet va contribuer à l’aggravation des changements climatiques
Alors que l’Afrique va être particulièrement affectée par les changements climatiques, la centrale à charbon Medupi de 4800 MW, une fois construite, émettra 25 millions de tonnes de CO2 par an, contribuant fortement à l’aggravation des changements climatiques.
La Banque mondiale affirme que la centrale sera prête pour la capture et le stockage du carbone (« CCS ready »), mais, outre les multiples limites de cette technique encore non maîtrisée, un responsable technique d’Eskom témoigne lui-même que personne ne sait ce que « CCS ready » signifie aujourd’hui.
Les prêts de la Banque mondiale doivent aujourd’hui être redirigés vers le financement de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables
L’Afrique du Sud dispose d’un énorme potentiel en énergies renouvelables (solaire et éolien) dont le développement permettrait la création de plus d’emplois, l’amélioration de l‘accès à l’électricité des populations, y compris dans les zones rurales, et la réduction des émissions de gaz à effet de serre du pays. L’efficacité énergétique a également un énorme potentiel en Afrique du Sud, en optimisant les installations de production d’énergie existantes.
Pourtant, aujourd’hui la Banque mondiale ne consacre que 7% de son prêt à Eskom aux renouvelables, et 13% à l’efficacité énergétique, alors que la société civile sud-africaine souhaite le développement de ces deux secteurs.
Plus généralement, sur la période 2007-2009, environ les trois quarts des prêts de la Banque mondiale à l’énergie sont allés aux fossiles.
Nous souhaitons donc vivement que la France, qui affiche des objectifs ambitieux en matière de développement et de lutte contre les changements climatiques, s’oppose au financement de ce projet par la Banque mondiale lors du vote du Conseil d’administration de la Banque le 23 mars prochain.
Dans un courrier daté du 13 octobre 2009, vous nous avez assuré que la France, acteur majeur au sein des institutions financières internationales, dont la Banque mondiale, « sera particulièrement vigilante à ce que les financements publics soient désormais cohérents avec les objectifs nationaux et internationaux de lutte contre le changement climatique. »
Le vote du projet Eskom est l’occasion d’appliquer cet engagement.
Nous tenant à votre disposition pour répondre à vos questions sur ce projet, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre considération la plus haute.
Signataires :
PJ :
Copie à :




