Pour commencer, nous avons droit à la sempiternelle rengaine : "le citoyen doit dès le plus jeune âge être mieux formé à la biologie afin de former son jugement". Une étude menée en Europe par l’Union européenne a clairement montré que, plus le niveau d’études augmente, plus les citoyens sont opposés à l’aventurisme scientifique des OGM ! Il est d’autant plus facile d’abuser les gens avec des arguments comme "Les OGM vont nourrir le tiers-monde" que leur niveau d’études ne leur permet pas de démonter la supercherie.
Vieille ficelle aussi, les OGM agricoles et thérapeutiques sont souvent nommés d’un seul trait. Amalgame classique : les opposants sont contre la recherche médicale, contre le progrès, etc... Comme si des OGM thérapeutiques (ou leur sous-produits) élaborés en labo, en milieu confiné, contrôlé et contrôlable présentaient les mêmes problèmes ou risques que des OGM agricoles cultivés en pleine nature. Les questions relatives à l’écologie des plantes, à leurs relations avec leur environnement, le sol, les bactéries du sol, tout cela est nié comme si le milieu naturel était assimilable à une expérience de laboratoire. Est- ce bien sérieux ?
Voilà d’ailleurs ce que disait Pierre Henri Gouyon, chercheur au CNRS, dans un article du Monde sur ce sujet (07/0/02) "La Commission du Génie Biomoléculaire manque cruellement de toxicologues et d’épidémiologues. Surtout, le poids des écologues devrait y être beaucoup plus lourd, puisque la principale question qu’elle se pose sur les OGM, porte sur leur effet à long terme sur l’environnement. Or tout le processus d’expertise est dominé par des biologistes moléculaires, qui n’ont pas de connaissance des phénomènes écologiques. Ils donnent leur avis comme si l’on pouvait prévoir ce qu’il adviendra des OGM à long terme. Or la biologie est une science empirique, qui ne peut pas prévoir l’inconnu, mais seulement ce qu’elle a observé de nombreuses fois. Quand apparaît quelque chose de nouveau, ses capacités de prédiction sont très limitées. Les scientifiques qui prétendent détenir ces capacités de prédiction sont irrationnels.
Cela n’empêche pas nos académiciens d’affirmer que "les avantages escomptés l’emportent sur les risques éventuels". Ceci est d’autant plus facile à affirmer que comme le dit P H Gouyon : "on ne se donne pas les moyens d’étudier les risques de façon approfondie : alors que le programme Génoplante d’étude du génome des plantes est doté de 300 millions d’euros, l’étude des risques dispose de moins de 2 millions d’euros. Il y a là une disproportion flagrante."
Et c’est bien cet état d’esprit qui prévaut dans les arguments. Il n’y a pas de risque : la preuve on ne les cherche pas... Dernier exemple en date : Depuis des années, le risque que des gènes insérés dans des plantes agricoles modifiées génétiquement se retrouvent dans les bactéries de la flore intestinale humaine, est dénoncé. Mais jusqu’à maintenant les autorités politiques et industrielles affirmaient péremptoirement que ce transfert de gènes était impossible. En fait, elles avaient beau jeu de l’affirmer, puisqu’elles n’avaient jamais pris la peine de vérifier leurs affirmations ! Il a fallu attendre début mai 2002, que l’Agence britannique pour les Normes Alimentaires procède à la première expérience au monde menée sur des humains depuis l’introduction des OGM, pour prouver le contraire.
Pourtant dès 1998, Patrice Courvalin qui dirigeait l’Unité des agents bactériens à l’Institut Pasteur, tirait la sonnette d’alarme dans la revue "La Recherche" : "Est-il opportun de laisser subsister dans les plantes, des gènes qui leur sont inutiles sur le plan agricole, mais qui leur confèrent la résistance à des familles majeures d’antibiotiques et ce, alors que depuis vingt ans aucune nouvelle famille d’antibiotiques n’a été introduite en clinique ?" .
C’est vrai, il n’y a pas eu de Tchernobyl transgénique. Mais le risque est d’une toute autre nature. Il y a encore tellement de choses que l’on ne comprend pas dans ce domaine, en particulier sur les effets à long terme. Voici un court rappel de quelques faits connus qui devraient rappeler à la raison, tout scientifique qui se respecte !
Mais au-delà des problèmes liés à la technique même de la transgénèse, nos académiciens oublient totalement les aspects sociaux liés aux OGM et aux BREVETS qui les accompagnent. Le cas de Percy Schmeiser est pourtant exemplaire. Son champ est contaminé par du colza Monsanto, vraisemblablement venu des champs voisins. Comme ce colza est breveté, Mr Schmeiser doit payer la redevance même s’il n’en a jamais planté, même si c’est lui la victime de la contamination !
Dans des pays où la paysannerie développe depuis des siècles ses semences par l’échange, l’introduction de plantes brevetées aura des conséquences catastrophiques. La multiplication des OGM agricoles provoquera la confiscation de l’agriculture mondiale par les brevets détenus par une poignée de firmes transnationales. La levée du moratoire n’a pas d’autre but. Il est triste de voir des scientifiques se prêter aussi volontiers à ce jeu de massacre planétaire !
Au vu des incertitudes scientifiques qui dominent encore largement, au vu des problèmes sociaux qu’engendrent les brevets dans l’agriculture, les Amis de la Terre continueront de s’opposer à la levée du moratoire.
"L’utilisation des OGM à des fins alimentaires (ou thérapeutiques) ne présente aucun risque particulier" nous disent ces "savants". Mais remplacez OGM par vache folle et vous saurez quelle valeur peuvent avoir les affirmations de scientifiques dans des domaines qu’ils commencent à peine découvrir...




