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Libération : Un plateau perdu pour les éléphants (barrage de Nam Theun 2, Laos)

8 septembre 2004,
Par Sébastien Godinot

La construction du barrage menacerait les 200 à 300 pachydermes de la région


Libération, édition du 8 septembre 2004 Par Arnaud DUBUS (correspondant à Bangkok)

Pour certains experts de l’environnement, le coût écologique du projet de Nam Theun (lire ci-dessus) n’est pas acceptable. Outre l’impact sur les ressources en poisson du fleuve Xe Bang Fai et donc sur les pêcheurs , ils critiquent la menace que fait peser le barrage sur la survie à long terme des 200 à 300 éléphants sauvages vivant sur le plateau de Nakai, qui doit être partiellement inondé. « Il s’agit de l’un des deux derniers groupes importants d’éléphants d’Asie du Sud-Est. L’inondation de cette région, c’est comme une balle dans le coeur de la zone fréquentée par les éléphants », estime Robert Steinmetz, biologiste pour l’antenne thaïlandaise du WWF.

Braconnage. Cette étroite portion du Laos central, coincée entre la Thaïlande et le Vietnam, présente une combinaison d’habitats idéale pour les mouvements saisonniers des pachydermes : terrain plat, nombreux affleurements minéraux, marais et forêts peu denses en bordure du fleuve. L’immersion de 450 kilomètres carrés du plateau de Nakai va limiter de façon drastique la zone d’habitat des éléphants, ce qui, disent ces experts animaliers, accroîtra leur vulnérabilité. « Le risque est que la population d’éléphants se scinde en multiples petites poches. Des petits groupes isolés sont beaucoup moins résistants face au braconnage, à la maladie, à l’incendie ou à la sécheresse qu’une horde plus importante vivant dans une large zone, explique Robert Steinmetz. Les plus petits groupes peuvent disparaître d’ici à une vingtaine d’années. »

Principal partenaire de la société concessionnaire, EDF dit avoir conscience du problème. En collaboration avec la World Conservation Society (WCS), des employés de la firme ont enquêté pour évaluer le nombre d’éléphants, identifier les différentes hordes et leurs mouvements saisonniers. « L’un de nos objectifs est de voir s’il est possible d’orienter le déplacement des animaux, de les maintenir dans la zone protégée », indique François Obein, chargé de l’environnement pour le projet Nam Theun. Un corridor a été créé au nord du futur barrage pour relier deux zones forestières protégées, afin d’avoir un espace contigu pour permettre les déplacements des éléphants. Pour attirer les animaux hors de la zone du réservoir, il est prévu de créer des affleurements minéraux artificiels et de « planter des arbres dont les fruits sont appréciés par les éléphants ». « La fragmentation devrait être limitée par le fait que les éléphants peuvent traverser sans problème le réservoir à la nage », dit François Obein.

Mouvements saisonniers. Bien des incertitudes demeurent, les pachydermes ayant l’habitude de suivre les mêmes mouvements saisonniers depuis des générations. « Changer la migration des éléphants n’est pas facile », souligne Witoon Permpongsacharoen, directeur de l’organisation de protection de l’environnement Terra. Comme de nombreux écologistes, il sait combien les précédents en Thaïlande, tel le barrage sur le fleuve Pak Moon mis en oeuvre en 1994 avec le soutien de la Banque mondiale, se sont révélés désastreux, tant pour la population locale que pour la faune.

Par Arnaud DUBUS (correspondant à Bangkok), Libération du 08/09/04



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